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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200722

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200722

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. D A B, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une autorisation de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de dix jours et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A B soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 25 novembre 1999, est entré en France le 8 juin 2016 muni d'un visa court séjour Schengen délivré par les autorités espagnoles. Par un arrêté du 25 février 2020, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. A la suite de l'annulation de cet arrêté par le tribunal administratif de Bordeaux, la préfète de la Gironde lui a délivré un certificat de résidence algérien valable du 16 novembre 2020 au 15 novembre 2021. Par un arrêt du 15 mars 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement du tribunal administratif de Bordeaux et rejeté le recours formé contre l'arrêté du 25 février 2020. M. A B, qui s'est maintenu sur le territoire français, a demandé le 6 décembre 2021 à la préfecture des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 11 février 2022, le préfet des Deux-Sèvres a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur l'arrêté litigieux pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, a reçu délégation du préfet à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux cite le point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui définit les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance à un ressortissant algérien d'un certificat de résidence au titre du maintien des liens personnels et familiaux. Ce texte est celui sur le fondement duquel a été examinée la demande de titre de séjour. L'arrêté en litige indique que l'intéressé ne justifie pas avoir noué en France des liens personnels et familiaux particulièrement stables avec d'autres personnes que celles de son entourage familial immédiat, à savoir sa mère, ses frères et sœurs, et qu'il n'établit pas être dénué d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les motifs de l'arrêté litigieux exposent suffisamment les considérations de fait et de droit qui ont déterminé le préfet des Deux-Sèvres à refuser de délivrer un titre de séjour à M. A B. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". L'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A B fait valoir qu'il est arrivé en France en 2016, en même temps que sa mère et que ses frères et sœurs avec qui il habite depuis qu'il vit sur le territoire national, qu'il a suivi en France sa scolarité secondaire et qu'il y poursuit maintenant ses études.

6. Néanmoins, et d'une part, M. A B ne démontre pas avoir noué en France des liens personnels avec d'autres personnes que sa famille proche, c'est-à-dire sa mère et ses frères et sœurs, étant relevé que sa mère et sa sœur aînée se trouvent elles-mêmes en situation irrégulière sur le territoire français et que par deux jugements de ce jour, le tribunal a rejeté les recours qu'elles ont formés contre les décisions du 11 février 2022 par lesquelles le préfet des Deux-Sèvres a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, M. A B ne démontre pas davantage être dénué d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de seize ans et demi et où réside son père. L'absence de liens avec ce dernier ne peut se déduire de la " décharge " qu'il a signée au profit de la mère du requérant, le 7 décembre 2016, après que celui-ci a rejoint sa mère sur le territoire français. D'autre part, M. A B ne démontre pas le sérieux de ses études en France et n'allègue pas y avoir obtenu un diplôme malgré son inscription en classe de terminale en 2018-2019 et 2019-2020. Même s'il justifie avoir été admis, en septembre 2021, à la préparation d'un baccalauréat professionnel en alternance au centre de formation des apprentis de l'institut régional de formation des industries alimentaires de Nouvelle-Aquitaine à Talence, pour y suivre, jusqu'au 31 août 2022, une formation de pilote de ligne de production, et avoir conclu, à cet effet, un contrat d'apprentissage pour toute la durée de sa formation, cette seule circonstance ne suffit pas, en elle-même, à démontrer que le requérant a établi en France, de manière stable et durable, le centre de ses intérêts personnels et familiaux. D'ailleurs, si M. A B s'est vu délivrer dans les conditions précitées, le 16 novembre 2020, un titre de séjour " vie privée et familiale ", c'est en raison de ses liens, à l'époque, avec sa mère chez laquelle il résidait, alors qu'il ne démontre pas, âgé de vingt-deux ans à la date de la décision contestée et ayant fait état d'une adresse à Lormont pour son inscription scolaire, vivre toujours chez celle-ci. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. A B le titre de séjour que celui-ci a demandé au titre du maintien de ses liens personnels et familiaux, le préfet des Deux-Sèvres n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris sa décision. Il n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 11 février 2022 par lesquelles le préfet des Deux-Sèvres a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A B, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Pellissier, présidente,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.

Le rapporteur,

Signé

M. C

La présidente,

Signé

S. PELLISSIERLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

signé

D. GERVIER

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