vendredi 5 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101755 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | EKOUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021, M. et Mme B et A C, représentés par Me Ekoue, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 6 juillet 2021 par lesquels le préfet de la Charente-Maritime les a assignés à résidence pour une durée de deux mois, tous les jours de onze heures à quatorze heures, y compris les dimanches et jours fériés, et les a astreints à se présenter tous les lundis, mercredis et jeudis à neuf heures trente, y compris les jours fériés, au commissariat de police de Saintes, leur a fait obligation de remettre les originaux de leur passeports et de tout document en leur possession, en échange de récépissés valant justification d'identité, et leur a fait interdiction de sortir des limites du département de la Charente-Maritime, sauf autorisation ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros à verser à leur conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés en litige ont été signés par une autorité incompétente ;
- ils ont été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français qui avait été prise à leur égard avait été prise plus d'un an avant cette décision ;
- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants arméniens respectivement nés en octobre 1978 et en avril 1981, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français le 28 juillet 2011. Leur demande d'asile a été rejetée et ils ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire prononcée le 4 juillet 2014. Par deux arrêtés du 10 septembre 2019, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par des jugements du 16 janvier 2020, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs requêtes dirigées contre ces décisions et par des ordonnances prononcées le 4 mai 2020, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté leurs recours contre ces jugements. Par des arrêtés du 7 février 2020, le préfet de la Charente-Maritime a assigné M. et Mme C à résidence dans les limites de ce département pendant une durée de quarante-cinq jours et les a soumis à une obligation de présentation au commissariat de police de Saintes. Par un jugement du 10 mars 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté leur recours contre cet arrêté. Par les arrêtés en litige du 6 juillet 2021, le préfet de la Charente-Maritime les a à nouveau assignés à résidence pendant une durée de deux mois, leur a interdit de sortir des limites de ce département et les a obligés à se présenter, trois fois par semaine, au commissariat de police de Saintes.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime. Par un arrêté du 11 mai 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. et Mme C ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les dispositions de cet article concernent les assignations à résidence aux fins d'exécution de la décision d'éloignement, tandis que les décisions d'assignation en litige ont été prises sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 731-3 du même code, qui permet à l'autorité administrative d'autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir regagner son pays d'origine ni aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans le cas où cet étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ". L'article L. 732-4 du même code précise : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois () ". En outre, il résulte des dispositions des articles L. 733-1 et L. 733-2 du même code que, d'une part, la durée de la plage horaire quotidienne pendant laquelle l'étranger doit demeurer dans les locaux où il réside peut être portée à dix heures consécutives quand l'étranger fait l'objet d'une décision d'interdiction administrative du territoire français et que, d'autre part, l'étranger assigné à résidence se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Enfin, aux termes de l'article L. 733-4 : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C ont fait l'objet de décisions d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, prises par arrêtés du préfet de la Charente-Maritime du 10 septembre 2019. Ces décisions sont devenues définitives depuis que par des jugements n° 1902382 et 1902383 prononcés le 16 janvier 2020, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leur recours contre ces décisions et depuis que, par deux ordonnances n° 20BX00654 et 20BX00655 du 4 mai 2020, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté leurs recours contre ces jugements. Il n'est pas utilement contesté par les requérants qu'à la date à laquelle ont été pris les arrêtés en litige, l'offre de liaisons aériennes vers leur pays d'origine était réduite en raison de l'épidémie de covid-19 et qu'ils ne pouvaient immédiatement regagner ce pays.
6. D'autre part, il n'est pas davantage contesté que l'adresse à laquelle M. et Mme C ont été assignés à résidence correspond bien à celle à laquelle ils résidaient à la date des arrêtés en litige, et s'ils invoquent leur situation personnelle en France, ils se bornent à se prévaloir des conséquences, sur leur vie privée et familiale, des décisions d'éloignement prises à leur encontre, devenues définitives. Ils ne font état d'aucune circonstance de fait qui serait propre à établir que l'assignation à résidence et les modalités dont elle a été assortie auraient elles-mêmes été de nature à porter une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale, alors que, par sa durée totale de deux mois, par la durée quotidienne de trois heures pendant laquelle il leur a été ordonné de ne pas quitter leur domicile et par la fréquence des pointages au commissariat de police auquel ils ont été astreints, cette mesure n'a pas excédé les limites fixées par les dispositions légales rappelées ci-dessus, soit trois fois par semaine et alors qu'il ne résulte pas davantage des pièces du dossier que ces modalités, pendant la durée de l'assignation, auraient été de nature à compromettre l'exercice de leur droit à une vie privée et familiale, ou qu'elles auraient eu, sur leur situation personnelle, des conséquences d'une particulière gravité.
7. Il résulte de ce qui est exposé ci-dessus aux points 5 et 6 que le préfet de la Charente-Maritime n'a pas fait d'application inexacte des dispositions légales rappelées au point 4. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'en prenant la décision de les assigner à résidence et en fixant les modalités de cette assignation, l'autorité administrative aurait commis une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme C ne peuvent qu'être rejetées, y compris les conclusions formées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et A C et au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Pellissier, présidente,
Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,
M. Pinturault, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.
Le rapporteur,
Signé
M. D
La présidente,
Signé
S. PELLISSIERLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026