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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303326

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303326

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKOUEVI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 octobre 2023 et 10 avril 2024,

M. B A, représenté par Me Abdoulaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet du Var a prononcé son expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à la caractérisation de la menace grave à l'ordre public que son comportement constitue ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

-

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés. Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2303331 du 27 octobre 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Toulon a suspendu l'exécution de l'arrêté du 27 septembre 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Aidoudi, substituant Me Kouevi, représentant le requérant,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 28 janvier 1980, déclare être entré en France en 1980 dans le cadre d'un regroupement familial. Par arrêté du 27 septembre 2023, le préfet du Var a prononcé son expulsion du territoire français. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au présent litige : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles

L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-3 du code précité : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est marié depuis au moins quatre ans soit avec un ressortissant français ayant conservé la nationalité française, soit avec un ressortissant étranger relevant du 1°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage

; () / La circonstance qu'un étranger mentionné aux 1° à 5° a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ne fait pas obstacle à ce qu'il bénéficie des dispositions du présent article ".

3. M. A soutient que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré en France à l'âge de 6 mois, a été en possession de plusieurs titres de séjour et qu'il justifie ainsi de 10 ans de séjour régulier, sans compter la période où il était mineur.

4. Il n'est pas contesté que M. A, qui est né le 28 janvier 1980, est entré en France à l'âge de 6 mois dans le cadre d'un regroupement familial. S'il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité produits entre 1982 et 1992, que l'intéressé justifie de sa présence en France avant l'âge de 13 ans, et qu'il a bénéficié d'une carte de résident algérien entre 1998 et 2008, il n'établit pas sa résidence en France notamment au cours des années 1993, 1994, 1999, 2000, 2005. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné à une peine de 10 ans d'emprisonnement, ramenée à 5 ans par la cour d'appel d'Aix-en-Provence par un arrêt du 18 décembre 2019, période d'incarcération insusceptible d'être prise en compte au titre des 2° et 3° de l'article précité. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut être regardé comme établissant sa présence habituelle en France depuis au moins l'âge de treize ans, du caractère régulier de sa présence sur le territoire français depuis plus de vingt ans ni depuis plus de dix ans, à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, le préfet du Var n'a pas méconnu les dispositions de l'article

L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que la situation de

M. A est régie par les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que le préfet du Var devait, pour prononcer son expulsion, caractériser que son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, entre 2001 et 2008, de neuf condamnations pénales pour des peines allant de l'amende à trois mois d'emprisonnement, principalement pour des faits de conduite sans permis et acquisition, détention, transport et offre ou cession, non autorisées de stupéfiants. Ces mêmes faits ont été réitérés en 2009 et 2010, lesquels ont conduit à sa condamnation à une peine de 10 ans d'emprisonnement, ramenée à 5 ans par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 18 décembre 2019, pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement. Toutefois, ces faits sont anciens et n'ont pas été suivis de faits de même nature. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment d'une attestation du chef d'établissement du centre pénitentiaire d'Aix-Luynes dans lequel il a été incarcéré, que, malgré le relevé d'une infraction tenant à la remise ou la sortie irrégulière de correspondance, somme d'argent ou objet de détenu, son comportement en détention est bon et qu'il participe à la vie collective. Par ailleurs, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une relaxe pour l'infraction tenant au refus de se soumettre à un prélèvement biologique destiné à permettre l'analyse et l'identification

1.

de l'empreinte génétique, la seule menace de mort relevée le 28 décembre 2021 à Marseille est insusceptible, à elle seule, de caractériser une menace grave à l'ordre public. Dans ces conditions, à la date de l'arrêté litigieux, la présence de l'intéressé en France n'est pas de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Ainsi, le préfet du Var a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que l'arrêté du 27 septembre 2023 doit être annulé.

Sur l'injonction :

9. L'exécution du présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour ni l'examen d'une telle demande. Il en résulte que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 septembre 2023 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée sans délai au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

K. Martin

Le président,

Signé Ph. Harang

Le greffier, Signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier.

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