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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102137

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102137

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2021, M. B, représenté par la société civile professionnelle (SCP) Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en tant qu'étranger malade ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation personnelle dans le même délai et de lui délivrer dans cette attente, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant géorgien né le 30 janvier 1976, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 23 octobre 2012. Il s'est vu délivrer des autorisations provisoires de séjour du 9 août 2013 au 8 août 2014, puis des cartes de séjour temporaire en tant qu'étranger malade du 16 mai 2014 au 22 mars 2020. Le 2 juillet 2020, M. A a demandé la délivrance d'une nouvelle carte de séjour temporaire en tant qu'étranger malade. Par une décision du 5 juillet 2021, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par le secrétaire général de la préfecture de la Vienne qui, par un arrêté du 26 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, a reçu délégation de la préfète de ce département à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes relevant de matières parmi lesquelles ne figure pas la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée vise les textes sur lesquels la préfète s'est fondée et, notamment, les articles L. 425-9 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle expose la situation administrative, personnelle et familiale de M. A et détaille les motifs de fait et de droit pour lesquels celui-ci ne peut obtenir de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que la préfète de la Vienne, qui n'était pas tenue de reprendre, de manière exhaustive, l'ensemble des pièces produites par le requérant à l'appui de sa demande de titre de séjour, a bien procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Selon l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

6. M. A fait valoir qu'il souffre de plusieurs pathologies et se prévaut de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, saisi dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour, qui a considéré que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il ne peut y bénéficier effectivement du traitement approprié.

7. Toutefois, et d'une part, la décision contestée, qui se borne à se prononcer sur le droit au séjour de M. A et n'est assortie d'aucune mesure d'éloignement, n'a ni pour effet, ni pour objet, de priver le requérant des soins nécessaires à son état de santé, ni davantage de le séparer des membres de sa famille avec lesquels il soutient avoir maintenu des liens.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné à de nombreuses reprises par la juridiction pénale, entre le 14 juin 2017 et le 4 mai 2020, à des peines d'amende et d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol et de recel de vol, ainsi que pour des faits de conduite sans permis et de conduite d'un véhicule sans assurance. Il ressort également de la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits de même nature commis entre le 6 décembre 2016 et le 14 avril 2021. Comme l'a, à juste titre, estimé le préfet, ces faits étaient de nature, compte tenu à la fois de leur qualification pénale et de leur caractère récent et réitéré, à faire regarder le comportement de M. A comme constituant une menace pour l'ordre public.

9. Enfin, l'intéressé ne démontre pas avoir noué en France des liens particulièrement stables et anciens avec d'autres personnes que son épouse, de nationalité géorgienne, dont il est séparé, et son fils, lui aussi géorgien, avec qui il n'établit d'ailleurs pas avoir maintenu des liens réguliers en se bornant à produire une ordonnance de non conciliation du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Poitiers du 13 mars 2020 lui accordant un droit de visite et d'hébergement, ou quelques attestations, peu circonstanciées, établies par des témoins qui rapportent qu'il aurait gardé de bonnes relations avec cet enfant, sans toutefois établir qu'il exercerait ou aurait exercé son droit d'accueil de manière régulière et effective. Le requérant ne démontre pas davantage être inséré dans la société française, ce qui ne peut être déduit de la circonstance qu'il s'implique dans une activité associative, ni du fait qu'il a exercé une activité de livreurs de journaux entre janvier et mai 2021, alors même que, comme il a été dit plus haut, son comportement délictuel constitue une menace pour l'ordre public.

10. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire en tant qu'étranger malade, la préfète de la Vienne n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris sa décision, ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus que l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, dès lors que la décision contestée n'a pas, comme il a été dit plus haut, pour objet ou pour effet de séparer M. A de son fils présent en France, avec qui il n'établit d'ailleurs pas avoir maintenu des liens réguliers, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, la préfète de la Vienne aurait méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, tel que protégé par les stipulations de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

M. PINTURAULT

Le président,

signé

L. CAMPOY La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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