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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101040

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101040

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBONNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, M. B C, représenté par Me Bonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 16 février 2021 ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été en mesure, contrairement à ce que prévoit l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de présenter des observations écrites ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard à sa vulnérabilité ;

- elle porte atteinte à la liberté du droit d'asile, à sa dignité humaine et à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 22 mai 1979 et de nationalité russe, a présenté une demande d'asile enregistrée le 16 février 2021. Par une décision du 16 février 2021, dont M. C demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 16 février 2021 vise les dispositions applicables à la situation de M. C, notamment les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que l'intéressé a présenté, sans motif, sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). "

4. M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en faisant valoir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant l'intervention de la décision attaquée, dès lors que l'obligation de mettre en mesure l'intéressé de présenter des observations n'est applicable que dans les cas où il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, alors que la décision attaquée a pour objet de lui en refuser l'octroi.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'État responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 744-1 du même code dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. " et aux termes du III de l'article L. 723-2 de ce code : " III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : ()3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

7. Pour prendre la décision attaquée, l'OFII a retenu que M. C a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France sans faire valoir de motif légitime. Le requérant soutient avoir été hospitalisé à compter de janvier 2021 et avoir subi des examens complémentaires le 19 mars 2021, de sorte qu'il n'a pu présenter sa demande d'asile en France dans le respect du délai de quatre-vingt-dix jours. Il ne produit toutefois aucun élément justifiant de son hospitalisation et, par suite, de son impossibilité à présenter sa demande d'asile dans le délai imparti, courant à compter du 23 octobre 2020. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, le directeur général de l'OFII était fondé à refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. En quatrième lieu, si M. C fait valoir qu'il ne dispose d'aucune solution d'hébergement pérenne et qu'il est suivi médicalement, les seuls éléments médicaux qu'il produit ne permettent d'établir ni la gravité de sa situation ni que l'OFII aurait commis une erreur dans l'appréciation de sa vulnérabilité.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Si M. C se prévaut de son état de santé, nécessitant, selon l'observation médicale du 24 mars 2021, très probablement une chirurgie valvulaire, il ne produit aucun autre élément probant de nature à établir que la décision attaquée, qui pouvait être légalement prise ainsi qu'il a été dit au point 7 sans méconnaître le droit d'asile du requérant, porterait atteinte à sa dignité et à sa vie privée et familiale telles que protégées par les stipulations précitées.

11. Il s'ensuit que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 16 février 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Laclautre, conseillère,

Mme Bréjeon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 202La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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