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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202509

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202509

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFALACHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2022, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 13 février 2023 qui n'ont pas été communiquées, Mme C B, représentée par Me Falacho, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité compétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :

- il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité compétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité compétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Un mémoire en défense de la préfète des Deux-Sèvres a été enregistré le 10 février 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Falacho, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 2 janvier 1960, est entrée en France le 12 août 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 26 novembre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 juillet 2022. Mme B a sollicité, le 24 mars 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 8 septembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision litigieuse a été prise au visa des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, et des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle décrit la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée. Elle précise la teneur de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) relatif à son état de santé. Elle énonce également qu'elle n'établit pas avoir tissé de liens personnels suffisamment intenses, anciens et stables en France. L'arrêté litigieux, qui contient ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte est, dès lors, suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. En l'espèce, il n'est pas contesté que l'avis du collège des médecins du 11 juillet 2022 indique que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, mais que le défaut de traitement ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cette appréciation, Mme B indique que sa situation nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainera pour elle des conséquences d'une extrême gravité. Toutefois, la simple production d'une convocation à une opération chirurgicale en date du 9 décembre 2022 et deux ordonnances pré et post-opératoires d'un chirurgien du cabinet d'ophtalmologie Osiris Vision, postérieures à la décision attaquée, ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète des Deux-Sèvres a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 précité en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Pour soutenir que la préfète des Deux-Sèvres ne pouvait rejeter sa demande de titre de séjour sans porter une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale, Mme B soutient que ses attaches privées et familiales sont fixées en France et se prévaut d'une activité professionnelle d'aide à domicile. A cet effet, elle produit plusieurs bulletins de salaires, ainsi que plusieurs attestations de la part du centre intercommunal d'action social du Thouarsais. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à établir que l'intéressée disposerait d'une insertion professionnelle stable et durable sur le territoire national. Mme B se prévaut également de plusieurs actions bénévoles et de la présence en France de sa fille, de nationalité gabonaise et titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", de sa petite fille, ainsi que de deux nièces. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est entrée en France que récemment, à l'âge de 59 ans, et qu'il n'est pas établi qu'elle serait privée de toute attache familiale dans son pays d'origine. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté, au regard des buts poursuivis par la décision attaquée, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et fixation du pays de destination :

8. En premier lieu, les décisions du 8 septembre 2022 ont été signées, pour la préfète des Deux-Sèvres, par M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, qui a reçu délégation de la préfète, par un arrêté du 6 mai 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le délai de départ à trente jours et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. A

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTELe greffier d'audience,

Signé

J.-P. CHANTECAILLE

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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