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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200724

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200724

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à lui verser directement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- et à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 mai 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante russe née le 14 janvier 1977, déclare être entrée en France le 13 novembre 2015, accompagnée de son fils B né le 2 avril 2002. A la suite du rejet définitif de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mai 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 décembre 2016, le préfet des Deux-Sèvres l'a obligée à quitter le territoire français par un arrêté du 21 février 2017. Par un courrier du 1er février 2020, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions désormais codifiées aux articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 février 2022 dont Mme C demande l'annulation, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur les fondements sollicités, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Mme C ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 mai 2022, ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle lui soit accordée à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation du préfet des Deux-Sèvres à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables à la situation de Mme C, en particulier les articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels a été examinée sa demande de titre de séjour, et mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de titre de séjour doit être rejetée. Par ailleurs, dès lors que la décision obligeant la requérante à quitter le territoire a été prise sur le fondement d'un refus de titre de séjour lui-même motivé, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté attaqué précise que la situation personnelle de l'intéressée ne justifie pas, à titre exceptionnel, l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi mentionne la nationalité de la requérante et relève que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines et traitements inhumains contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte est, dès lors, suffisamment motivé.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme C se prévaut, d'une part, de son hébergement à titre gracieux au sein d'un appartement mis à sa disposition par une association à Niort, d'autre part, de son engagement en qualité de bénévole au sein des Restaurants du Cœur et de la Croix-Rouge Française ainsi que du suivi de cours de français au sein de l'association Alphabenn et, enfin, de ses différents recrutements en qualité d'agent d'entretien au sein d'entreprises de nettoyage, au sein d'un établissement hôtelier et par le biais d'une association intermédiaire sur la période comprise entre les mois d'avril 2021 et janvier 2022 et, en dernier lieu, par un contrat à durée indéterminée conclu à temps partiel à compter du 14 février 2022, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. Toutefois, par ces seuls éléments, qui portent principalement sur son insertion professionnelle au demeurant très précaire dès lors que les contrats et justificatifs de travail qu'elle produit portent sur des missions de courte durée ou sur des emplois à temps partiel, Mme C ne produit aucun élément précis et circonstancié permettant d'attester de la nature et de la stabilité des liens privés et familiaux qu'elle a développés en France où elle est entrée à l'âge de 38 ans et vit de manière isolée, en compagnie de son fils majeur, également en situation irrégulière, tandis qu'elle se maintient sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement édictée par le préfet des Deux-Sèvres le 21 février 2017 à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile. En outre, par un avis en date du 28 mai 2019 non contredit par les pièces du dossier, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le fils de la requérante fait également l'objet d'une mesure d'éloignement édictée de manière concomitante de sorte qu'il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Deux-Sèvres n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres a refusé à Mme C la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme C tendant à être admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Laclautre, conseillère,

Mme Bréjeon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

N. D

La présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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