mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAVALETTE AVOCATS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 2 décembre 2021, le tribunal a sursis à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sur la requête n°2002086 de la SARL Culture et agriculture, la SCI Centre culturel agricole domaine de Boisbuchet et M. C E tendant à l'annulation du permis de construire du 25 juin 2020 du maire de Lessac afin de permettre à M. D d'obtenir un permis de construire modificatif propre à assurer la conformité du projet aux règles relatives à l'accès du projet, qui doit être desservi par une voie ouverte à la circulation publique ou sur laquelle le bénéficiaire dispose d'un droit de passage.
Un permis de construire modificatif en date du 24 mars 2022 a été délivré par le maire de la commune de Lessac.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, ainsi qu'un mémoire non communiqué enregistré le 8 juin 2022, M. B D, représenté par Me Argenton, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de mettre à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 13 mai 2022, ainsi qu'un mémoire et des pièces complémentaires non communiqués enregistrés les 12 et 13 juin 2022, la SARL Culture et agriculture, la SCI Centre culturel agricole domaine de Boisbuchet et M. C E, représentés par Me Gomez, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de Lessac a délivré un permis de construire à M. D ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le maire de Lessac a délivré un permis de construire modificatif à M. D ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lessac une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de la condamner aux entiers dépens de l'instance correspondant aux frais de constats d'huissier dressés.
Ils soutiennent que :
- le permis de construire modificatif est illégal en raison de l'illégalité du permis initial, fondé sur une carte communale abrogée par une délibération du 10 mars 2020 ;
- le permis modificatif est entaché d'une erreur de droit puisqu'il est pris sur le fondement de la carte communale abrogée par une délibération du 10 mars 2020 ;
- les caractéristiques de la voie d'accès ne sont pas précisées dans l'autorisation, qui est est entachée d'une erreur d'appréciation, M. D ne bénéficiant pas d'un droit de passage pour son exploitation professionnelle.
Par un mémoire enregistré le 18 mai 2022, la commune de Lessac, représentée par la SCP BCJ Brossier Carré Joly, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier, y compris celles visées par le jugement du 2 décembre 2021.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Plas, rapporteur public,
- et les observations de Me Gomez, avocat des requérants, de Me Argenton, avocat de M. D et de Me Brossier, avocate de la commune de Lessac.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 25 juin 2020, le maire de Lessac a délivré à M. B D un permis de construire deux bâtiments de stockage et une stabulation sur une parcelle située au sein du lieu-dit Trauma. Par un jugement du 2 décembre 2021, le tribunal administratif a décidé, après avoir écarté tous les autres moyens, de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sur la requête de la SARL Culture et agriculture, la SCI Centre culturel agricole domaine de Boisbuchet et M. C E et d'impartir à M. D un délai de quatre mois pour obtenir un permis modificatif régularisant le vice tiré de l'absence de desserte du projet par une voie ouverte à la circulation publique ou sur laquelle le bénéficiaire dispose d'un droit de passage. Le 1e avril 2022, M. D a communiqué un permis de construire modificatif, délivré le 24 mars 2022, en exécution de ce jugement.
2. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
3. A compter de la décision par laquelle le juge recourt à l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, seuls des moyens dirigés contre la mesure de régularisation notifiée, le cas échéant, au juge peuvent être invoqués devant ce dernier. A ce titre, les parties peuvent, à l'appui de la contestation de l'acte de régularisation, invoquer des vices qui lui sont propres et soutenir qu'il n'a pas pour effet de régulariser le vice que le juge a constaté dans sa décision avant dire droit. Elles ne peuvent en revanche soulever aucun autre moyen, qu'il s'agisse d'un moyen déjà écarté par la décision avant dire droit ou de moyens nouveaux, à l'exception de ceux qui seraient fondés sur des éléments révélés par la procédure de régularisation.
4. L'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Cette exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée.
5. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'illégalité, alléguée, du permis de construire délivré le 25 juin 2020.
6. D'autre part, la seule circonstance que l'arrêté du 24 mars 2022 valant permis modificatif vise la carte communale approuvée le 6 octobre 2008, tout comme le permis initial, n'implique pas que l'autorisation n'a pas été instruite sur le fondement des dispositions applicables du plan local d'urbanisme ni que celles-ci auraient été méconnues. Ainsi, les requérants, qui ne se prévalent d'aucune disposition du plan local d'urbanisme, ne sont pas fondés à soutenir que cette erreur de plume entache d'illégalité l'arrêté du 24 mars 2022.
7. En tout état de cause, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
8. En l'espèce, les dispositions initialement applicables de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme peuvent être substituées par les dispositions du plan local d'urbanisme opposables au permis modificatif en cause. L'article 3.1 de ce document prévoit que " un projet pourra être refusé si l'unité foncière destinée à l'accueillir n'est pas desservie par des voies publiques ou privées dans des conditions suffisantes au regard de son importance ou de sa destination, notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie ".
9. Le permis, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme; que, dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. D a obtenu, le 24 mars 2022, un permis de construire modificatif indiquant que la desserte de son projet s'effectuera par la parcelle voisine grâce à l'existence d'un droit de passage dont il se prévaut. A cet effet, il produit l'acte de propriété de M. E, qui stipule, dans un paragraphe intitulé " rappel de servitudes ", qu'un bail à ferme lui est octroyé et qu'ainsi " les preneurs auront le droit de passer avec leur matériel et animaux sur le chemin compris sous les numéros 57 () et 60 () de la section A Lieu-dit Trauma, appartenant aux bailleurs au même titre que les terres louées, pour leur permettre de desservir les parcelles situées de part et d'autre du ruisseau de l'Etang. Que les preneurs auront le droit de circuler avec leur matériel et animaux sur les chemins reliant la ferme de Trauma au village de Lessac (). ". En outre, M. D affirme, sans être contredit, que les parcelles anciennement cadastrées 57 et 60 sont respectivement devenues les parcelles 334, 337 et 338. Dès lors, il justifie d'un titre créant une servitude de passage.
11. Par ailleurs, il ressort des photographies produites par la commune que la voie d'accès dispose d'une largeur suffisante pour permettre le passage, notamment, des engins de lutte contre l'incendie. Enfin, aucune disposition n'impose qu'un permis de construire décrive les caractéristiques de la voie d'accès au projet.
12. Il résulte de ce qui précède que le vice a été régularisé, et que la requête de la SARL Culture et agriculture, la SCI Centre culturel agricole domaine de Boisbuchet et M. C E doit être rejetée.
13. Il y a lieu de mettre à la charge des requérants la somme de 1 200 euros à verser à M. B D ainsi qu'à la commune de Lessac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : La SARL Culture et agriculture, la SCI Centre culturel agricole domaine de Boisbuchet et M. C E verseront une somme de 1 200 euros à la commune de Lessac ainsi qu'à M. B D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Lessac, à M. B D ainsi qu'à la SARL Culture et agriculture, première dénommée.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Lemoine, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. GEISMAR
Le président,
Signé
D. LEMOINE
Le greffier d'audience,
Signé
JP. CHANTECAILLE
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026