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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202525

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202525

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUILLAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 octobre 2022 et 5 février 2023, M. C A, représenté par Me Bouillault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard d'enjoindre au préfet de la Vienne et de de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier approfondi de sa situation personnelle, notamment en ce que le rapport de la brigade mobile de recherche de Limoges, rattachée à la direction centrale de la police de l'air et des frontières, émettant un avis défavorable sur la conformité de ses documents d'état-civil n'est pas produit ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Bouillault, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 15 mars 2000, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 8 juillet 2016. Il a ensuite été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à la remise en cause de sa minorité en mars 2017. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 8 avril 2020 à laquelle il s'est soustrait. Il a sollicité le 17 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 20 juillet 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté en litige a été signé par la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne qui, par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de la Vienne, a reçu du préfet de ce département délégation de signature à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige manque en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, le requérant, qui, comme il a été dit au point 1, n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, ne peut utilement se prévaloir de ce que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi de sa demande. En toute hypothèse, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que son état de santé se serait détérioré de manière significative après le précédent refus de titre de séjour en qualité d'étranger malade qui lui a été opposé, ni, par suite, que l'autorité administrative aurait dû, de nouveau, saisir à nouveau pour avis ce collège. Ainsi, dans la mesure où le préfet de la Vienne n'a pas, de lui-même, envisagé la possibilité d'admettre l'intéressé au séjour au titre de son état de santé avant de rejeter sa demande, le moyen tiré de défaut de consultation du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le requérant ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée vise, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 412-1 et L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose les différents motifs pour lesquels l'intéressé ne peut se voir délivrer de titre de séjour et, en particulier, les circonstances qu'il ne justifie pas d'un visa long séjour, qu'il ne produit pas d'autorisation de travail délivrée par le ministère de l'emploi, que le contrat de travail dont il se prévaut ne relève pas d'une profession appartenant à la liste des métiers en tension, qu'il n'établit pas avoir tissé des liens présentant un caractère intense, ancien et stable en France. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en fait qu'en droit.

6. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet aurait, à tort, fondé sa décision sur le fait que les documents présentés par l'intéressé ne permettaient pas de justifier de son état-civil, ne suffit pas, à elle seule, à établir que le préfet, dont il a été dit ci-dessus qu'il a exposé les différents motifs pour lesquels l'intéressé ne pouvait se voir délivrer de titre de séjour, aurait négligé d'examiner de manière approfondie la situation personnelle de l'intéressé.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

8. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant fait l'objet d'un suivi par la maison départementale des personnes handicapées, qui a abouti à une décision d'orientation vers un service de pré-orientation, qu'il est atteint d'une surdité sévère à profonde ayant donné lieu à un appareillage auditif et qu'il bénéficie d'un service d'accompagnement à la vie sociale par l'organisme Diapasom, il ressort des pièces du dossier que sa situation a déjà fait l'objet d'un avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 20 décembre 2020, indiquant que le défaut de prise en charge de son état de santé n'est pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A ne fait, par ailleurs, état d'aucune dégradation récente de son état de santé depuis. Il est célibataire et sans enfant et ne résidait en France que depuis 5 ans et demi à la date de la décision attaquée. Il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il serait isolé dans son pays d'origine, où réside sa sœur qui l'a élevé jusqu'à son arrivée en France. Par suite, le préfet de la Vienne ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce en estimant que son admission au séjour ne répondait à aucune considération humanitaire et ne se justifiait pas davantage par des motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

10. Aux termes des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, comme dit au point 8, le défaut de prise en charge de l'état de santé du requérant n'est pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il n'est pas établi que son état de santé se soit récemment dégradé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article précité doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, qui ne résidait en France que depuis 5 ans et demi à la date de la décision attaquée, ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il serait isolé dans son pays d'origine, où réside sa sœur qui l'a élevé jusqu'à son arrivée en France. Outre qu'il a obtenu sa prise en charge à son arrivée sur le territoire par les services de l'aide sociale à l'enfance sur la base d'une déclaration frauduleuse de minorité, il s'est déjà soustrait à une mesure d'éloignement. Ces différents éléments sont de nature à relativiser la qualité de son intégration personnelle en France, nonobstant ses relations amicales et sa participation à des associations. Les quelques contrats de travail qu'il produit ne permettent pas davantage d'apprécier ses conditions d'intégration professionnelle en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. Il ressort des pièces du dossier que la décision, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

16. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

R. B

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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