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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202664

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202664

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTANOH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, M. E, représenté par Mme A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 septembre 2022 par lequel la préfète de la Charente lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer un titre de séjour.

3°) de mettre à la charge de la préfète de la Charente les entiers dépens de l'instance.

M. D soutient que :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en lui refusant un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il réside en France depuis plus de 10 ans ;

- il pouvait prétendre de droit à la délivrance d'un titre de séjour au titre de ses liens familiaux avec sa conjointe française ce dont le préfet était prévenu depuis le 26 février 2022.

Par un mémoire en défense enregistrés le 29 décembre 2022, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant de la République du Congo né le 18 mai 1986, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire national de manière irrégulière le 6 novembre 2010. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 septembre 2011, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 avril 2012. Le 29 avril 2021, il a sollicité de la préfète de la Charente un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La commission départementale du titre de séjour qui s'est réunie le 8 juillet 2021 a émis un avis défavorable à sa demande. Par un arrêté en date du 22 septembre 2022, la préfète de la Charente lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. La circonstance que la demande d'asile de M. D a été rejetée en 2012 et qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2019, n'implique pas nécessairement qu'il résidait habituellement en France de 2012 à 2022. En toute hypothèse, une telle circonstance ne suffit pas, à elle seule, à considérer que son admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, pas plus, du reste, que le mariage de l'intéressé avec une ressortissante française qui est très récent et dont il n'est pas, en tout état de cause, établi qu'il aurait été précédé d'une longue période de vie commune. M. D n'apportant, par ailleurs, aucun élément permettant d'apprécier ses conditions d'intégration personnelle et professionnelle en France, la préfète de la Charente ne s'est pas livrée à une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce en lui refusant un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français.". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code prévoit que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Il n'est pas contesté que, comme il a été dit au point 1, M. D est entré irrégulièrement sur le territoire national le 6 novembre 2010 et que par voie de conséquence, il ne justifie pas d'un visa de long séjour. Comme le fait valoir la préfète de la Charente, l'intéressé ne justifie pas non plus d'une vie commune avec sa conjointe française de six mois en France. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 ou L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. D n'établit pas être présent habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans. Outre le fait qu'il n'établit pas de vie commune avec son épouse française, son mariage est extrêmement récent et n'a pas, en toute hypothèse, été précédé d'une longue période de vie commune. Le couple n'a pas d'enfant. M. D n'établit pas qu'il ne possèderait plus de famille dans son pays d'origine où il a, en toute hypothèse, vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. A l'exception de son mariage, il n'apporte aucun élément précis sur les liens de toute nature qu'il aurait noués en France, ni sur ses conditions d'intégration personnelle et professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, la préfète de la Charente n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé, ni méconnu les stipulations et dispositions précitées en lui refusant un titre de séjour.

8. En dernier lieu, il n'est pas établi que l'intéressé aurait informé l'administration de son mariage avant l'adoption de l'acte attaqué. La préfète de la Charente n'a donc commis aucune erreur de fait en indiquant que M. D était célibataire. En toute hypothèse, ce mariage est, comme il a été dit aux points 5 et 7, sans incidence sur le droit du requérant à obtenir un titre de séjour.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et à la préfète de la Charente.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. C La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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