jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mars 2022 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré a refusé de mettre à sa disposition en cellule des biens lui appartenant ;
2°) d'enjoindre à la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré de mettre lesdits biens à sa disposition en cellule dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision litigieuse lui fait grief ; il dispose du droit, consacré par l'article premier du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de disposer de ses biens en cellule, sous réserve que ceux-ci ne portent pas atteinte à la sécurité de l'établissement ; les biens qu'il réclame ne présentent, en eux-mêmes, aucun danger pour l'établissement ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires figurant en annexe de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale.
Par un courrier du 20 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 10 mars 2022 dès lors qu'elle constitue une mesure d'ordre intérieur, insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
La clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2023 à 12 heures par une ordonnance du 13 avril 2023.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, a produit un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024 qui n'a pas été communiqué.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- et les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, incarcéré à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, a sollicité par l'intermédiaire de son conseil la mise à disposition en cellule de biens lui appartenant placés à son vestiaire, à savoir un aspirateur balai sans fil, un fauteuil de bureau à roulettes, un four à micro-ondes, une lampe LED ainsi qu'une paire de rideaux. Par une décision du 10 mars 2022, la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré a refusé de mettre ces biens à sa disposition en cellule pour des motifs tenant à l'encombrement de la cellule, à la sécurité incendie et à la prévention des évasions. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
2. D'une part, aux termes de l'article premier du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, applicable à la date de la décision litigieuse : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. () ". Aux termes de l'article 5 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires annexé à cet article : " () Aucun objet ou substance pouvant permettre ou faciliter un suicide, une agression ou une évasion, aucun outil dangereux en dehors du temps de travail ne peuvent être laissés à la disposition d'une personne détenue. / En outre, les objets et vêtements laissés habituellement en sa possession peuvent lui être retirés, pour des motifs de sécurité, contre la remise d'autres objets propres à assurer la sécurité ou contre une dotation de protection d'urgence. / Les objets personnels retirés sont déposés au vestiaire. Ils sont restitués à la personne détenue à sa sortie. () ". Aux termes de l'article 24 de ce règlement : " I.- Les objets qui ne peuvent être laissés en possession de la personne détenue pour des raisons d'ordre et de sécurité sont déposés au vestiaire de l'établissement. / Ils sont, après inventaire, inscrits sur le registre du vestiaire, au nom de l'intéressée pour lui être restitués à sa sortie. () ". Il résulte de ces dispositions que le droit des détenus de se procurer des effets personnels par l'intermédiaire de l'administration et de les conserver ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements. Il appartient ainsi à l'administration de justifier de la nécessité de l'interdiction faite à un détenu de conserver ces mêmes effets.
4. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'un détenu constitue un acte administratif susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation du détenu. Doivent être regardées comme susceptibles de recours les décisions qui portent à des libertés et des droits fondamentaux des détenus une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.
5. M. B ne soutient pas qu'il ne dispose pas déjà dans sa cellule de biens équivalents à ceux en litige, ni, en tout état de cause, que les biens en litige sont nécessaires à l'exercice de ses droits fondamentaux. Dans ces conditions, la décision litigieuse refusant la mise en disposition en cellule de divers effets personnels n'a causé à M. B que des désagréments mineurs dès lors, d'une part, que ces biens n'ont vocation qu'à améliorer le confort de ses conditions d'incarcération, d'autre part, qu'il ne conteste pas le caractère déjà suffisamment équipé de sa cellule. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige, qui n'entraîne pas de privation de la propriété des biens placés au vestiaire, ait été de nature à mettre en cause les libertés et droits fondamentaux de l'intéressé. Ainsi, eu égard à sa nature et à ses effets limités sur la situation du requérant, la décision attaquée constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, nonobstant la circonstance que certains de ces biens ne seraient pas dangereux et que certains auraient été acquis auprès de l'administration pénitentiaire et auraient été à sa disposition dans un précédent établissement pénitentiaire.
6. Par suite, la demande de M. B est irrecevable et les conclusions de sa requête à fin d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles portant sur les frais liés au litige, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à l'AARPI Themis.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, présidente,
Mme Dumont, première conseillère,
Mme Balsan-Jossa, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
G. DUMONT
La présidente,
signé
I. LE BRIS
La greffière,
signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
signé
S. GAGNAIRE
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