Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné le recours de M. D..., ressortissant comorien, contre l'arrêté du préfet du Var du 7 mai 2025 refusant son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que la contribution de l'autre parent, de nationalité française, n'était pas établie, faute de décision de justice ou de preuve de contribution effective à la date de la décision attaquée. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 423-7 et L. 423-8 du CESEDA, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 juin 2025 et le 1er juillet 2025, M. B... D..., représenté par Me Dantcikian, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 7 mai 2025 par laquelle le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision prise dans son ensemble :
- est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d’une erreur de fait et de droit au regard des dispositions de l’article L.423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’éducation de son enfant ;
- méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 20 novembre 2025 :
le rapport de M. Karbal, rapporteur ;
les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. B... D..., ressortissant comorien, déclare est être entré en France le 14 septembre 2022. Il a bénéficié de deux cartes de séjour temporaires portant la mention « étudiant » pour la période comprise entre le 4 janvier 2021 et le 7 juillet 2023. Par une demande en date du 24 avril 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut en qualité de conjoint de français et de parent d’enfant français. Par un arrêté en date du 7 mai 2025, le préfet du Var a rejeté sa demande. L’intéressé sollicite l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». Aux termes de l’article 371-2 du code civil : « Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ». Et aux termes de l’article 373-2-2 du même code : « I.-En cas de séparation entre les parents, ou entre ceux-ci et l'enfant, la contribution à son entretien et à son éducation prend la forme d'une pension alimentaire versée, selon le cas, par l'un des parents à l'autre, ou à la personne à laquelle l'enfant a été confié. (…) ».
3. Il résulte de ces dispositions que l’étranger qui sollicite la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » au motif qu’il est parent d’un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l’entretien et à l’éducation de l’enfant, de celle de l’autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l’égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l’article 316 du code civil. Le premier alinéa de l’article L. 423-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que cette condition de contribution de l’autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu’est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu’est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu’elles constatent l’impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.
4. En l’espèce, M. D... s’est marié avec Mme A... C... le 4 février 2023 à Entrecasteaux, ainsi qu’en atteste la copie intégrale de l’acte de mariage produit à l’instance. De cette union est né un enfant le 8 mars 2024, dont il est constant qu’il est français par sa mère, et qui a été reconnu par son père le 16 septembre 2024. Il ressort également des pièces du dossier que, par une ordonnance d’orientation et mesures provisoires en divorce, prononcée le 19 juin 2025, postérieure à la décision attaquée, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Draguignan a reconnu l’exercice conjoint de l’autorité parentale entre Mme A... C... et M. D..., père de l’enfant Nour C... de nationalité française, que la résidence de l’enfant sera fixée chez la mère, avec l’octroi d’un droit de visite et a fixé le montant de la pension alimentaire à 120 euros par mois. En outre, M. D... produit de nombreux justificatifs de virements réalisés dans les deux ans précédents l’arrêté en litige et un seul virement, pour un montant de 200 euros, a été effectué le 17 mars 2024, soit une semaine après la naissance de son enfant. Il ressort également des pièces du dossier que l’exercice effectif de l’autorité parentale de M. D... a été entravé par la mère. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant contribué effectivement à l’entretien et à l’éducation des enfants dans les conditions prévues par l’article 371-2 du code civil, depuis la naissance de ceux-ci ou depuis au moins deux ans à la date de l’arrêté attaqué. M. D... réunit ainsi les conditions pour se voir délivrer de plein droit une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an en qualité de parent d’enfant français.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. D... est fondé à demander l’annulation de la décision portant refus de séjour du 7 mai 2025. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de celle fixant le pays de son renvoi.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
6. Le présent jugement implique ainsi qu’il soit ordonné au préfet du Var, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait de la situation de l’intéressé, de délivrer à M. D... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » portant la mention parent d’enfant français dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu en revanche d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. D... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L’arrêté du 7 mai 2025 du Préfet du Var est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. D... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » portant la mention parent d’enfant français dans un délai de deux mois à compter de date de notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à M. D... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.