Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401750

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantMEJERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. A D représentée par Me Mejeri, demande au juge des référés :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans

2°) De condamner l'Etat à lui payer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- eu égard aux circonstances particulières du cas d'espèce, le préfet du Var a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision incriminée sur sa situation personnelle.

- Il n'aurait pas dû faire l'objet d'une interdiction de retour au seul motif qu'il serait susceptible de se soustraire à la mesure. D'autant plus qu'il est reconnu dans la décision contestée qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun de moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ; Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, Vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Harang a été entendu au cours de l'audience publique : Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 juin 2024, le préfet du Var a obligé M. A D, ressortissant tunisien, à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. M. A D fait notamment valoir qu'il est entré irrégulièrement en France en 2019 et qu'il est fiancé avec Mme B C, citoyenne française, compagne avec laquelle il va prochainement se marier. Toutefois, il n'apporte aucun élément sérieux à l'appui de cette dernière allégation. Par ailleurs, la présence du requérant, célibataire et sans enfants, sur le sol français est relativement récente. Il ne justifie pas de l'impossibilité de mener une vie personnelle normale dans son pays d'origine. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une

1.

interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutef ois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la Fra nce, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

5. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

6. Pour prononcer une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. D, le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance qu'aucun délai de départ volontaire ne lui était accordé et que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. En outre, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a examiné l'ensemble de la situation de M. D au regard des quatre critères énoncés à l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, compte tenu de la nature et de l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France et de sa situation de " défavorablement connu des services de police pour des faits de détention et de cession de produits stupéfiants " la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et compte tenu de ce qui a été dit dans les points précédents, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas dépourvue de base légale.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

1.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le Vice-présidentLa Greffière

Magistrat désigné,

SignéSigné

PH. HARANGI. REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme, La greffière en chef,

La greffière