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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200752

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200752

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 mai 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante dominiquaise née le 3 février1992 déclare être entrée sur le territoire métropolitain de la France le 1er mai 2019, accompagnée de sa fille aînée (ANO) Kermiah (ANO) née le 13 novembre 2017 en Guadeloupe. Par un courrier du 18 septembre 2020, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions désormais codifiées aux articles L. 423-7 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 février 2022 dont Mme B demande l'annulation, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 mai 2022, ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle lui soit accordée à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation du préfet des Deux-Sèvres à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables à la situation de Mme B, en particulier les articles L. 423-7, L. 423-8 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels a été examinée sa demande de titre de séjour, et mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de titre de séjour doit être rejetée. Par ailleurs, dès lors que la décision obligeant la requérante à quitter le territoire a été prise sur le fondement d'un refus de titre de séjour lui-même motivé, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté attaqué précise que la situation personnelle de l'intéressée ne justifie pas, à titre exceptionnel, l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi mentionne la nationalité de la requérante et relève que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines et traitements inhumains contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte est, dès lors, suffisamment motivé.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme B déclare être entrée en France métropolitaine, le 1er mai 2019, enceinte, accompagnée de sa fille aînée (ANO) Kermiah (ANO), née le 13 novembre 2017 en Guadeloupe, puis reconnue le 24 juin 2019 par M. F A, ressortissant français né le 23 janvier 1969 résidant en Martinique. Le 5 novembre 2019, Mme B a donné naissance à une seconde fille, (E), née à Niort, également reconnue par ce ressortissant français le 19 juin 2020. Pour démontrer que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants de nationalité française, malgré cette résidence séparée, la requérante produit, d'une part, une attestation de droits à l'assurance maladie au nom de M. A mentionnant (ANO) Kermiah (ANO) et (E) à titre de bénéficiaires, des copies écran de son téléphone portable faisant apparaître la liste des appels échangés avec M. A ainsi que des transferts d'argent d'un montant variant entre 100 euros et 200 euros effectués régulièrement par ce dernier en sa faveur entre le 27 août 2020 et le 4 mars 2022. S'il est constant que ces différents transferts d'argent, dont certains sont au demeurant postérieurs à l'arrêté attaqué permettent d'établir la contribution de M. A à l'entretien de ses deux filles, aucune pièce du dossier, en particulier des photographies, des preuves de voyages de M. A en métropole ou des échanges précis, ne permet d'établir la nature exacte des liens qu'entretiennent les filles de la requérante avec leur père de nationalité française domicilié, de surcroît, en Martinique, ni la contribution de ce dernier à leur éducation. En outre, Mme B qui se déclare célibataire, ne justifie pas d'une insertion durable dans la société française, à l'exception de son engagement comme bénévole, ni de liens affectifs ou professionnels stables tandis qu'elle n'est pas dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Eu égard aux conditions d'arrivée de Mme B sur le territoire français et à l'absence de preuve de la réalité et de l'intensité des liens privés et familiaux qu'elle y a développés au regard de ceux conservés dans son pays d'origine, le préfet des Deux-Sèvres n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme B tendant à être admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Laclautre, conseillère,

Mme Bréjeon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

N. D

La présidente,

S. BRUSTON

La greffière,

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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