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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100853

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100853

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2021, Mme B C, représentée par la SCP Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale-liens personnels et familiaux " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de cette notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Un mémoire présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré le 8 novembre 2022 mais n'a pas été communiqué.

La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ouzbèke née en 1969, est entrée en France selon ses dires le 30 mars 2012 en compagnie de son époux et de ses deux enfants et a sollicité l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 31 octobre 2012 confirmée, le 5 septembre 2013, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La demande d'asile de l'intéressée a fait l'objet d'un réexamen par l'OFPRA qui l'a rejetée par une nouvelle décision du 11 mars 2014, confirmée par la CNDA le 17 septembre 2014. La préfète de la Vienne a pris, le 8 août 2014, à son encontre un premier arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixation du pays de destination, confirmé par un jugement du tribunal du 3 décembre 2014. Après que l'OFPRA a rejeté le 31 décembre 2015, puis la CNDA le 29 mars 2016, une nouvelle demande d'asile de l'intéressée, la préfète de la Vienne a pris, le 11 avril 2016, à son encontre un second arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal du 14 septembre 2016 et arrêt d'appel du 4 novembre 2016. Le 9 octobre 2017, Mme C a sollicité son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 3 décembre 2018 portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été reconnue par un jugement du tribunal du 17 avril 2019 confirmé par un arrêt d'appel du 24 juillet 2019. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2021 par lequel la préfète de la Vienne a rejeté sa demande du 11 août 2020 tendant à la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale-liens personnels et familiaux ".

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Vienne a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, au regard duquel a été examinée la demande de titre de séjour et qui constitue le fondement en droit de la décision contestée. Elle précise la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, l'arrêté comporte de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui le fondent et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que la préfète de la Vienne, qui n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive la situation de la requérante, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, aux termes aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, entrée en France en mars 2012 à l'âge de 43 ans, n'invoque pas d'autre attache sur le territoire que son époux, lequel fait l'objet d'une mesure de refus de titre de séjour simultanée, et ses deux enfants nés respectivement le 7 janvier 2009 et le 10 décembre 2010 et qu'elle ne justifie pas de son intégration en se bornant à indiquer que ses enfants sont scolarisés, qu'elle a pris des cours de français et participe à des activités bénévoles depuis huit ans. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué du 22 janvier 2021 n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. La décision de refus de titre de séjour n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1.- Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Mme C fait valoir que la décision de refus de titre de séjour l'empêche de trouver un emploi ou de percevoir des aides et ainsi de subvenir aux besoins de ses enfants mineurs. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour méconnait l'intérêt supérieur des enfants de la requérante, qui peuvent poursuivre leur scolarité dans un autre pays où la cellule familiale peut se reconstruire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin d'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Vienne et à la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. A

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2100853

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