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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400337

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400337

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERNARD-CHATELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 7 février 2024, M. D A, représenté par Me Arielle Moreau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté n°A-2023-1013 du 6 juin 2023 du maire de la commune de Draguignan, ordonnant la remise de ses deux chiennes à un tiers, et portant refus implicite de restitution de ces dernières ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Draguignan de lui remettre les deux chiennes sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner la commune de Draguignan à lui verser une somme de 3 000 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence

- Les conditions de détention actuelles de ses deux chiennes ne permettent pas de garantir leur bien-être et leur sécurité ;

- L'urgence est également caractérisée par la séparation des chiennes avec leur famille ;

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de l'acte incriminé

- La mesure de placement administratif d'un chien dit dangereux chez un particulier ne fait pas partie des pouvoirs de police dont dispose le maire ;

- À la date de l'adoption de l'arrêté incriminé soit le 6 juin 2023, la situation d'urgence n'était manifestement pas caractérisée et le maire était dans l'obligation légale de l'inviter à présenter ses observations avant la mise en œuvre de toute mesure de placement ;

- Il appartenait donc au maire de Draguignan dès lors qu'il écartait la mesure d'euthanasie de prescrire des mesures de nature à éviter toute nouvelle divagation ; En remettant les deux chiennes à un particulier le maire de Draguignan a commis également une erreur de droit ;

- L'arrêté querellé a remis les deux chiennes de Monsieur A à un tiers sans aucune limitation de durée. La mesure de placement sans durée revêt un caractère disproportionné, au regard de l'objectif de protection poursuivi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le maire de Draguignan représenté par Me Bernard-Chatelot conclut au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à verser à la commune de Draguignan la somme de 3.000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de Justice Administrative

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyen propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2301771 par laquelle M. D A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 08 février 2024 à 15h00

- le rapport de M. Harang, juge des référés ;

- les observations de Me Simonin pour M. D A.

- les observations de Me Bernard-Chatelot pour la commune de Draguignan

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la possibilité pour le juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision administrative à deux conditions distinctes et cumulatives, relatives l'une, à l'existence d'une situation d'urgence, et l'autre, à la présentation de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

3. M. A est propriétaire de deux chiennes de race Rottweiler dénommées Nolla et Ninon, nées le 2 juin 2017. Le 11 janvier 2023, les deux chiennes se sont échappées du domicile familial alors que le portail électrique du jardin de la maison se refermait suite au passage d'une voiture. Alors qu'elles se trouvaient à quelques mètres à peine de leur maison, elles ont sévèrement mordu un joggeur passant à proximité Par arrêté du 6 juin 2023, le maire de la Commune de Draguignan a implicitement refusé leur restitution et déclaré mettre fin au placement judiciaire provisoire de Nolla et Ninon sous réserve de l'article 2 de son arrêté autorisant la pension animale " Cayron " à remettre Nolla et Ninon à Mme C E.

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il ressort très clairement des pièces du dossier que les conditions de gardiennage des deux chiennes appartenant à M. A ne permettent plus de garantir leur bien-être et leur sécurité, appréciation notamment confirmée par la survenance récente d'un incendie du chenil en cause, incendie à l'origine du décès de deux autres chiens et ce, alors même que la mesure administrative de remise d'un chien à un particulier ne fait pas partie des pouvoirs dont dispose le maire au titre de son pouvoir de police des chiens dangereux. En outre, l'arrêté litigieux porte une atteinte grave et manifeste au droit de propriété de M. A ainsi que, compte tenu du lien affectif particulier que sa compagne, ses enfants et lui-même ont établi avec leurs chiennes, au droit au respect de sa vie privée consacré notamment par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu de ces éléments et du délai écoulé depuis la présentation de la demande, le requérant justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

5. Aux termes de l'article 99-1 du code de procédure pénale : " Lorsque, au cours d'une procédure judiciaire ou des contrôles mentionnés à l'article L. 214-23 du code rural et de la pêche maritime, il a été procédé à la saisie ou au retrait, à quelque titre que ce soit, d'un ou plusieurs animaux vivants, le procureur de la République près le tribunal judiciaire du lieu de l'infraction ou, lorsqu'il est saisi, le juge d'instruction peut placer l'animal dans un lieu de dépôt prévu à cet effet ou le confier à une fondation ou à une association de protection animale reconnue d'utilité publique ou déclarée. () Lorsque, au cours de la procédure judiciaire, la conservation de l'animal saisi ou retiré n'est plus nécessaire à la manifestation de la vérité et que l'animal est susceptible de présenter un danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le procureur de la République ou le juge d'instruction lorsqu'il est saisi ordonne la remise de l'animal à l'autorité administrative afin que celle-ci mette en œuvre les mesures prévues au II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime ". Aux termes du II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime : " En cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou à défaut le préfet peut ordonner par arrêté que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie. / Est réputé présenter un danger grave et immédiat tout chien appartenant à une des catégories mentionnées à l'article L. 211-12, qui est détenu par une personne mentionnée à l'article L. 211-13 ou qui se trouve dans un lieu où sa présence est interdite par le I de l'article L. 211-16, ou qui circule sans être muselé et tenu en laisse dans les conditions prévues par le II du même article, ou dont le propriétaire ou le détenteur n'est pas titulaire de l'attestation d'aptitude prévue au I de l'article L. 211-13-1. / () ". Aux termes de l'article L. 211-12 du même code : " Les types de chiens susceptibles d'être dangereux faisant l'objet des mesures spécifiques prévues par les articles L. 211-13 (), sans préjudice des dispositions de l'article L. 211-11, sont répartis en deux catégories : / 1° Première catégorie : les chiens d'attaque ; / 2° Deuxième catégorie : les chiens de garde et de défense. / Un arrêté du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'agriculture établit la liste des types de chiens relevant de chacune de ces catégories ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-13 du même code : " Ne peuvent détenir les chiens mentionnés à l'article L. 211-12 : / 1° Les personnes âgées de moins de dix-huit ans ; / 2° Les majeurs en tutelle à moins qu'ils n'y aient été autorisés par le juge des tutelles ; / 3° Les personnes condamnées pour crime ou à une peine d'emprisonnement avec ou sans sursis pour délit inscrit au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent ; / 4° Les personnes auxquelles la propriété ou la garde d'un chien a été retirée en application de l'article L. 211-11. Le maire peut accorder une dérogation à l'interdiction en considération du comportement du demandeur depuis la décision de retrait, à condition que celle-ci ait été prononcée plus de dix ans avant le dépôt de la déclaration visée à l'article L. 211-14 ".

6. Les moyens tirés d'une part, de ce que la mesure de placement administratif d'un chien dit dangereux chez un particulier ne fait pas partie des pouvoirs de police dont dispose le maire et, d'autre part, de ce que la mesure de placement sans durée revêt un caractère disproportionné, au regard de l'objectif de protection poursuivi, sont, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté n°A-2023-1013 du 6 juin 2023 du maire de la commune de Draguignan.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu des preuves apportées à l'audience par le requérant sur les travaux réalisés dans la propriété appartenant à sa compagne, Mme B, travaux destinés à assurer tout risque de fugue de Nolla et Ninon, il y a lieu d'enjoindre au maire de Draguignan de restituer à M. A ses deux chiennes dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Draguignan le versement à M. A d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par la commune, partie perdante, sur ce même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n°A-2023-1013 du 6 juin 2023 du maire de la commune de Draguignan, ordonnant la remise des deux chiennes Nolla et Ninon à un tiers, et portant refus implicite de restitution de ces dernières à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Draguignan de restituer à M. A ses deux chiennes dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond.

Article 3 : La commune de Draguignan versera à M. A une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à la commune de Draguignan.

Fait à Toulon, le 9 février 2024.

Le Vice-président

Juge des référés,

Signé

Ph. Harang

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne et à tous les huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier.

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