jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PELEKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février 2021 et le 24 juin 2021, Mme D, représentée par Me Peleka, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2021 par lequel le Préfet de la Charente-Maritime l'a assignée à résidence pour une durée de deux mois dans le département de la Charente-Maritime et lui a fait obligation de se présenter tous les mardis et jeudis à 09h30, y compris les jours fériés à la brigade de gendarmerie de Saujon ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat ou du Préfet de la Charente-Maritime une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'un défaut de base légale et méconnaît les dispositions des articles L. 561-1 et L. 311-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le recours est devenu sans objet en raison du départ de Mme D qui aurait quitté la France.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse D, ressortissante albanaise, née le 16 décembre 1981, est entrée en France en septembre 2018 selon ses déclarations. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile le 28 mars 2019. Elle a fait une demande de carte de séjour en raison de sa situation familiale et de son état de santé. Le 29 janvier 2020, le préfet de la Charente-Maritime a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 20 août 2020, le préfet de la Charente-Maritime a assigné à résidence l'intéressée. Par un arrêté en date du 16 janvier 2021, le préfet de la Charente-Maritime a renouvelé l'assignation à résidence pour une durée de deux mois et a obligé l'intéressée à se présenter deux fois par semaine, les mardis et les jeudis à 09h30, y compris les jours fériés, à la brigade de gendarmerie de Saujon. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Mme D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2021, il n'y a pas lieu de se prononcer, en application des dispositions précitées, sur sa demande tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de la Charente-Maritime :
3. Le préfet de la Charente-Maritime conclut au non-lieu à statuer du fait du départ de la requérante qui aurait quitté la France. Toutefois, la décision en litige portant assignation à résidence, Mme D a dû se conformer, depuis sa notification, aux mesures restreignant sa liberté d'aller et venir. Par suite, les conditions d'un non-lieu à statuer ne sont pas réunies et l'exception de non-lieu présentée par le préfet de la Charente-Maritime ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de la Charente-Maritime, par M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime. Celui-ci a reçu délégation du préfet par un arrêté du 29 avril 2022, régulièrement publié et accessible sur le site internet de la préfecture, pour signer l'ensemble des décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise en particulier les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la situation de l'intéressée et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA, sa situation privée et familiale et le fait que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines de traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, l'acte attaqué, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme D, est suffisamment motivé.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. En premier lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaîtrait l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de de l'article L. 311-11 alinéa 11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la délivrance du titre de séjour en raison de l'état de santé du demandeur est inopérant à l'encontre de l'acte attaqué portant uniquement assignation à résidence.
8. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. Mme D vit en France avec son époux, E D, et leurs trois enfants nés le 21 août 2004, le 14 janvier 2004 et le 7 mars 2012, dont deux sont scolarisés à Rochefort. Par ailleurs, elle se prévaut de relations fraternelles et amicales sur le territoire de la commune de Rochefort, dans laquelle elle réside et que sa famille serait appréciée par les habitants, notamment qu'une pétition aurait été créée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France avec sa famille en septembre 2018 et que son époux, en situation irrégulière, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. La circonstance que deux de ses enfants soient scolarisés en France ne suffit pas à établir une intégration au sein de la société française, et il n'est pas allégué qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité dans son pays d'origine. Mme D fait également valoir qu'elle souffre de troubles anxiodépressifs sévères et est suivie par des médecins psychiatres et des psychologues. Elle soutient être hospitalisée en psychiatrie de façon quasi permanente. Elle ne fournit toutefois aucune pièce permettant de l'attester. Au regard de ces circonstances, dans la mesure où la cellule familiale peut se reconstituer hors de France, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. L'arrêté d'assignation obligeant l'intéressée à rester à son domicile entre 9h et 12h tous les jours l'empêcherait d'accompagner ses enfants à l'école. Toutefois, ces allégations ne peuvent être regardées comme établies en l'absence d'une part, d'éléments relatifs à la scolarisation de ces derniers, à leurs emplois du temps et dans la mesure où, d'autre part, ses enfants ont respectivement 21, 18 et 10 ans. Au demeurant, il n'est pas démontré que la scolarité des enfants ne pourrait se poursuivre en Albanie, où ils vivaient jusqu'en 2018. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté du 16 février 2021 présentées par Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction qui en constituent l'accessoire ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au Préfet de la Charente-Maritime.
Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Laclautre, conseillère,
Mme Bréjeon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La Présidente-rapporteure,
Signé
S. C
La première assesseure,
Signé
N. LACLAUTRELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026