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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100850

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100850

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAGRAVE - JOUTEUX & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 mars 2021 et le 17 août 2022, Mme A B, représentée par la S.C.P. d'avocats Beauchard, Bodin, Demaison, Giret, Hidreau, Shorthouse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2020 du centre communal d'action sociale de La Rochelle de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée, arrivé à échéance le 30 septembre 2020 ;

2°) de condamner le centre communal d'action sociale de La Rochelle à lui verser la somme de 16 000 euros en réparation des préjudices subis du fait du non-renouvellement fautif de son contrat ;

3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de La Rochelle la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le non-renouvellement de son contrat n'est justifié par aucun motif lié à l'intérêt du service ;

- l'établissement n'a pas respecté le délai de préavis de deux mois qui lui était imposé pour lui notifier son intention de ne pas renouveler son contrat ;

- la décision de non-renouvellement de son contrat étant illégale, la responsabilité de l'administration est engagée ;

- les préjudices qu'elle a subis s'élèvent à la somme de 16 000 euros compte tenu notamment de son droit à un préavis de deux mois, de ses charges de famille et de la rétention illicite de ses pièces de fin de contrat par le centre communal d'action sociale.

Par des mémoires en défense enregistré le 1er octobre 2021 et le 9 septembre 2022, le centre communal d'action sociale de La Rochelle, représenté par la SCP Lagrave-Jouteux, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables, faute d'existence même d'une décision de non-renouvellement du contrat de Mme B ;

- à titre subsidiaire, le non-renouvellement est justifié par l'intérêt du service ;

- le délai de préavis applicable à la requérante était d'un mois ;

- le non-respect de ce délai n'a pas porté préjudice à Mme B ;

- Mme B ne démontre pas la réalité des préjudices qu'elle invoque.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée par contrats à durée déterminée successifs, par le centre de gestion de la Charente-Maritime, du 18 décembre 2017 au 31 mars 2019, puis par le centre communal d'action sociale (CCAS) de La Rochelle, du 1er avril 2019 au 30 septembre 2020, pour exercer les fonctions d'agent de service au sein de l'équipe de remplacement de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Massiou. Par un courrier électronique du 17 septembre 2020, Mme B a été informée que son contrat en cours, qui arrivait à échéance le 30 septembre 2020, ne serait pas renouvelé. Par un courrier du 17 novembre 2020, Mme B a formé un recours auprès du CCAS de La Rochelle, afin d'obtenir l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité du non-renouvellement de son contrat, pour un montant total de 16 000 euros. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision de non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée, ainsi que la réparation de ses préjudices, à hauteur d'une somme totale de 16 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont () occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ". L'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, dispose que : " I. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; () ". Aux termes de l'article 3-1 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un détachement de courte durée, d'une disponibilité de courte durée prononcée d'office, de droit ou sur demande pour raisons familiales, d'un détachement pour l'accomplissement d'un stage ou d'une période de scolarité préalable à la titularisation dans un corps ou un cadre d'emplois de fonctionnaires ou pour suivre un cycle de préparation à un concours donnant accès à un corps ou un cadre d'emplois, d'un congé régulièrement octroyé en application du I de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée, des articles 57, 60 sexies et 75 de la présente loi ou de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent ".

3. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été recrutée par le CCAS de La Rochelle par neuf contrats à durée déterminée successifs, du 1er avril 2019 au 30 septembre 2020, afin d'être affectée à l'équipe de remplacement des agents absents pour raison de santé ou en congés annuels, affectée, notamment, à l'EHPAD de Massiou. Eu égard à la nature même des missions confiées, un planning " prévisionnel " d'activité, établi pour chaque mois, faisait l'objet d'ajustements permanents au gré des absences inopinées des agents titulaires comme remplaçants. Or, il ressort de messages électroniques produits en défense que, alors qu'elle était recrutée en juillet 2020 pour remplacer les agents en congés annuels, la requérante a informé son employeur de son indisponibilité le 1er juillet puis à compter du 18 juillet. En outre, le 17 septembre 2020, et alors que Mme B reconnaît que son planning prévoyait sa présence uniquement l'après-midi, elle s'est rendue sur son lieu de travail le matin, et a refusé de revenir l'après-midi, au motif qu'il lui avait été demandé de quitter les lieux, que des réflexions " infondées " lui avaient été faites devant tout le monde le matin-même, et qu'elle n'était pas " une marionnette ". Dans ces conditions, le CCAS de La Rochelle établit les difficultés d'organisation de l'équipe de remplacement engendrées par l'indisponibilité de la requérante. Par suite, la décision de non-renouvellement du contrat de Mme B est justifiée par un motif tiré de l'intérêt sur service, et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, aux termes de l'article 38 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale : " I.- Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () / - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; () / Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été prévenue, par courrier électronique du 17 septembre 2020, que son contrat ne serait pas renouvelé, alors qu'il prenait fin le 30 septembre suivant, soit, en tout état de cause, moins d'un mois avant qu'il s'achève. Si la méconnaissance de ce délai de prévenance est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, elle est, toutefois, sans incidence sur la légalité de la décision de non-renouvellement du contrat.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

7. S'il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la méconnaissance du délai de préavis est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, Mme B n'établit l'existence d'aucun préjudice direct et certain qui en aurait résulté, alors qu'elle ne conteste pas, malgré l'absence de mission de remplacement effectuée à compter du 17 septembre 2020, avoir perçu son salaire de septembre 2020 conformément au planning établi initialement. Par suite, en l'absence de lien de causalité direct entre cette irrégularité et les préjudices allégués, la responsabilité du CCAS de La Rochelle ne peut pas être engagée à ce titre.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ses conclusions à fin d'annulation, que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre communal d'action sociale de La Rochelle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme sollicitée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre communal d'action sociale de La Rochelle en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre communal d'action sociale de La Rochelle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de La Rochelle.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLa présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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