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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302739

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302739

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUDINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août et 24 novembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) ANDELIM PROMOTION, représentée par Me Fürstenheim, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Raphaël a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Raphaël de lui délivrer un permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

que :

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dès lors

' il ne respecte pas l'obligation d'exhaustivité des motifs ;

' le motif tiré de l'absence de déshuileur et de pompe de refoulement est insuffisamment

motivé en droit ;

- le projet respecte les dispositions de l'article DG 14.6.2 du plan local d'urbanisme ;

- il ne pouvait lui être opposé l'absence de déshuileur et de pompe de refoulement d'une capacité suffisante ;

-

- le projet respecte les dispositions des articles UA 7.1 du plan local d'urbanisme et

R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il respecte les dispositions de l'article UA 8.7 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, la commune de Saint-Raphaël, représentée par Me Baudino, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ANDELIM PROMOTION la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable à défaut pour M. A de justifier de sa qualité pour représenter la société en justice ;

- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.

Par courrier du 25 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1.

Par une ordonnance du 11 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée à effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Baudino, représentant la commune de Saint-Raphaël,

- la société requérante n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 juin 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) ANDELIM PROMOTION a déposé une demande de permis de construire en vue de la démolition d'une maison existante et de la construction d'un immeuble d'habitation collective de 11 logements sur la parcelle cadastrée section AV n° 45 située 388 boulevard Georges Clémenceau. Par arrêté du 1er août 2023, le maire de la commune de Saint-Raphaël a refusé le permis de construire sollicité. Par sa requête, la société ANDELIM PROMOTION demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande () elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer

1.

l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet (), notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article

L. 421-6 ". Aux termes de l'article R. 424-5 du code précité : " () Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée ". Aux termes de l'article A. 424-4 du même code : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours ".

3. D'une part, si la société ANDELIM PROMOTION soutient que le 3ème motif de refus du permis de construire tenant à l'absence de déshuileur et de pompe de refoulement d'une capacité suffisante est insuffisamment motivé en droit à défaut de mentionner la disposition légale ou réglementaire méconnue, il ressort de l'arrêté portant refus de permis de construire du 1er août 2023 qu'il vise le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël et mentionne qu'une telle absence ne permet pas de faire face aux eaux de ruissellement de la parcelle. Dans ces conditions, ce motif est suffisamment motivé pour permettre à la société pétitionnaire d'en contester utilement la légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, éclairées par leurs travaux préparatoires, qu'elles feraient par elles-mêmes obstacles au pouvoir du maire d'opposer, à la suite d'un premier refus de permis de construire, un nouveau motif de nature à justifier légalement un tel refus.

5. Si la société ANDELIM PROMOTION soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'obligation d'exhaustivité des motifs consacrée à l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dès lors qu'il fait suite à deux précédents refus de permis de construire fondés sur d'autres motifs, le maire de la commune de Saint-Raphaël pouvait légalement fonder l'arrêté de refus de permis de construire sur de nouveaux motifs, notamment ceux tirés de la méconnaissance des dispositions des articles UC 7.1 du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme. La seule circonstance tenant à ce que les éléments de fait justifiant la méconnaissance de ces dispositions existent dans chacun des projets déposés par la société ANDELIM PROMOTION n'est pas de nature, à elle seule, à caractériser une manœuvre dilatoire de la commune de Saint-Raphaël. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article DG 14.6.2 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël relatif au stationnement automobile : " la superficie minimale de chaque emplacement de stationnement, y compris les dégagements, ne peut être inférieure à 25 m² ".

7. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article DG 14.6.2 du plan local d'urbanisme.

8. D'une part, si la société ANDELIM PROMOTION soutient qu'il appartenait à la commune, si elle s'estimait insuffisamment éclairée quant à la superficie des places de stationnement, il lui appartenait de lui adresser une demande en ce sens dans le délai d'un mois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le maire de la commune de Saint-Raphaël n'a pas fondé son refus sur l'incomplétude du dossier permettant d'apprécier le respect des dispositions DG 14.6.2 du plan local d'urbanisme mais sur la violation directe de ces dispositions.

9. D'autre part, pour justifier du respect de ces dispositions, la société ANDELIM PROMOTION soutient que les dimensions des places de stationnements figurent sur les plans

1.

produits au dossier. S'il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice architecturale, qu'il est mentionné l'existence de 23 emplacements de stationnement, dont 15 " accessibles par la rampe côté Clémenceau ", ni le plan du sous-sol, ni le plan du rez-de-chaussée, ni aucune autre pièce ne permet de s'assurer d'une superficie minimale de 25 m² de chaque emplacement de stationnement, pas plus que le calcul effectué par la société ANDELIM PROMOTION consistant à diviser la surface du rez-de-chaussée par 8 places de stationnement et la surface du sous-sol par 15 places de stationnement dès lors que ce calcul comprend d'autres éléments que les seules places de stationnement et les dégagements. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint- Raphaël pouvait légalement opposer la méconnaissance des dispositions de l'article DG 14.6.2 du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 8.3 du plan local d'urbanisme relatif aux eaux pluviales : " Dans le cas de parkings enterrés d'immeubles collectifs, ceux-ci doivent être munis d'un déshuileur et, d'une pompe de refoulement d'une capacité suffisante pour faire face aux débits de ruissellement de la parcelle ".

11. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur l'absence de déshuileur et de pompe de refoulement d'une capacité suffisante pour faire face aux eaux de ruissellement de la parcelle. Ce faisant, il doit être regardé comme ayant opposé la méconnaissance des dispositions de l'article UA 8.3 du plan local d'urbanisme.

12. Si la société ANDELIM PROMOTION soutient qu'il appartenait à la commune, si elle s'estimait insuffisamment éclairée quant à la présence d'un déshuileur et d'une pompe de refoulement au sous-sol, de lui adresser une demande en ce sens dans le délai d'un mois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le maire de la commune de Saint-Raphaël n'a pas fondé son refus sur l'incomplétude du dossier permettant d'apprécier le respect des dispositions de l'article UA 8.3 du plan local d'urbanisme mais sur la violation directe de ces dispositions. Si la société ANDELIM PROMOTION justifie, sans être contestée, de la présence de regards hydrocarbures, dispositif équivalent à un déshuileur, elle ne conteste pas l'absence d'une pompe de refoulement qu'elle justifie par l'absence d'eau de ruissellement. Dans ces conditions, et alors que les dispositions de l'article UA 8.3 du plan local d'urbanisme ne subordonne pas la présence d'une pompe de refoulement à la caractérisation préalable de la présence d'eau de ruissellement, le maire de la commune de Saint-Raphaël pouvait légalement opposer la méconnaissance des dispositions de l'article UA 8.3 du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA 7.1 du plan local d'urbanisme relatif à l'accès : " - les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : défense contre l'incendie, protection civile, brancardage, etc. ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

14. En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont

1.

l'administration est chargée d'assurer le respect. En outre, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article

R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

15. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur la méconnaissance des dispositions des articles UC 7.1 du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme.

16. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe dans la zone classée UAb par le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël. Dans ces conditions, les dispositions des articles relatifs à la zone UC sont inopposables. Toutefois, les dispositions de l'article UC 7.1 du plan local d'urbanisme sont identiques à celles de l'article UA 7.1, seules applicables au terrain d'assiette du projet. Par suite, il y a lieu de regarder cette mention comme une simple erreur de plume.

17. Il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi au nord par le boulevard Georges Clémenceau, sur lequel est prévu un accès piéton à l'immeuble, et au sud, par la rue Pierre Curie, sur lequel est prévu l'accès au garage au rez-de-chaussée. Il est constant que cette rue est assez étroite, que les trottoirs sont inexistants et que, si un panneau d'interdiction de stationnement est apposé à l'entrée de cette voie à sens unique, le respect de ce dernier n'est pas assuré. Dans ces conditions, le projet, qui conduit à la création de 23 places de stationnement, augmentant ainsi les conditions générales de circulation dans cette rue, est de nature à porter atteinte à la sécurité des piétons sur la rue Pierre Curie et le maire pouvait légalement refuser sa réalisation en raison de sa méconnaissance des dispositions aux des articles UA 7.1 et R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article UA 8.7 du plan local d'urbanisme relatif à la collecte des ordures ménagères : " Toute construction nouvelle doit prévoir une ou plusieurs aires de stockage des ordures ménagères correctement dimensionnées, le plus facilement accessibles depuis la voie publique, raccordé aux réseaux d'eaux usées et comportant un point d'eau ".

19. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article UA 8.7 du plan local d'urbanisme en tant que le local-poubelle n'était pas accessible depuis la voie publique et rendait difficile le ramassage des ordures ménagères.

20. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit l'implantation d'une aire de stockage des ordures ménagères au rez-de-chaussée, du côté nord du projet, au niveau de l'accès piéton et l'accès des véhicules au garage en sous-sol ouvrant sur le boulevard Georges Clémenceau. Dans ces conditions, et alors que les dispositions de l'article UA 8.7 du plan local d'urbanisme ne sauraient être regardées comme imposant qu'un tel local se situe directement sur la voie publique, le maire de la commune de Saint-Raphaël a commis une erreur d'appréciation en regardant le projet comme méconnaissant les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être accueilli.

21. Le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 8.7 du plan local d'urbanisme n'est pas au nombre de ceux qui peuvent légalement justifier le refus de permis de

1.

construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION. Toutefois, le maire de la commune de Saint-Raphaël aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la méconnaissance des dispositions des articles UA 7.1 du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme, DG 14.6.2 et UA 8.3 du plan local d'urbanisme.

22. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er août 2023 doivent être rejetées, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société ANDELIM PROMOTION au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Raphaël qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société ANDELIM PROMOTION la somme demandée par la commune de Saint-Raphaël au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ANDELIM PROMOTION est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Raphaël présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée ANDELIM PROMOTION et à la commune de Saint-Raphaël.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024 à laquelle siégeaient : Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure, signé

K. Martin

La présidente, signé

M. Doumergue

Le greffier, signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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