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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200668

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200668

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFALACHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars et le 24 juin 2022, M. C A, représenté par Me Falacho, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus d'autorisation de travail est illégale dès lors que l'admistration disposait de son document de séjour dont il ignore pourquoi il n'a pas été transmis par son employeur ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour ;

Sur la décision fixant le délai de départ :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Falacho, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 3 mars 1982 et de nationalité comorienne, déclare être entré en France en juillet 2016. Il a bénéficié, le 8 février 2019, d'un visa de régularisation délivré par la préfecture des Deux-Sèvres puis d'une carte de séjour temporaire en qualité de " parent d'enfant français " valable du 7 janvier 2019 au 6 janvier 2020. Il a demandé par un courrier en date du 4 décembre 2019 le renouvellement de son titre de séjour. L'intéressé a été convoqué pour un entretien administratif le 4 mai 2021 par les services de la préfecture des Deux-Sèvres. Par un courrier en date du 18 mai 2021, il a été informé par les services de la préfecture qu'il ne peut prétendre au renouvellement de son titre de séjour en tant que " parent d'enfant français ", mais qu'il a la possibilité, au vu des éléments de son dossier, de solliciter un titre de séjour en qualité de salarié sous réserve de la délivrance d'une autorisation de travail. Par un arrêté en date du 15 février 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il mentionne, outre la date d'arrivée en France de M. A, sa situation administrative, professionnelle et personnelle notamment des éléments relatifs à sa situation familiale. Il en résulte que l'acte attaqué, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

4. Selon l'article R. 5221-20 du code du travail " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité ; b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; c) Il n'a pas fait l'objet de sanction administrative prononcée en application des articles L. 1264-3, et L. 8272-2 à L. 8272-4 ; 3° L'employeur, l'utilisateur ou l'entreprise d'accueil et le salarié satisfont aux conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée, quand de telles conditions sont exigées ; 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ".

5. M. A, qui déclare travailler depuis août 2018, fournit certains bulletins de paie et un contrat de travail à durée indéterminée conclu à partir du 1er mars 2020 avec la société Galliance Dinde. Il se prévaut du dépôt d'une demande d'autorisation de travail de la part de son employeur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation de travail déposée par son employeur a été rejetée au motif qu'il n'a pas répondu, dans le délai qui lui était imparti, à la demande du service de la main d'œuvre étrangère de produire un justificatif de séjour et de rectifier une erreur sur la date de naissance de l'intéressé malgré les deux demandes en ce sens, et qu'il n'a pas davantage fourni la date de début de contrat ni n'a fourni d'explications sur la non déclaration du poste auprès de Pôle Emploi. Si M. A soutient que ce refus est illégal, il n'en conteste pas les motifs de sorte que l'exception d'illégalité ainsi soulevée ne peut qu'être écartée. Dans ces conditions, dès lors que la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " est subordonnée, conformément à l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, à la détention préalable d'une autorisation de travail et que celle-ci n'a pas été délivrée en l'absence de production des éléments demandés, M. A pouvait se voir refuser, pour ce seul motif, la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Par suite, le moyen tiré d'une violation de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être qu'écarté.

6. En troisième lieu, l'article L. 423-23 du CESEDA dispose " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. M. A, qui est entré en France en juillet 2016, se prévaut de l'ancienneté de son séjour ainsi que de l'intensité et de la stabilité de ses liens familiaux en France, de son absence d'attache familiale dans son pays d'origine, de ses conditions de séjour en France ainsi que de son intégration. Toutefois, malgré la présence alléguée de l'intéressé sur le territoire national depuis plus de cinq ans, il ne démontre pas y avoir établi des liens suffisamment anciens, intenses et stables. La seule présence sur le territoire français de membres de sa famille, tels que ses deux frères, leurs épouses et leurs enfants, dont l'intensité des liens n'est d'ailleurs pas connue, n'est pas suffisant. Par ailleurs, la fille de l'intéressé, née le 30 janvier 2017 et qu'il a reconnu postérieurement à sa naissance, se trouve, ainsi que sa mère, dans un autre département et a été placée à l'Aide Sociale à l'enfance du département des Yvelines à compter du 1er novembre 2019. Ce placement a été renouvelé par le tribunal pour enfant de Versailles qui, par un jugement en date du 23 décembre 2020, a fixé une contribution financière mensuelle de l'intéressé à 60 euros. Il n'établit pas s'en acquitter en fournissant uniquement des justificatifs de virements, versés avant le prononcé dudit jugement, à la mère de l'enfant. Le jugement mentionné par la préfecture des Deux-Sèvres fait état de ce que l'intéressé ne porterait que peu d'intérêt à sa fille. Par ailleurs, il ne connaîtrait rien de la mère de l'enfant selon son entretien administratif, en date du 4 mai 2021. L'intéressé apporte la preuve que ses deux parents sont décédés et allègue qu'il ne dispose pas d'attache familiale dans son pays de nationalité, alors qu'il ressort de son entretien administratif en date du 4 mai 2021 avec les services de la préfecture, que deux de ses sœurs résident aux Comores. Enfin, s'il produit des bulletins de paie, la demande de son employeur afin que lui soit délivré une autorisation de travail ainsi qu'un contrat à durée indéterminée passé avec ce même employeur, contrat qui n'a pas été validé par la plateforme de main d'œuvre étrangère en l'absence d'autorisation de travail, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour démontrer que l'intéressé est particulièrement intégré dans la société française. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, le préfet des Deux-Sèvres n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de signature de la part du préfet des Deux-Sèvres, par arrêté du 16 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs du département, à l'effet de signer tous les actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions contestées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

10. Tel que cela fut mentionné au point 8, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse aurait été signée par une autorité incompétente, ne peut être qu'écarté.

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Tel que cela fut mentionné au point 8, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse aurait été signée par une autorité incompétente, ne peut être qu'écarté.

13. Conformément à ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré de l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 février 2022, par lequel le préfet des Deux-Sèvres a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Laclautre, conseillère,

Mme Bréjeon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 202

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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