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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101338

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101338

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 20 mai 2021, 21 décembre 2021 et 17 mai 2022, la société civile Les Yuccas, représentée par Me Azan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 mars 2021 approuvant la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Georges-de-Didonne, notamment en ce qu'elle classe la parcelle cadastrée BD n°389 comme sujette à un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la convocation des conseillers municipaux était irrégulière en raison du caractère insuffisant de l'information qui leur a été communiquée ;

- le classement de la parcelle cadastrée BD n°389 en zone inondable par remontée de nappes phréatiques est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 octobre 2021, 13 janvier 2022 et 10 juin 2022, la commune de Saint-Georges-de-Didonne, représentée par Me Izembard, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir dès lors que la société Les Yuccas n'a pas produit d'acte de propriété ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 juillet 2022 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Plas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile Les Yuccas est propriétaire dans la commune de Saint-Georges-de-Didonne d'un ensemble immobilier, situé 154, boulevard de la Côte de Beauté, constitué de la parcelle cadastrée BD n°155 d'une superficie de 132 m2 incluse dans la parcelle cadastrée BD n°389 d'une contenance de 3 698 m2. La société requérante demande l'annulation de la délibération du 25 mars 2021 approuvant la révision du plan local d'urbanisme de la commune, notamment en ce qu'elle classe la parcelle cadastrée BD n°389 comme sujette à un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique.

Sur la fin de non-recevoir :

2. La commune de Saint-Georges-de-Didonne soulève la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité pour agir de la société Les Yuccas. Toutefois, il ressort des pièces versées au dossier que la société requérante justifie être propriétaire des parcelles cadastrées BD n°155 et BD n°389, situées toutes deux sur le territoire de la commune. Cette qualité de propriétaire sur le territoire couvert par le plan local d'urbanisme lui donne qualité pour agir. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal / () / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc () ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les convocations à la séance du conseil municipal du 25 mars 2021 ont été adressées par le maire, de manière dématérialisée, aux membres de l'assemblée délibérante le 18 mars précédent, dans le respect du délai de cinq jours francs fixé par les dispositions précitées. Par ailleurs, la société requérante n'établit pas ni même n'allègue que les conseillers municipaux auraient sollicité un envoi par écrit.

5. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité la délibération prise, à moins que le maire, ou le président du conseil de l'établissement, n'ait fait parvenir aux membres du conseil, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions.

6. Il ressort des pièces du dossier que, dans le respect du délai précité de cinq jours, les conseillers municipaux ont été mis en mesure par l'intermédiaire d'un lien internet de télécharger les pièces utiles, dont une note de synthèse, relatives à l'examen du projet de délibération portant approbation de la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de l'information communiquée aux conseillers municipaux en méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-10 et L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements notamment sportifs, et de services. / () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques () ".

8. Il est constant que, dans le règlement graphique du plan local d'urbanisme issu de la révision approuvée par la délibération litigieuse du 25 mars 2021, les parcelles appartenant à la société requérante ont été classées en zone UB avec identification d'une nappe phréatique sur une portion de la parcelle cadastrée BD n°389.

9. Aux termes du point g de la partie 5 relative aux risques naturels et technologiques du rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Georges-de-Didonne : " Le territoire communal est concerné par un aléa inondation provoqué par la " remontée de nappe ". Des nappes de formations sédimentaires circulent dans des roches meubles constituées de sables essentiellement. Ces nappes n'ayant aucune couche imperméable les séparant de la surface du sol, réagissent très rapidement aux eaux de pluies qui s'infiltrent et les alimentent. Ainsi, lors de pluies abondantes et prolongées, les nappes d'eau souterraine ou nappes phréatiques peuvent remonter à la surface, jusqu'à envahir le dessus. / En fonction des fluctuations de la nappe (différence entre niveau haut et niveau bas et des caractéristiques d'épaisseur du sol, une carte de sensibilité de remontée de nappe a été réalisée par le BRGM. La carte qui suit localise les différents niveaux de sensibilité. Cette carte a valeur d'information et n'engendre pas de dispositions réglementaires. Elle permet de renseigner sur les sensibilités du sol face à ce risque. Des études à la parcelle peuvent être réalisées sur les secteurs les plus sensibles (qui correspondent généralement à des zones humides ou des zones inondables, et donc initialement contraignantes à un développement urbain). / Dispositions à prendre en compte dans les zones à priori sensibles. En l'absence de plan de prévention des risques, il convient d'appliquer le principe de précaution dans les zones révélées comme sensibles. / Le BRGM préconise un certain nombre de recommandations. Lorsque les conditions sont réunies pour que le phénomène se produise, celui-ci ne peut être évité. En revanche, certaines précautions doivent être prises pour éviter les dégâts les plus importants, à savoir : / Eviter la construction d'habitation dans les dépressions ; / Déconseiller la réalisation de sous-sol dans les secteurs sensibles ou réglementer leur conception (préconiser que le sous-sol soit non étanche, que le circuit électrique soit muni de coupe-circuit sur l'ensemble des phases d'alimentation, y réglementer l'installation des chaudières et des cuves de combustible, y réglementer le stockage des produits chimiques, des phytosanitaires et des produits potentiellement polluants.) ; / Ne pas prévoir d'aménagements de type collectifs (routes, voies ferrées, trams, édifices publics, etc.) dans ces secteurs ; / Mettre en place un système de prévision du phénomène. Dans les zones sensibles à de tels phénomènes, un tel système doit être basé sur l'observation méthodique des niveaux de l'eau des nappes superficielles. "

10. La commune de Saint-Georges-de-Didonne fait valoir que la parcelle BD n°389 est en partie soumise à un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique et que les documents annexés au plan local d'urbanisme font état d'un risque non négligeable sur une partie du territoire de la commune, ce qui justifie sa prise en compte dans le cadre de l'élaboration du document d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport réalisé à la demande de la société requérante par un expert en hydrogéologie portant sur " le caractère inondable de la parcelle par remontée de nappe ", qu'aucune remontée d'eau n'est possible uniquement sur la zone limitativement matérialisée dans le plan local d'urbanisme, dès lors qu'il ne s'agit pas d'un point topographique bas, ce que la commune ne conteste pas utilement. A cet égard, les documents annexés au plan local d'urbanisme, s'ils concernent bien le risque d'inondation par remontée de nappe phréatique, n'utilisent qu'une très large échelle d'appréciation avec une limite de validité de 1/100 000, ce qui ne permet pas de transcrire ce risque aussi finement qu'en l'espèce. En l'absence de document suffisamment circonstancié étayant ce risque de manière plus précise, les auteurs du plan local d'urbanisme litigieux ne pouvaient, comme ils l'ont fait, identifier l'existence d'un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique sur une partie de la parcelle cadastrée BD n°389. La commune de Saint-Georges-de-Didonne ne saurait utilement se prévaloir de l'existence d'un risque de submersion marine aux droits de cette parcelle pour justifier de l'indication d'un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique, dès lors qu'elle se réfère ainsi à un risque naturel différent.

11. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait concernant le classement d'une partie de la parcelle cadastrée BD n°389 comme sujette au risque naturel d'inondation par remontée de nappe phréatique doit être accueilli.

12. Il résulte de ce qu'il précède que la délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Georges-de-Didonne du 25 mars 2021 doit être annulée, en tant seulement qu'elle identifie un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique sur la parcelle cadastrée BD n°389.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne une somme de 1 200 euros à verser à la société Les Yuccas au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Georges-de-Didonne du 25 mars 2021 est annulée en tant qu'elle identifie un risque d'inondation par remontée de nappe phréatique sur la parcelle cadastrée BD n°389.

Article 2 : La commune de Saint-Georges-de-Didonne versera à la société civile Les Yuccas la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Georges-de-Didonne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile Les Yuccas et à la commune de Saint-Georges-de-Didonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. A

Le président,

Signé

A. LE MÉHAUTÉLa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2101338

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