lundi 27 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ALE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Leardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la légalité externe :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen attentif et personnalisé de sa situation ;
Sur la légalité externe :
- il est entaché d'erreur manifeste de droit et d'appréciation pour se fonder sur des faits erronés ;
- il porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 23 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que, dans le cas où le tribunal annulerait l'arrêté attaqué pour un motif de légalité interne, cette annulation serait susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction au préfet du Var de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 janvier 2025 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les observations de Me Leardo pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 23 février 1996, qui ne précise pas la date de son entrée en France ni n'établit la régularité de celle-ci, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, d'une durée d'un an valable du 25 avril 2023 au 24 avril 2024. Il a demandé le 6 mars 2024 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 3 octobre 2024, le préfet du Var a rejeté sa demande et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle () au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".
3. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement correctionnel du 21 novembre 2023 dont le caractère définitif n'est pas contesté, le tribunal judiciaire de Toulon a déclaré M. A coupable de faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours, commis le 2 juillet 2023 à Toulon, et l'a condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis. Le jugement indique que les faits délictueux consistent en deux gifles et un coup de pied ayant entraîné une incapacité totale de travail de vingt-et-un jours. Toutefois, ce jugement précise que M. A n'avait jamais été condamné auparavant. Malgré le caractère récent des faits en cause, cette seule condamnation pénale assortie du sursis n'est pas suffisante, en l'absence de tout autre élément, pour établir que la présence en France de l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Var a fait une inexacte application de ces dispositions en rejetant pour ce motif la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié depuis le 14 mai 2021 à une ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants français nés les 3 mai 2022 et 7 décembre 2023. La seule adresse du requérant figurant sur l'ensemble des documents versés aux débats est également celle de son épouse, et ce, depuis la date de leur mariage. A défaut d'élément de preuve contraire, la communauté de vie du couple est donc avérée. De plus, ce domicile commun suffit à attester que l'intéressé, même sans emploi déclaré depuis le 1er décembre 2023, contribue effectivement, par sa présence au quotidien, à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants mineurs, ce que confirme une attestation de son épouse. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var renouvelle la carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " de M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre cette décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 octobre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de renouveler la carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Riffard, premier conseiller,
M. Cros, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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