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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101028

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101028

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP CORNET-VINCENT-SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 avril 2021, le 18 mai 2022 et le 24 mai 2022, M. B A demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence du département de la Vienne sur son recours gracieux en date du 31 janvier 2021 aux fins d'annulation de l'arrêté de voirie n°2021052001 du 12 janvier 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés de voirie en date des 12 janvier 2021, 17 mars 2021 et 22 juillet 2021 par lesquels le département de la Vienne a constaté l'alignement de la route départementale n°37 au droit de sa propriété ;

3°) de lui reconnaitre la propriété de la bande de terrain litigieuse ;

4°) d'enjoindre au département de la Vienne d'établir un nouvel arrêté conformément au plan joint à sa demande, à le matérialiser par l'édification d'une clôture et à conclure un accord amiable pour toute demande d'intervention sur sa propriété.

Il soutient que :

- l'arrêté du 12 janvier 2021 est entaché d'un vice de procédure en ce que l'avis du maire de la commune a été sollicité alors que le terrain objet du litige est situé hors agglomération ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur de droit dans la mesure où sa propriété, qui s'étend jusqu'à la chaussée de la route départementale et au mur de soutènement du pont de la Millière, n'est affectée d'aucune servitude au profit du département, lequel ne peut en modifier les limites ; sa propriété descend jusqu'au Clain, cours d'eau non domanial, dont le lit lui appartient pour moitié et dont l'accès ne peut être ouvert au public au travers de sa propriété.

- les arrêtés attaqués méconnaissent le règlement départemental de la voirie routière, notamment son annexe 3, dans ses dispositions relatives aux limites de domanialité et de gestion du domaine routier départemental.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le département de la Vienne conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 12 janvier 2021, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 12 janvier 2021 a été abrogé ;

- le tribunal est incompétent pour connaître des conclusions de la requête tendant à reconnaitre à M. A la qualité de propriétaire de la bande de terrain litigieuse ;

- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de prendre un nouvel arrêté d'alignement, de réaliser une clôture et de conclure un accord amiable pour intervenir sur la propriété du requérant, sont irrecevables ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de M. A et de Me Veyrac, représentant le département de la Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire de la parcelle cadastrée section G n°101 située le long de la route départementale n°37, au lieu-dit " les Prés de la Millière " sur la commune de Champagné-Saint-Hilaire (Vienne). Le 11 août 2020, il a sollicité auprès du département de la Vienne la délivrance d'un arrêté d'alignement individuel afin de pouvoir clôturer sa propriété. Par arrêté n°2021052001 en date du 12 janvier 2021, le département de la Vienne a constaté l'alignement de la route départementale au droit de sa propriété que M. A a contesté par un recours gracieux en date du 31 janvier 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision implicite née du silence du département sur son recours gracieux, ensemble l'annulation des arrêtés n°2021052001du 17 mars 2021 et n°2021052004 du 22 juillet 2021 qui abrogent et remplacent l'arrêté du 12 janvier 2021.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département de la Vienne :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 211-3-26 du code de l'organisation judiciaire : " Le tribunal judiciaire a compétence exclusive dans les matières déterminées par les lois et règlements, au nombre desquelles figurent les matières suivantes : / () 5° Actions immobilières pétitoires ; () ".

3. Il résulte de cette disposition qu'une contestation relative à la propriété des immeubles riverains de la voie publique sur laquelle il n'appartiendrait qu'à l'autorité judiciaire de statuer, ne peut, dès lors, être utilement soulevée à l'appui de conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un arrêté d'alignement. Par suite, les conclusions de la requête tendant à reconnaitre la propriété de M. A sur la bande de terrain litigieuse doivent être rejetées comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaitre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

4. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive. En l'espèce, l'arrêté du 12 janvier 2021 a été abrogé par l'arrêté du 22 juillet 2021, lequel a été attaqué dans le cadre de la présente instance et n'est donc pas devenu définitif. Par suite, il y a lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 12 janvier 2021.

En ce qui concerne la régularité de l'arrêté du 12 janvier 2021 :

5. Aux termes de l'article L. 112-3 du code de la voirie routière : " L'alignement individuel est délivré par le représentant de l'Etat dans le département, le président du conseil départemental ou le maire, selon qu'il s'agit d'une route nationale, d'une route départementale ou d'une voie communale. / Dans les agglomérations, lorsque le maire n'est pas compétent pour délivrer l'alignement, il doit obligatoirement être consulté. ".

6. Les dispositions précitées, qui se bornent à indiquer qu'en agglomération le maire, lorsqu'il n'est pas compétent, est consulté par l'autorité chargé de délivrer l'arrêté d'alignement demandé, n'ont ni pour objet, ni pour effet, d'interdire au département de solliciter l'avis du maire de la commune concernée lorsque l'objet d'une telle demande se situe en dehors d'une agglomération. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 12 janvier 2021 serait entaché d'un vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des arrêtés attaqués :

7. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. / Le plan d'alignement, auquel est joint un plan parcellaire, détermine après enquête publique la limite entre voie publique et propriétés riveraines. / L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'un arrêté d'alignement, qui, en l'absence de plan d'alignement, se borne à constater les limites d'une voie publique en bordure des propriétés riveraines et constitue ainsi un acte purement déclaratif sans effet sur les droits des propriétaires riverains, ne peut être fixé qu'en fonction des limites actuelles de la voie publique en bordure des propriétés riveraines, éventuels empiètements inclus. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un arrêté d'alignement, de vérifier si l'arrêté d'alignement attaqué se borne ou non à constater les limites actuelles de la voie publique en bordure des propriétés riveraines.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le bien immobilier appartenant à M. A, est situé sur la parcelle cadastrée section G n°101. L'arrêté d'alignement, qui est un acte déclaratif, fixe sur le plan joint à l'arrêté, des limites définies par le nu de la clôture existante jusqu'au portail puis par un segment de droite de 18,37 mètres, représenté par une ligne rouge sur le plan, qui relie le côté droit du portail (point A) jusqu'au dernier poteau près de la rivière (point B). La bande de terrain située entre le mur de soutènement du pont de la Millière et l'alignement ainsi défini permet l'écoulement des eaux pluviales en provenance de la voirie, l'arrêt ou le déport des véhicules ainsi que l'accès au soutènement du pont pour en assurer la sécurité et l'entretien, et constitue ainsi l'accessoire de la voie publique. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan parcellaire fournit par le département en défense, que la bande de terrain en litige se situe en dehors de l'emprise parcellaire de la propriété de M. A. Dans ces conditions, le président du conseil départemental de la Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en délivrant les arrêtés d'alignement attaqués.

10. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'annexe 3 du règlement départemental de la voirie routière qui fixe la délimitation de la voie publique par rapport aux autres voies et aux ouvrages d'art alors que le litige porte sur l'alignement de la voirie et de ses accessoires au droit d'une propriété privée.

11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner le surplus des fins de non-recevoir soulevées par le département de la Vienne, la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 500 euros à verser au département de la Vienne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à reconnaitre la propriété de M. A sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : M. A versera au département de la Vienne la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au président du Conseil département de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

Y. C

Le président,

signé

L. CAMPOY La greffière,

signé

D.GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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