jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022, M. A E, représenté par la SCP Breillat Dieumegard et Masson, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de cent quatre-vingts jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif et, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est signé par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est susceptible d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
- elle est insuffisamment motivée ;
- il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour à son encontre au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né le 1er janvier 1998 et de nationalité nigériane, déclare être entré en France en juillet 2018. Il a déposé une demande d'asile le 23 août 2018 auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 13 novembre 2020. Par un arrêté du 13 août 2020, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif du 18 août 2020. Par un arrêté du 6 mars 2022, le préfet de la Vienne a obligé M. E à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Vienne a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de cent quatre-vingt jours. Par sa requête, M. E demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 6 mars 2022.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dès lors que M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022, il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. Par un arrêté du 27 août 2021, publié au recueil des actes administratifs du département, la préfète de la Vienne a donné délégation à M. D, sous-préfet de Montmorillon, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision attaquée a été prise au visa, notamment, des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. E et des stipulations de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 22 février 2021 par la préfète de la Vienne. Elle mentionne également que M. E est défavorablement connu des services de police et a, notamment, été interpellé et placé en garde à vue le 4 mars 2022 pour des faits de violence volontaires aggravées. Par suite, l'acte attaqué, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. E, est suffisamment motivé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Il ressort de l'ensemble des dispositions du chapitre III du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français dans un délai déterminé. Dans ces conditions, les dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du même code, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation faite au requérant de quitter le territoire français serait intervenue sans qu'il ait été mis en mesure de présenter des observations écrites, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :
1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). "
7. Si M. E soutient que son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a notamment été interpellé le 27 avril 2020 pour des faits de vol aggravé et de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, le 11 août 2020 pour des faits de vol commis avec violence et également le 11 novembre 2020 pour des faits de transport, acquisition et détention non autorisés de stupéfiants. L'intéressé a, en outre, été incarcéré du 22 février au 23 juin 2021 pour menace de mort réitérée, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante et vol et a été interpellé le 4 mars 2022 pour des faits, notamment, de violences volontaires aggravées sur sa concubine. Dans ces conditions, la préfète de la Vienne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées au point 6, l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°)Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. E fait valoir qu'il réside en France depuis 2018 et soutient vivre en concubinage avec Mme B C depuis plus de six mois. Toutefois, il ne produit aucun élément probant au soutien de ses allégations, est sans enfant et ne démontre pas avoir développé des liens personnels et familiaux en France d'une intensité telle que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et que son comportement constitue une menace à l'ordre public, eu égard aux interpellations et incarcérations dont il a fait l'objet. Par suite, la décision attaquée, qui comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
11. En second lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()
8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
12. Il ressort des pièces du dossier que M. E, entré irrégulièrement en France, s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 22 février 2021 et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit au point 7, que le requérant est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, la préfète de la Vienne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées au point 11, refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui mentionne la nationalité de M. E, vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que M. E n'établit pas qu'il serait exposé à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il comporte les considérations de droit et de fait au fondement de la décision fixant le pays de destination qui est, ainsi, suffisamment motivée.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. M. E soutient que son éloignement à destination du Nigéria l'exposerait à des traitements inhumains en raison de faits survenus en avril 2015 dans son pays d'origine. Alors qu'il se rendait à Eghboma pour travailler, il allègue avoir été kidnappé et séquestré par des membres d'un groupe de cultist, desquels il aurait réussi à s'échapper en passant par Tripoli. Toutefois, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations et ne justifie ainsi pas de la réalité du risque qu'il encourrait en cas de retour au Nigéria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes des articles L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
18. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
19. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
20. D'une part, l'arrêté litigieux vise les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent la décision portant interdiction de retour. Cet arrêté précise que le requérant est entré en France en 2015, qu'il ne fait état d'aucune circonstance humanitaire, s'est maintenu irrégulièrement en France et qu'il ne justifie pas de liens personnels ou familiaux sur le territoire, autres que sa concubine avec qui il déclare habiter depuis six mois. Il est, par suite, suffisamment motivé.
21. D'autre part, M. E se borne à se prévaloir de sa relation avec Mme C sans toutefois apporter d'élément de nature à établir les caractères ancien et sérieux de sa relation. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence serait illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
23. En deuxième lieu, la décision en litige cite l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique, d'une part, que l'absence de document d'identité ou de voyage rend impossible l'exécution immédiate de l'obligation de quitter le territoire français faite à M. E et, d'autre part, que compte tenu de la crise sanitaire, celui-ci justifie être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine et qu'il convient de l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'éloignement. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit comme en fait. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 6 mars 2022, par lesquels la préfète de la Vienne a obligé M. E à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination l'a interdit de retour pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Laclautre, conseillère,
Mme Bréjeon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 202La rapporteure,
Signé
R. F La présidente,
Signé
S. BRUSTON
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026