Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Dantcikian, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 5 novembre 2025 par lequel la sous-préfète de Draguignan a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle viole les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- elle viole les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2026, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Soddu, première conseillère, pour statuer, en application de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sur les requêtes relevant des dispositions de l’article L. 921-1 et suivantes du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 23 janvier 2026 à 15h30.
Le rapport de Mme Soddu, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique et les parties ont été informés, que conformément à l’article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le pouvoir général de régularisation du préfet, les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’étant pas applicables aux ressortissants de nationalité tunisienne souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une activité salariée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant tunisien, né le 14 juillet 1970 à El Garia Metline (Tunisie) est entré en France selon ses affirmations en 2016. Il a sollicité, le 25 avril 2022, un titre de séjour. Par un arrêté du 5 novembre 2025 la sous-préfète de Draguignan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Puis par arrêté du 11 mars 2026 le préfet du Var l’a assigné à résidence dans le département du Var pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 5 novembre 2025.
Sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction sous astreinte :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ». Aux termes de l’article 11 du même accord : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».
3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée, et fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 précité de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour à raison d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 précité de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. De plus, en l’absence de stipulations de l’accord franco-tunisien régissant l’admission au séjour en France des ressortissants tunisien au titre de la vie privée et familiale, les ressortissants tunisiens peuvent utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à l’appui d’une demande de régularisation exceptionnelle de leur situation sur ce dernier fondement. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
5. M. A... a sollicité, le 25 avril 2022, son admission exceptionnelle au séjour, au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié.
6. D’une part, la décision attaquée portant refus de titre de séjour au titre du travail fondée à tort sur les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, trouve sa base légale dans le pouvoir général de régularisation dont dispose l’autorité préfectorale, fondement qui peut être substitué à ces dispositions ainsi que les parties en ont été informées lors de l’audience, dès lors que ce dernier dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’un ou l’autre de ces fondements et que cette substitution de base n’a pas pour effet de le priver d’aucune garantie.
7. D’autre part, M. A... se prévaut d’une entrée sur le territoire français en 2016 sous couvert d’une carte de séjour italienne, de sa résidence sur le territoire français depuis l’année 2016, de l’exercice d’une activité salariée et de la scolarisation en France de ses trois enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a bénéficié d’un titre de séjour italien en qualité de travailleur autonome, valable du 27 novembre 2015 au 30 septembre 2017, qu’il a bénéficié d’une carte d’identité italienne, valable sur le territoire italien jusqu’au 14 juillet 2025, qu’il ne justifie pas d’une entrée régulière sur le territoire français, et qu’il s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire jusqu’au 25 avril 2022, date de dépôt de sa demande de titre de séjour. La scolarisation sur le territoire français des trois enfants mineurs du requérant, de nationalité tunisienne, ne peut à elle-seule constituer un motif exceptionnel de régularisation, alors au demeurant que l’épouse du requérant, également de nationalité tunisienne a fait l’objet, par un arrêté du 5 novembre 2025, d’un refus de titre de séjour assorti d’une obligation de quitter le territoire français. Au demeurant, la durée du séjour, de surcroît dans des conditions irrégulières, ne saurait suffire à caractériser des motifs exceptionnels de nature à justifier une admission au séjour. Le requérant âgé de cinquante-cinq ans à la date de la décision attaquée, ne démontre pas avoir noué en France des liens personnels et familiaux, ni ne justifie d’une insertion sociale d’une intensité telle qu’il pourrait être regardé comme y ayant établi le centre de sa vie privée et familiale. Il ne démontre pas qu’il serait isolé dans son pays d’origine, où réside, selon ses déclarations l’ensemble de sa fratrie. Si M. A... se prévaut de son insertion professionnelle, notamment de contrats saisonniers en qualité d’ouvrier agricole, de jardinier et dans le domaine de la déchetterie, il n’en justifie pas dans le cadre de la présente instance. Les bulletins de salaires des mois d’avril et mai 2025 en qualité d’équipier de collecte au sein de la société Nicollin, ne suffisent pas à justifier de circonstances exceptionnelles. Dans ces conditions, M. A... ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels pour l’exercice du pouvoir discrétionnaire de régularisation de l’autorité administrative. Par suite, le préfet du Var n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet du Var n’a pas entaché la décision attaquée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir de régularisation.
8. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». L’atteinte portée par la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour, au droit à la vie privée et familiale protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être appréciée au regard de la nature et de l’intensité de la vie privée et familiale de l’intéressé sur le territoire national.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A... de mener une vie privée et familiale en France garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision attaquée n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que cette décision emporte sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de quinze jours :
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A... de mener une vie privée et familiale en France garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que cette décision emporte sur la situation personnelle du requérant.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation des arrêtés du 5 mars 2026 du préfet du Var. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte doivent être rejetées, le présent jugement n’impliquant aucune mesure d’exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A..., la somme réclamée en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 26 mars 2026.
La magistrate désignée,
signé
N. SODDU
La greffière,
signé
L. APARICIO
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,