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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102270

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102270

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFOURNIER-PIEUCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er septembre 2021, le 19 janvier 2023 et le 13 juillet 2023, Mme A, représentée par Me Fournier-Pieuchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 du directeur du centre hospitalier de Rochefort en tant qu'elle ne la place en congé de maladie professionnelle qu'à compter du 30 janvier 2018, ensemble la décision du 30 juin 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Rochefort de reconnaitre sa maladie professionnelle à compter du 1er décembre 2016 et de lui verser une somme de 39 340,15 euros au titre de la régularisation des sommes dues, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rochefort la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-le centre hospitalier aurait dû la placer en congé de maladie professionnelle à compter du 1er décembre 2016, date d'origine de sa pathologie, et non à compter de la date du premier certificat de déclaration de maladie professionnelle ;

-la convention de rupture conventionnelle qu'elle a signée avec le centre hospitalier de Rochefort le 27 décembre 2022 n'est pas de nature à mettre fin au litige en cours ;

-elle est fondée à obtenir une somme de 39 340,15 euros au titre de la différence entre les sommes dues et les sommes réellement perçues.

Par des mémoires en défense enregistrés le 17 janvier 2023 et le 4 août 2023, le centre hospitalier de Rochefort, représenté par Me Coutand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes de Mme A dès lors que la convention de rupture conventionnelle qu'elle a signée avec le centre hospitalier de Rochefort le 27 décembre 2022 comportait une clause de renonciation à toute démarche contentieuse en lien avec un événement ou un élément antérieur à la signature de ladite convention ;

-c'est à juste titre que le centre hospitalier de Rochefort a pris en compte la date de déclaration de la maladie professionnelle pour placer Mme A en congé de maladie professionnelle ;

-la requérante ne peut prétendre à aucune rémunération supplémentaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n°2019-1593 du 31 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coutand, représentant le centre hospitalier de Rochefort.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerce les fonctions d'aide-soignante titulaire au centre hospitalier de Rochefort. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 1er décembre 2016 pour des douleurs à l'épaule droite. Elle a ensuite été placée en disponibilité d'office pour raisons de santé, du 1er décembre 2017 au 22 juillet 2018, date à laquelle elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions. Elle a été de nouveau, placée en arrêt de travail pour cause de maladie à compter du 10 septembre 2018 en raison de douleurs à l'épaule droite. Le 16 novembre 2018 et à la suite d'une demande en ce sens de l'intéressée, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A. Par une décision du 3 décembre 2018 le directeur du centre hospitalier de Rochefort a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie à l'épaule droite. Par un jugement du 4 mai 2021, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cette décision et enjoint au directeur du centre hospitalier de Rochefort de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de l'intéressée et de régulariser sa situation administrative dans un délai d'un mois. Par une décision du 2 juin 2021, le centre hospitalier de Rochefort a reconnu la maladie professionnelle inscrite au n°57 du tableau de Mme A à compter du 30 janvier 2018. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'une part, d'annuler la décision du 2 juin 2021 en tant qu'elle la place en congé pour maladie professionnelle à compter du 30 janvier 2018 et non à compter du 1er décembre 2016, et d'autre part de condamner le centre hospitalier à lui verser une somme de 39 340,15 euros au titre de la régularisation des sommes dues.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l'article 2044 du code civil : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. / Ce contrat doit être rédigé par écrit. ". Aux termes de l'article 2052 du même code : " La transaction fait obstacle à l'introduction ou à la poursuite entre les parties d'une action en justice ayant le même objet. ". Aux termes de l'article 2049 de ce code : " Les transactions ne règlent que les différends qui s'y trouvent compris, soit que les parties aient manifesté leur intention par des expressions spéciales ou générales, soit que l'on reconnaisse cette intention par une suite nécessaire de ce qui est exprimé. ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en application du décret du 31 décembre 2019 relatif à la procédure de rupture conventionnelle dans la fonction publique, une convention actant la cessation de fonctions de Mme A au sein du centre hospitalier a été signée le 27 décembre 2022 entre les parties. Cette convention précise que Mme A cessera définitivement ses fonctions le 13 janvier 2023, moyennant une indemnité de 13 932 euros. En outre, la convention précise que " ne s'étant pas présentée à son dernier rendez-vous d'expertise médicale malgré la convocation qui lui a été envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, il appartiendra à Mme A de reprendre rendez-vous avec l'expert. En l'absence de compte rendu d'expertise, Mme A ne pourra prétendre à aucune prise en charge par le centre hospitalier de frais médicaux au titre de sa maladie professionnelle " et que " le présent accord vaut arrêté de compte définitif entre les parties qui déclarent expressément et irrévocablement renoncer à toute autre prétention et à toute démarche contentieuse en lien avec un évènement ou un élément antérieur à la signature de la présente convention ".

4. Toutefois, cette convention qui portait sur la cessation de fonctions de la requérante, ne peut, par son objet et en l'absence de toute précision en ce sens, être regardée comme un protocole transactionnel relatif à la date de début de la maladie professionnelle de Mme A mettant fin au présent litige. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le centre hospitalier doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 35-3 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " () II.-La déclaration de maladie professionnelle prévue à l'article 35-2 est adressée à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont relève le fonctionnaire, dans le délai de deux ans à compter de la date de la première constatation médicale de la maladie ou, le cas échéant, de la date à laquelle le fonctionnaire est informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle. () ".

6. Si le centre hospitalier de Rochefort soutient que la maladie professionnelle de Mme A ne peut être reconnue qu'à compter du 30 janvier 2018, date du certificat médical initial de déclaration de maladie professionnelle, il ne ressort d'aucun texte législatif ni réglementaire que le congé de maladie professionnelle ne pourrait être reconnu qu'à compter de la date du certificat de déclaration, alors qu'il ressort des dispositions précitées que l'agent dispose, pour adresser sa déclaration à son administration, d'un délai de deux ans à compter de la date de la première constatation médicale de la maladie. En outre, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'avis de la commission de réforme du 16 novembre 2018, que la date d'origine de la maladie professionnelle est le 2 décembre 2016. Par suite, la décision attaquée du 2 juin 2021 doit être annulée en tant qu'elle ne reconnait la maladie professionnelle de Mme A qu'à compter du 30 janvier 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier de Rochefort, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de reconnaitre la maladie professionnelle de Mme A à compter du 2 décembre 2016 et de régulariser sa situation administrative en conséquence. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Rochefort la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme réclamée à ce titre par le centre hospitalier de Rochefort soit mise à la charge de Mme A.

DECIDE :

Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier de Rochefort du 2 juin 2021 est annulée en tant qu'elle ne place Mme A en congé de maladie professionnelle qu'à compter du 30 janvier 2018.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Rochefort de reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie de Mme A à compter du 2 décembre 2016 et de régulariser sa situation administrative en conséquence, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Rochefort versera à Mme A une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Rochefort.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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