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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202002

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202002

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2022, M. C A, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une autorisation de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'administration n'établit pas que ses documents d'identité sont frauduleux ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen (Guinée Conakry) né le 3 mars 1990, déclare être entré en France en mars 2017. Le 21 juillet 2020 il a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant de nationalité française. Par un arrêté du 30 avril 2021, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement n°2101410 du 16 septembre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a confirmé cet arrêté. Par l'arrêté contesté du 12 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, a reçu délégation de signature de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 611-1 (3°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel est fondé la décision et rappelle les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle du requérant. Il mentionne en particulier que la carte d'identité de l'intéressé est une contrefaçon et que son acte de naissance est irrégulier. Il rappelle également que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 20 avril 2021 et que, le 10 août 2022, il a été placé en garde à vue pour violences conjugales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". Selon l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'analyse faite par la direction zonale de la police aux frontières le 9 mars 2021 que la carte d'identité et l'acte de naissance produits par le requérant étaient l'un, une contrefaçon et l'autre, un acte irrégulier. Si le requérant soutient que le caractère frauduleux de ses documents d'identité n'est pas établi, il n'apporte aucun élément précis de nature à contredire cette analyse. Par suite, la préfète des Deux-Sèvres était fondée à considérer que les documents d'identité fournis par l'intéressé étaient dépourvus de force probante.

7. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Le premier paragraphe de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

8. Le requérant soutient qu'il est le père de deux enfants français, B née en juin 2020 et Hassenatou née en juillet 2022. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de sa participation à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, alors qu'il est séparé de la mère de B et que la mère de Houssenatou a déposé plainte pour violences conjugales le 10 août 2022 et a quitté le domicile commun. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A est défavorablement connu des services de police pour menace de crime contre conjointe le 16 mars 2022 et port d'arme blanche le 18 juin 2022. Il a également fait l'objet, le 10 mai 2022, d'un signalement au procureur de la République pour une suspicion de fausse déclaration de reconnaissance de paternité et a été placé en garde à vue, le 10 août 2022, pour des faits de violence conjugale. Par ailleurs, le requérant n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 30 avril 2021. Ainsi, l'intéressé, qui n'établit pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a vécu pendant 27 ans, ne démontre pas être inséré dans la société française. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète des Deux-Sèvres n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La présidente,

Signé

S. BRUSTON La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La Greffière,

N. COLLET

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