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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303934

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303934

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantCAILLOUET-GANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 30 novembre 2023, le tribunal administratif de Nice a transmis au tribunal administratif de Toulon la requête de Mme B.

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023 au tribunal administratif de Nice, Mme A B, représentée par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Mme B soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas signé et que l'identité et la fonction de son auteur sont absentes en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- aucune délégation de compétence ne peut être contrôlée ;

-

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle réside en France depuis 2018, qu'elle a un enfant né en France en 2020, et qu'elle n'a plus de lien avec sa famille au Nigéria qu'elle a fui suite à des mauvais traitements et des violences ;

- méconnaît les articles 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 dès lors que sa fille née en France risque des représailles en cas de retour au Nigéria ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside en France depuis 2018, qu'elle a un enfant né en France en 2020, et qu'elle n'a plus de lien avec sa famille au Nigéria qu'elle a fui suite à des mauvais traitements et des violences ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle encourt des risques de représailles en cas de retour au Nigéria ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle encourt des risques de représailles en cas de retour au Nigéria.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauton,

- et les observations de Me Caillouet-Ganet, représentant Mme B. Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

-

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer Mme B, ressortissante nigériane née en 1990, une attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration :

" Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

4. Il ressort de l'examen de l'exemplaire de la décision attaquée produit par Mme B, non contesté en défense, qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur et qu'elle ne mentionne pas davantage, le nom, le prénom et la qualité de sa signataire. Par suite, en délivrant à l'intéressée l'arrêté attaqué, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative :

" Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé.

/ La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

1.

D E C I D E:

Article 1er : Mme B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à Mme B une attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de Mme B de procéder au réexamen de la situation administrative de celle-ci dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Caillouet-Ganet et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera remise au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J-F. SAUTON

La greffière,

Signé

I. REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, P/La greffière en chef,

La greffière,

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