mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002951 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ELIGE BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 décembre 2020 et le 12 juillet 2021, la SCI La Grézacaise, représentée par Me Vigié, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 29 juin 2020 par laquelle le conseil municipal de Grézac a approuvé la révision du plan local d'urbanisme " à tout le moins qu'elle classe les parcelles AB n°440 et 275 en zone Ap " ;
2°) d'enjoindre à la commune de procéder au reclassement des parcelles cadastrées 440 et 275 dans le délai de deux mois à compter du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Grézac une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune était incompétente pour approuver la révision du plan local d'urbanisme, cette compétence ayant été transférée à la communauté d'agglomération Royan Atlantique ;
- la commune n'était pas compétente pour classer des secteurs en zone Ap, l'article L. 112-2 du code rural et de la pêche maritime réservant cette possibilité au préfet après avis de la chambre d'agriculture ;
- l'avis d'enquête publique n'a pas été publié sur le site internet de la commune, ou à défaut sur celui de la préfecture de la Charente-Maritime ;
- le classement des parcelles cadastrées AB 440 et 275 en zone Ap est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2021, la commune de Grézac, représentée par la société Elige Bordeaux, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI La Grézacaise en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2021 par une ordonnance du même 15 juillet 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Plas, rapporteur public,
- les observations de Me Vigie, avocat de la SCI La Grézacaise et de Me Grossin-Bugat, avocat de la commune de Grézac.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI La Grézacaise est propriétaire des parcelles cadastrées AB n°440 et 275 à Grézac. Par une délibération du 29 juin 2020, la commune de Grézac, qui compte moins de 1 000 habitants, a adopté la révision de son plan local d'urbanisme. Ce nouveau document classe ces mêmes parcelles en zone Ap et, pour une partie de la parcelle n°440, en zone U. La SCI demande l'annulation de cette délibération et qu'il soit enjoint à la commune de réexaminer ce classement.
2. L'article 136 de la loi n°2014-366 dite loi Alur dispose : " II. ' La communauté de communes ou la communauté d'agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu. ".
3. En l'espèce, la majorité des communes membres de la communauté d'agglomération s'est opposée au transfert de la compétence " plan local d'urbanisme " ainsi que l'a constaté le préfet de la Charente-Maritime dans son courrier du 8 juillet 2021. Il en résulte que la commune de Grézac était bien compétente pour approuver le plan local d'urbanisme litigieux.
4. Aux termes de l'article L. 112-2 du code rural et de la pêche maritime : " Des zones agricoles dont la préservation présente un intérêt général en raison soit de la qualité de leur production, soit de leur situation géographique, soit de leur qualité agronomique peuvent faire l'objet d'un classement en tant que zones agricoles protégées. Celles-ci sont délimitées par arrêté préfectoral pris sur proposition ou après accord du conseil municipal des communes intéressées ou, le cas échéant, et après avis du conseil municipal des communes intéressées, sur proposition de l'organe délibérant de l'établissement public compétent en matière de plan local d'urbanisme ou de schéma de cohérence territoriale, après avis de la chambre d'agriculture, de l'Institut national de l'origine et de la qualité dans les zones d'appellation d'origine contrôlée et de la commission départementale d'orientation de l'agriculture et après enquête publique réalisée dans les conditions prévues au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement. () ". Et selon l'article L. 151-9 du code du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. " sachant que l'article R. 151-22 de ce code précise : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
5. Le classement d'un terrain en zone agricole protégée, par une décision du préfet prise sur le fondement de ces dispositions du code rural, pourrait le cas échéant conduire à remettre en cause la légalité d'un document d'urbanisme en tant qu'il viendrait quant à lui inscrire ce terrain en zone constructible. Mais la compétence ainsi dévolue à l'autorité préfectorale ne peut avoir pour effet de priver les auteurs du plan local d'urbanisme de la possibilité de délimiter, au sein des zones agricoles, des secteurs faisant l'objet d'une protection particulière, que ce soit en raison de leur potentiel agricole, de leur qualité paysagère ou de tout autre considération pertinente, où toute construction est interdite. Il s'ensuit qu'en instituant au sein de la zone agricole des secteurs inconstructibles indicés " p ", la commune de Grézac n'a ni institué une zone agricole protégée au sens de l'article L. 112-1 du code rural et de la pêche maritime ni outrepassé sa compétence. Le moyen tiré de l'incompétence de cette commune doit donc être écarté.
6. L'article L. 153-19 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire ". Et l'article R. 123-11 du code de l'environnement précise : " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. Pour les projets d'importance nationale et les plans et programmes de niveau national, cet avis est, en outre, publié dans deux journaux à diffusion nationale quinze jours au moins avant le début de l'enquête. II. - L'avis mentionné au I est publié sur le site internet de l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête. Si l'autorité compétente ne dispose pas d'un site internet, cet avis est publié, à sa demande, sur le site internet des services de l'Etat dans le département. Dans ce cas, l'autorité compétente transmet l'avis par voie électronique au préfet au moins un mois avant le début de la participation, qui le met en ligne au moins quinze jours avant le début de la participation. ".
7. Il ressort des termes du rapport d'enquête, qui ne sont pas sérieusement contestés, que l'objet, le but et les modalités de l'enquête ont fait l'objet d'une publicité dans deux journaux locaux, Sud-Ouest et Haute-Saintonge, et que l'avis d'enquête a été affiché en mairie ainsi que publié sur le site internet de la commune. Et le commissaire enquêteur a conclu sur ce point que : " Les administrés ont été correctement informés du déroulement de l'enquête et n'ont donc pas été empêchés de formuler des observations ". Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante publicité de l'avis d'enquête publique doit être écarté.
8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
9. Les principales orientations du plan local d'urbanisme, rappelées par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), visent à assurer un développement urbain maîtrisé, sans consommer les terres agricoles situées en dehors des enveloppes urbaines, et en optimisant ces dernières, tout en assurant une qualité paysagère des futures opérations. Le parti d'aménagement tend à la fois à affirmer les limites de l'enveloppe urbaine en conservant des coupures, renforcer et développer le bourg notamment en confortant la lecture paysagère de cette centralité et à lutter contre l'étalement urbain. La carte représentant l'orientation politique n°1 du PADD (page 13 de ce document) illustre ainsi ces différents partis et montre que les coupures d'urbanisation sont essentiellement envisagées à l'est du bourg, que la limite de l'enveloppe urbaine est appréciée globalement et inclut le secteur Chez Martin, et enfin que des traitements relatifs aux transitions entre espaces bâtis et espaces agricoles sont envisagés en périphérie du bourg, lequel comportera plusieurs liaisons douces en son sein.
10. La parcelle AB 275, d'une grande superficie, est actuellement utilisée pour l'exploitation agricole. Située au sud de la route de Sémussac, elle s'ouvre au sud vers de vastes espaces agricoles, eux aussi exploités. Bien qu'en bordure d'une partie urbanisée, son classement en zone Ap du plan local d'urbanisme, qui affiche une volonté de gestion économe de la consommation d'espace et qui entend maintenir le caractère " village rural " de Grézac, n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. La parcelle AB 440 se situe au nord de la route de Semussac, soit dans la partie plus dense du bourg, et jouxte au nord et à l'est des parcelles construites. Essentiellement bordée de zones U et AU, elle n'apparait pas faire l'objet d'une exploitation agricole ni d'une protection particulière, n'étant pas notamment identifiée comme à valoriser au titre de la trame verte ou bleue. Son classement en zone Ap, alors même qu'une zone 1AU a été créée à l'est du bourg sur des terres agricoles, a été critiqué par le préfet de la Charente-Maritime qui a indiqué que ce classement " n'est pas pertinent " alors qu'elle s'intègre dans le bourg. De même, la chambre d'agriculture a émis un avis défavorable à ce projet, regrettant également qu'avant de délimiter des zones U ou AU en extension de l'urbanisation, la commune n'ait pas préféré davantage " développer l'habitat dans le bourg ". Ces critiques ont également été reprises par le commissaire enquêteur, bien qu'il ait émis, globalement, un avis favorable au projet de plan local d'urbanisme. Ainsi, compte tenu des objectifs fixés par le PADD, qui vise à renforcer l'urbanisation du bourg tout en conservant des coupures d'urbanisation, mais essentiellement à l'est de ce dernier, le classement de la parcelle AB 440 en zone agricole protégée est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que la SCI La Grézacaise est fondée à soutenir que la délibération du 29 juin 2020 est illégale, en tant seulement qu'elle classe la parcelle AB 440 en zone agricole protégée.
13. Selon l'article L. 911-2 du code de justice administratif : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Et selon l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur. "
14. En l'espèce, il n'est pas contesté que le plan local d'urbanisme antérieurement en vigueur classait la parcelle AB 440 en cause en zone urbaine. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce classement ne peut plus être appliqué, conformément aux dispositions rappelées ci-dessus. Dès lors, il n'y a pas lieu d'enjoindre à la commune de réexaminer le classement des parcelles.
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Grézac le versement d'une somme de 1 200 euros à verser à la SCI La Grézacaise en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la requérante à ce même titre.
DECIDE :
Article 1er : La délibération du 29 juin 2020 est annulée en tant seulement qu'elle classe la parcelle AB 440 en zone agricole.
Article 2 : La commune de Grézac versera une somme de 1 200 euros à la SCI La Grézacaise en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI la Grézacaise et à la commune de Grézac.
Copie sera transmise, pour information, au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Lemoine, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. GEISMAR Le président,
Signé
D. LEMOINE
Le greffier d'audience,
Signé
JP. CHANTECAILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026