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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2002535

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2002535

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2002535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 21 octobre 2020 et 27 mai 2022, M. A B, représenté par Me Rodier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2020 par lequel la préfète de la Vienne, d'une part, lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession dans un délai d'un mois et, d'autre part, lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir des armes ou munitions quelle que soit leur catégorie avec enregistrement de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 312-11 ;

- cette sanction est disproportionnée et révèle un détournement de pouvoir alors qu'il n'y a aucun trouble à l'ordre public lié à la détention de l'arme en cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2021, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 12 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Plas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déclaré à la préfecture de la Vienne le 18 janvier 2020 l'acquisition d'un fusil, calibre 16/70, DA3343, MAS. Par un arrêté du 10 septembre 2020, la préfète de la Vienne, d'une part, lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession dans un délai d'un mois et, d'autre part, lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir des armes ou munitions, quelle que soit leur catégorie, avec enregistrement dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). " L'article L. 211-5 de ce code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté litigieux vise les dispositions du code de la sécurité intérieure sur le fondement desquelles il a été pris, énonce les faits retenus à l'encontre de M. B en mentionnant notamment que le comportement de l'intéressé " laisse craindre une utilisation dangereuse pour lui-même et autrui " et fait état de la procédure contradictoire engagée le 4 août 2020 à l'occasion de laquelle il a présenté ses observations par courrier du 10 août 2020. Par suite, l'arrêté est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " () le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme de toute catégorie de s'en dessaisir () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête du 3 juillet 2020 diligentée par la direction départementale de la sécurité publique de la Vienne à la demande de la préfète, que M. B s'est rendu coupable, le 18 février 2020, de faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et qu'il a fait l'objet de onze mentions de mains courantes, dont plusieurs concernent des faits de menaces avec arme. La circonstance que le juge répressif ne se soit pas prononcé, à la date de la décision attaquée, sur les faits reprochés à l'intéressé ne faisait pas obstacle à ce que l'autorité préfectorale tienne compte de l'ensemble des éléments décrits ci-dessus dans l'usage de son pouvoir d'appréciation. Par ailleurs, il ressort de la grille d'évaluation du danger établie au moment des faits par la conjointe du requérant que celui-ci s'est déjà montré violent envers elle, avec une fréquence de ce comportement en augmentation significative. Compte tenu de l'ensemble des faits ressortant de l'enquête administrative, dont la matérialité et la gravité doivent être regardées comme établies, la préfète de la Vienne, à laquelle il incombait d'apprécier le comportement global de M. B au regard des exigences de protection de l'ordre public et de la sécurité des personnes, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de l'intéressé laissait craindre une utilisation dangereuse de son arme pour lui-même ou pour autrui et lui ordonner de se dessaisir de toutes ses armes tout en lui interdisant d'en acquérir ou d'en détenir de nouvelles.

6. En troisième lieu, la décision par laquelle le préfet ordonne au détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir sur le fondement des dispositions de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure constitue une mesure de police administrative destinée à préserver l'ordre public et non une sanction ayant le caractère d'une punition. Dès lors, M. B ne saurait utilement faire valoir que la mesure litigieuse constituerait une sanction disproportionnée ni qu'elle porterait atteinte au principe de la présomption d'innocence. En outre, et alors même que l'arme en cause a été placée sous scellés, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2020. Par suite, les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Rodier et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Lemoine, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. C

Le président,

Signé

D. LEMOINELe greffier d'audience,

Signé

JP. CHANTECAILLE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

signé

G. FAVARD

N ° 2002535

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