jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MORICEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2021 et des mémoires enregistrés les 24 novembre 2021 et 19 janvier 2022, Mme A et M. C E, représentés par Me Baudry, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du maire de Saujon du 5 décembre 2019 accordant à l'EURL Bovine Eleveur Naisseur un permis pour la construction d'un hangar agricole, ensemble la décision implicite née le 22 février 2021 par laquelle le maire de Saujon a rejeté leur recours gracieux dirigé contre cette décision ;
2°) d'annuler les arrêtés du maire de Saujon des 28 janvier 2021 et 8 février 2021 portant délivrance de permis de construire modificatifs ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saujon une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente ;
- l'arrêté du 5 décembre 2019 est entaché d'un vice de procédure dès lors que le dossier de demande de permis de construire n'était pas complet ;
- les incidences du projet sur le site Natura 2000 n'ont pas été évalués en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;
- la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers n'ont pas été consultées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme ;
- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-10 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions des articles A1, A3, A4, A5 et A11 du plan local d'urbanisme de la commune de Saujon ;
- il a été obtenu par des manœuvres frauduleuses ;
- les arrêtés des 28 janvier et 8 février 2021 n'ont pas eu pour effet de régulariser ces vices ;
- ils sont entachés d'illégalité à raison de l'illégalité de l'arrêté du 5 décembre 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2021, l'EURL Bovine Eleveur Naisseur, représentée par la SELARL Moriceau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ,
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2021, la commune de Saujon, représentée par Me Lopes, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me Giard, représentant Mme et M. E et de Me Lopès, représentant la commune de Saujon.
Considérant ce qui suit :
1. Le 5 décembre 2019, le maire de la commune de Saujon a délivré à l'EURL Bovine Eleveur Naisseur un permis pour la construction d'un hangar agricole sur un terrain situé 19 route du Gua sur la parcelle cadastrée A 754. Mme et M. E, qui résident 21 route du Gua et sont les voisins immédiats de la parcelle sur laquelle la construction a été autorisée, ont adressé le 22 décembre 2020 un recours gracieux au maire de Saujon, lequel a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 22 février 2021. Entre temps, par un arrêté du 28 janvier 2021, le maire de Saujon a délivré un permis de construire modificatif portant sur la superficie du hangar et, par un arrêté du 8 février 2021, il a délivré un deuxième permis de construire modificatif portant sur l'implantation du hangar. Par leur requête, Mme et M. E demandent l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que, par un arrêté du 10 octobre 2014, le maire de Saujon a donné délégation de fonctions à Mme D B, 8ème adjointe, signataire de l'arrêté litigieux du 5 décembre 2019, pour instruire et signer les documents d'urbanisme, d'autre part, que, par un arrêté du 9 juin 2020, le maire de Saujon a donné délégation de fonction à M. Jean-François Daniel, conseiller municipal, signataire des arrêtés des 28 janvier et 8 février 2021, pour instruire et signer les documents d'urbanisme. Il ressort également des pièces du dossier que ces deux arrêtés portant délégation de fonction ont été publiés au recueil des actes administratifs de la commune de Saujon. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés litigieux ont été signés par une autorité incompétente.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet: a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Selon l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ". Enfin, l'article R. 431-10 de ce code précise : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. D'une part, si les requérants soutiennent que le projet architectural des dossiers de demandes du permis de construire initial et des permis de construire modificatifs est lacunaire, les lacunes d'une notice architecturale peuvent être comblées par les autres documents produits à l'appui de la demande, notamment par le plan de situation.
6. En l'espèce, si elle n'est pas mentionnée dans la notice architecturale, la présence de l'habitation des requérants à proximité immédiate du terrain d'assiette de la construction projetée ressort clairement du plan de masse de la construction. Le service instructeur n'a donc pas pu ignorer cette proximité.
7. Par ailleurs, si la notice est peu développée, elle est adaptée au projet de construction en cause, lequel, au regard de l'ensemble des pièces des dossiers de demandes de permis de construire, n'a pas vocation à modifier l'état initial du terrain d'assiette ou de ses abords. Il résulte notamment des photographies, avant et après insertion, que le projet n'entraîne pas de modifications substantielles de la végétation, laquelle est assez faible sur le terrain d'assiette, que la voie d'accès et les voies internes sont visibles sur le plan de masse ainsi que sur une photographie et que les photographies permettent d'apprécier l'état initial du terrain et l'insertion du projet dans cet environnement.
8. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, qui ne produisent pas les dossiers de demandes de permis de construire dans leur intégralité, ces dossiers comportent bien des plans côtés en trois dimensions. Ces plans présentent en outre l'altitude du projet, situé à 3 mètres, laquelle n'est pas modifiée par la construction projetée. Ils permettent dès lors d'apprécier le risque d'inondation du futur bâtiment.
9. Enfin, les documents graphiques contenus dans les dossiers de demandes de permis de construire permettent d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement immédiat et de constater qu'il n'existe pas dans cet environnement immédiat de constructions avoisinantes, la maison d'habitation des requérants se situant pour sa part à 55 mètres du projet.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le service instructeur ne disposait pas de tous les éléments nécessaires pour apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () / c) Le dossier d'évaluation des incidences du projet sur un site Natura 2000 prévu à l'article R. 414-23 du code de l'environnement, dans le cas où le projet doit faire l'objet d'une telle évaluation en application de l'article L. 414-4 de ce code. () ". Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'ils sont susceptibles d'affecter de manière significative un site Natura 2000, individuellement ou en raison de leurs effets cumulés, doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences au regard des objectifs de conservation du site, dénommée ci-après " Evaluation des incidences Natura 2000 " : /1° Les documents de planification qui, sans autoriser par eux-mêmes la réalisation d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations, sont applicables à leur réalisation ; /2° Les programmes ou projets d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations ; /3° Les manifestations et interventions dans le milieu naturel ou le paysage. () / III. - Sous réserve du IV bis, les documents de planification, programmes ou projets ainsi que les manifestations ou interventions soumis à un régime administratif d'autorisation, d'approbation ou de déclaration au titre d'une législation ou d'une réglementation distincte de Natura 2000 ne font l'objet d'une évaluation des incidences Natura 2000 que s'ils figurent : /1° Soit sur une liste nationale établie par décret en Conseil d'Etat ; /2° Soit sur une liste locale, complémentaire de la liste nationale, arrêtée par l'autorité administrative compétente. ".
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a évalué l'impact environnemental du projet sur le site Natura 2000 en cause. Si les requérants considèrent que cette évaluation ne prendrait pas en compte l'existence d'un cours d'eau situé à proximité immédiate, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a pris en compte la présence à proximité du projet d'un fossé, dont la qualification de cours d'eau retenue par les requérants est contestée par la commune de Saujon, et a conclu à l'absence d'impact significatif du projet sur ce milieu naturel humide qui ne comprend pas d'espèces d'intérêt communautaire.
13. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire litigieux a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme.
14. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme permettent de déroger à celles de l'article L. 121-8 du même code sur accord du préfet, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers.
15. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'arrêté critiqué du 5 décembre 2019 vise l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 27 novembre 2019 accordant une dérogation au principe de continuité de l'extension de l'urbanisation avec les agglomérations ou villages existants sur le territoire d'une commune littorale en application de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme et, d'autre part, que l'arrêté préfectoral du 27 novembre 2019 a été adopté au visa de l'avis favorable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites du 19 septembre 2019 et de l'avis défavorable de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers du 7 novembre 2019.
16. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme à raison du défaut de consultation des commissions précitées manque en fait et doit être écarté.
17. En cinquième lieu, si les requérants soutiennent qu'en fournissant des plans de masse ne faisant pas apparaître l'intégralité des constructions situées sur leur terrain, le pétitionnaire aurait eu la volonté de dissimuler à l'administration la proximité entre le projet de stabulation et leur habitation afin de se soustraire aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 du présent jugement que la maison d'habitation des requérants était matérialisée sur le plan de masse, de même que la distance entre cette maison et le futur hangar. Par suite, le dossier de permis de construire ne présente aucun caractère frauduleux.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages. ". Aux termes de l'article L. 121-24 du même code : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 121-5 de ce code : " Seuls peuvent être implantés dans les espaces et milieux mentionnés à l'article L. 121-24, dans les conditions prévues par cet article, les aménagements légers suivants, à condition que leur localisation et leur aspect ne dénaturent pas le caractère des sites, ne compromettent pas leur qualité architecturale et paysagère et ne portent pas atteinte à la préservation des milieux : () /4° A l'exclusion de toute forme d'hébergement et à condition qu'ils soient en harmonie avec le site et les constructions existantes : / a) Les aménagements nécessaires à l'exercice des activités agricoles, pastorales et forestières dont à la fois la surface de plancher et l'emprise au sol au sens de l'article R. 420-1 n'excèdent pas cinquante mètres carrés () ".
19. Si les requérants soutiennent que le projet en litige entre dans le champ d'application des dispositions précitées, dès lors que le terrain d'assiette est situé dans un site Natura 2000 et à l'intérieur d'une zone naturelle d'intérêts écologique, faunistique et floristique, ces éléments ne suffisent pas à établir que le terrain d'implantation du projet, lequel n'est pas identifié par le plan local d'urbanisme en tant qu'espace remarquable, aurait dû faire l'objet d'une telle identification alors qu'il résulte des pièces du dossier que le terrain en cause, qui s'apparente à une prairie sans caractéristique particulière, ne constitue pas un paysage remarquable et qu'il n'est pas établi que cet espace serait nécessaire au maintien des équilibres biologiques ou présenterait un intérêt écologique. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.
20. En septième lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme que, par dérogation à l'article L. 121-8 de ce code, les constructions ou installations nécessaires aux activités agricoles peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers.
21. Si les requérants soutiennent que la construction du hangar en cause ne serait pas nécessaire à une activité agricole, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'agit d'un bâtiment de stockage de matériel agricole et de fourrage, lequel servira également, pendant la période hivernale, de stabulation sur aire paillée pour le cheptel de 44 bovins du pétitionnaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-10 du code de l'urbanisme doit, en conséquence, être écarté.
22. En huitième lieu, aux termes de l'article R 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient que la délivrance d'un permis de construire soit refusée sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
23. D'une part, si l'article 153.4 du règlement sanitaire départemental impose une distance de 50 mètres minimum entre les bâtiments renfermant des animaux tels que les bovins et les immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers, il ressort des pièces du dossier que le hangar projeté, lequel a vocation à accueillir une stabulation pour un cheptel de 44 bovins pendant la période hivernale, se situera à 55 mètres de la maison des requérants. Si une distance inférieure à 50 mètres sépare cette stabulation du garage et de la piscine des requérants, ces bâtiments ne constituent pas des immeubles habités ou occupés de manière habituelle au sens des dispositions de l'article 153.4 du règlement sanitaire départemental.
24. D'autre part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 153.1 du règlement sanitaire départemental, qui imposent une déclaration préalable à la création de l'élevage, dès lors que ces dispositions, contrairement à celles relatives à la salubrité publique, ne se rattachent pas à une exigence du code de l'urbanisme.
25. Par ailleurs, à supposer même que la future stabulation se situerait effectivement à moins de 35 mètres d'un cours d'eau en méconnaissance des dispositions de l'article 153.2 du règlement sanitaire départemental, cette circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à établir que le projet présenterait un risque d'atteinte à la salubrité publique, en l'espèce un risque de contamination d'un cours d'eau, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la stabulation projetée est une stabulation sur paille qui ne nécessite pas la création d'une fosse.
26. Enfin, les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par les dispositions de l'article R. 111-2 précité sont les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction. En l'espèce, la construction projetée n'ayant aucune vocation à servir d'habitation, elle ne représente dès lors, en cas d'inondation, aucun risque en matière de sécurité publique.
27. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Saujon aurait méconnu les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
28. En neuvième lieu, aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saujon, toutes occupations ou utilisations du sol non directement liées à la proximité de l'eau sont interdites en zone à risque d'inondation.
29. Pour soutenir que la parcelle litigieuse est située en zone à risque d'inondation au sens de ces dispositions, ce qui la rendrait inconstructible, les requérants produisent une carte " des aléas pour le scénario de référence + 60 cm " établie en 2016. Toutefois, d'une part, ils n'établissent pas que ce document constitue le zonage d'un plan de prévention des risques naturels approuvé par le préfet de la Charente-Maritime et applicable à la date des décisions attaquées. D'autre part, il ressort du zonage du plan local d'urbanisme de la commune de Saujon que la parcelle litigieuse se situe en dehors de la zone inondable. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saujon doit être écarté.
30. En dixième lieu, si les requérants soutiennent que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saujon, lesquelles prévoient que les voies privées doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de masse laissant apparaître le tracé des voies privées situées sur la parcelle litigieuse ainsi que des photographies, que ces voies d'accès, qui sont prévues pour supporter le passage d'engins agricoles, sont adaptées à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie.
31. En onzième lieu, d'une part, ainsi que les requérants le reconnaissent eux-mêmes dans leurs écritures, il ressort des pièces du dossier que le bâtiment projeté ne sera pas raccordé au réseau d'eau potable et qu'il n'a pas vocation à générer de rejet d'eaux usées. Ils ne peuvent, en conséquence, utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article A4 du règlement du plan local d'urbanisme relatives au rejet des eaux usées.
32. D'autre part, les dispositions de cet article imposent seulement, en l'absence de réseau d'écoulement des eaux pluviales, que les aménagements à leur libre écoulement soient adaptés à l'opération et au terrain. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'aménagement retenu, à savoir leur évacuation sur le terrain vers une marre tampon de 35 m', ne serait pas adapté.
33. Enfin, s'agissant du réseau électrique, si l'article A4 prescrit que les branchements doivent être souterrains lorsque les réseaux le sont, les requérants n'apportent aucun élément permettant de considérer que les décisions litigieuses méconnaissent ces dispositions.
34. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article A4 du règlement du plan local d'urbanisme.
35. En douzième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 29 du présent jugement, dès lors qu'il n'est pas établi que le projet de hangar se situe en zone à risque d'inondation reportée au plan de zonage du plan local d'urbanisme, ou à 100 mètres d'une telle zone, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article A5 du règlement du plan local d'urbanisme.
36. En treizième lieu, il est constant que le projet en cause ne prévoit ni l'édification de clôtures ou de murs ou murets, ni la modification de clôtures, murs ou murets existants. Il en résulte que les requérants ne sauraient utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme.
37. Il ressort de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saujon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
39. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme et M. E la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Saujon ainsi que la somme de 1 200 euros à verser à l'EURL Bovine Eleveur Naisseur en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme et M. E est rejetée.
Article 2 : Mme et M. E verseront la somme de 1 200 euros à la commune de Saujon et la somme de 1 200 euros à l'EURL Bovine Eleveur Naisseur en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et M. C E, à la commune de Saujon et à l'EURL Bovine Eleveur Naisseur.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller,
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
G. DUMONT
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026