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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201493

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201493

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCALIOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2022, M. B A, représenté par Me Caliot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'une carte de résident de 10 ans ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de résident de 10 ans dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Vienne de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas correctement examiné la condition de revenu telle qu'elle est définie par l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il satisfait à cette condition de revenus, qu'il a appris la langue française, qu'il a obtenu des autorisations de travail antérieures et dispose d'un logement ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pipart a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 4 janvier 2000, est entré sur le territoire français en 2015. Il a obtenu des certificats de résidence successifs en qualité d'étudiant, valables du 24 janvier 2019 au 23 janvier 2021 ainsi qu'un certificat de résidence en tant que travailleur salarié valable du 24 janvier 2021 au 23 janvier 2022. Le 2 décembre 2021, il a sollicité du préfet de la Vienne la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Par une décision du 25 avril 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande tout en renouvelant son certificat de résidence de travailleur salarié pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle rejette sa demande de carte de résident.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, la préfète de ce département a donné délégation à la secrétaire générale, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu la décision litigieuse vise les textes sur lesquels elle se fonde et, notamment, l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle expose la situation de M. A et, en particulier, la question de ses revenus et détaille les motifs de fait et de droit au regard desquels il lui est refusé la délivrance d'une carte de résident d'une durée de 10 ans. Par suite, la décision querellée est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissement en France après la signature du premier avenant à l'accord / () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé : " () Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les revenus de M. A se sont élevés, au titre des années 2019 à 2021, à, respectivement, 13 392, 7 717 et 10 034 euros brut. Compte tenu de la faiblesse de ses revenus, il résulte de l'instruction que le préfet aurait, en tout état de cause, pris la même décision de rejet de la demande de l'intéressé s'il n'avait pas uniquement retenu le motif tiré de ressources inférieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), dont la prise en compte n'est effectivement pas prévue explicitement par les stipulations de l'accord franco-algérien, mais qui constitue, en toute hypothèse, l'un des éléments permettant d'apprécier les " moyens d'existence " dont fait état l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet n'a pas commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur la circonstance que le requérant ne disposait pas de moyens d'existence suffisants pour rejeter sa demande.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

7. M. A, qui est célibataire et sans enfant, est entré en 2015 sur le territoire français. Il n'établit pas, ni même n'allègue avoir tissé des liens suffisamment stables, intenses et anciens en France, se bornant à se prévaloir de la présence de sa sœur qui réside à Albi (Tarn). De surcroît, ses parents résident encore dans son pays d'origine. Au surplus, le préfet de la Vienne a, de toute façon, renouvelé, selon les termes mêmes de la décision querellée, son titre de séjour " travailleur salarié " d'une durée d'un an sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'Accord franco-algérien ce qui implique qu'il peut continuer à mener une vie familiale normale sur le territoire français sans courir le risque d'être éloigné. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations précitées en prenant la décision de refus de délivrance d'un certificat de résident pour une durée de 10 ans à l'encontre du requérant.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

R. PIPART

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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