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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202444

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202444

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, Mme E A C, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 août 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ; il n'est pas suffisamment motivé ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il retient qu'elle n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants français ; il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistrés le 21 décembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A C ne sont pas fondés.

Mme A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme E A C, ressortissante comorienne née le 28 novembre 1988, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement en France métropolitaine le 18 mars 2019 en provenance de Mayotte. Le 2 septembre 2019, elle a sollicité du préfet des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté en date du 9 juin 2020, confirmé par le tribunal administratif de Poitiers le 1er décembre 2020, puis par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 26 juillet 2021, le préfet des Deux-Sèvres a rejeté sa demande et lui a notifié une première mesure d'éloignement. L'intéressée, qui s'est soustraite à cette mesure, a, de nouveau, demandé le 30 mai 2022, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 30 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme A C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application et expose la situation administrative, personnelle et familiale de la requérante ainsi que les motifs de fait et de droit pour lesquels la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé un titre de séjour. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme il vient d'être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la nationalité de la requérante et la circonstance qu'elle n'établit pas courir des risques dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

5. D'une part, comme le relève la préfète des Deux-Sèvres, si Mme A C a eu une fille, le 11 novembre 2003, à Mayotte, d'un ressortissant français qui l'a reconnue le 12 septembre 2014, cette enfant était majeure à la date de l'arrêté attaqué, ce qui faisait, en tout état de cause, obstacle à ce que la requérante obtienne, à ce titre, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne sont applicables qu'aux étrangers qui sont père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France.

6. D'autre part, si Mme A C a eu un autre enfant, le 14 juillet 2012, à Mayotte, dont le père déclaré était un autre citoyen français décédé le 22 août 2016, il n'est pas établi, ni même allégué, que, comme le relève, là encore, la préfète des Deux-Sèvres dans l'arrêté attaqué, le père de cet enfant aurait jamais contribué à l'entretien et à l'éducation de l'enfant français de la requérante depuis la naissance de celui-ci. La requérante ne produisant, par ailleurs, aucune décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de cet enfant, la préfète n'a commis aucune erreur de droit en lui refusant la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C n'est entrée en France métropolitaine que le 18 mars 2019. Elle s'est maintenue sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement. Si elle est mariée avec un ressortissant français, elle a toujours vécu séparément de ce dernier. A l'exception de revenus de transfert et de la prise en charge par son mari des frais de location de son appartement de Saint-Maixent, elle ne dispose d'aucune ressource et n'exerce aucun emploi. Elle n'apporte aucun élément permettant d'apprécier ses conditions d'intégration en France, pas plus que les liens personnels qu'elle aurait pu y nouer. Si elle a une fille majeure et un fils mineur de nationalité française ainsi que deux autres enfants de nationalité comorienne qui sont d'ailleurs tous entrés en France métropolitaine très récemment, rien ne fait obstacle à ce que ceux-ci l'accompagnent en cas d'éloignement vers son pays d'origine, voire même vers Mayotte, où elle a vécu pendant plus de trente ans, de même que l'ensemble de ses enfants. Elle n'établit pas non plus être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident deux de ses sœurs, ni à Mayotte où réside une autre de ses sœurs. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants de D A C en refusant de délivrer à cette dernière un titre de séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le président rapporteur,

signé

L. B

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Crosnier La greffière,

signé

D. Gervier

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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