mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2203088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DESROCHES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 décembre 2022 et le 7 mars 2023, M. C B, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an ou, à défaut, de lui accorder une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et réexaminer sa situation et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, le tout dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ; il est illégal en l'absence d'un examen particulier approfondi de sa situation personnelle ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est irrégulière faute pour l'administration d'avoir respecté son droit d'être entendu ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale dès lors qu'en tant que ressortissant algérien père de deux enfants français, il pouvait bénéficier, de plein droit, d'un certificat de résidence sur le fondement du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; elle est également entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet s'est fondé, d'une part, sur le fait qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il s'est vu délivrer un certificat de résident entre 2016 et 2017, postérieurement à son entrée en France, et, d'autre part, sur la menace à l'ordre public qu'il représente et sur sa durée de séjour irrégulier alors qu'il a été en possession d'une carte de séjour entre 2016 et 2017 même si celle-ci n'a pas été renouvelée ; la décision attaquée méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 en qu'il exerce, ne serait-ce que partiellement, l'autorité parentale sur ses deux enfants ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, que son entrée irrégulière ne peut lui être opposée dans la mesure où il s'est vu délivrer postérieurement un titre de séjour qui a eu pour effet de régulariser ses conditions d'entrée sur le territoire, d'autre part, que le préfet ne peut lui reprocher la non-exécution des mesures d'éloignement prises à son encontre, ni son absence de documents d'identité en cours de validité puisqu'il ressort des termes de la décision attaquée qu'étant incarcéré depuis le 15 octobre 2021, il ne pouvait pas exécuter la mesure prise à son encontre le 14 octobre 2021, ni ne disposait des documents demandés, et, enfin, que l'administration ne justifie pas de la menace qu'il représente pour l'ordre public et que si le préfet retient qu'il aurait expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire, il n'en justifie pas ;
- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle n'est suffisamment motivée ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle dès lors que sa motivation se limite à la seule absence de circonstances humanitaires particulières et qu'aucun des autres critères fixés par l'article L. 612-10 du code précité n'est mentionné ; dans le mesure où il a déjà fait l'objet d'interdictions de retour pour une durée cumulée de 7 ans, la décision litigieuse porte le total de son interdiction de retour sur le territoire français à une durée de 10 ans en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant algérien né le 6 août 1985, est entré en France, selon ses déclarations, au cours du mois de novembre 2010. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien du 2 août 2016 au 1er août 2017 en qualité de parent d'enfant français. Le 17 mai 2018, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a notifié une première mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an, à laquelle l'intéressé s'est soustrait. A la suite d'une interpellation par les services de police, M. B a fait l'objet le 13 août 2020 d'une deuxième obligation de quitter le territoire français, assortie, là encore, d'une interdiction de retour de trois ans, qu'il n'a pas non plus exécutée. Suite à une nouvelle interpellation, il a fait l'objet, le 14 octobre 2021, d'une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Poitiers le 10 mars 2022. L'intéressé a ensuite été incarcéré à partir du 15 octobre 2021. Par un arrêté en date du 24 octobre 2022, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Vienne, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer, notamment, tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes sur lesquels il se fonde et, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision portant obligation de quitter le territoire français expose en particulier que M. B est entré irrégulièrement sur territoire français en 2010 et qu'il n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage. Elle rajoute qu'il est incarcéré depuis le 15 octobre 2021 et que son comportement constitue, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Elle rappelle que M. B, qui est sans emploi, sans ressources et sans domicile fixe, est célibataire et ne démontre pas entretenir des relations avec ses enfants, ni contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. Elle expose enfin qu'il n'est pas privé de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine. La décision lui refusant un délai de départ volontaire indique qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il est défavorablement connu des services de police et de la justice, qu'il s'est déjà soustrait à trois mesures d'éloignement, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes notamment en l'absence de documents d'identité ou de voyage valides. La décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la nationalité du requérant et la circonstance qu'il n'établit pas courir des risques dans son pays d'origine. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français, qui ne se limite pas au constat de l'absence de circonstances humanitaires particulières, expose, là encore, ses conditions d'entrée et de séjour en France, sa situation personnelle et familiale, la menace qu'il représente pour l'ordre public et son absence d'intégration dans la société française. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En dernier lieu, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet de la Vienne aurait négligé de procéder à un examen particulier approfondi de la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ".
6. M. B, dont il ressort du procès-verbal d'audition du 11 octobre 2022 qu'il a fourni aux agents de la gendarmerie de Vivonne des renseignements précis relatifs à sa situation administrative, personnelle et professionnelle, se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, sans préciser en quoi il disposait d'autres informations pertinentes qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté litigieux et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps à l'administration, auraient été de nature à faire obstacle à la mesure d'éloignement qui lui est opposée. En toute hypothèse, il n'est pas allégué qu'il aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que soit prise la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de la violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu avant l'édiction d'une décision administrative individuelle défavorable, doit être écarté. Il en va de même, en tout état de cause, du moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
8. Si M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français, il est constant que, comme il a été dit au point 1, il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien du 2 août 2016 au 1er août 2017. La délivrance de ce titre a eu pour effet de régulariser sa situation quant aux conditions de son entrée en France. Le préfet ne pouvait, dès lors, lui opposer son entrée irrégulière en France sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En revanche, il résulte des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire peut être prononcée à l'encontre d'un étranger dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public à condition qu'il ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois.
10. En l'espèce, si M. B a été titulaire d'un certificat de résidence valable du 2 août 2016 au 1er août 2017, il se trouvait en situation irrégulière en France depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué et, contrairement à ce qu'il soutient, les dispositions du 7° de l'article L. 611-1 précité étaient donc bien applicables à sa situation. Il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision d'éloignement s'il ne s'était fondé que sur ce second motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père () d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans (). ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que si M. B est père d'un premier enfant français né le 17 décembre 2015 qu'il a eu avec une précédente conjointe, il a été déchu de son autorité parentale sur cet enfant par un jugement de la chambre familiale du tribunal de grande instance de Saintes du 14 novembre 2019. Il n'établit pas être le père d'une seconde enfant qui serait née le 21 novembre 2022, ni, en tout état de cause, la nationalité de cette dernière. En toute hypothèse, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ces deux enfants. Par suite, le préfet de la Vienne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
14. Comme il a été dit au point 12, si M. B est père d'un enfant français né le 17 décembre 2015, il a été déchu de son autorité parentale par un jugement de la chambre familiale du tribunal de grande instance de Saintes du 14 novembre 2019. Par une ordonnance en date du 31 décembre 2020 rendue par le juge aux affaires familiales de Niort, il lui a également été fait interdiction de rentrer en contact avec son fils et la mère de celui-ci pour une durée de 6 mois, renouvelée le 28 juin 2021. Comme cela a également été dit au point 12, le requérant n'établit ni l'existence de sa seconde enfant, ni qu'il contribuerait à l'entretien ou à l'éducation de cette dernière. Si M. B soutient, par ailleurs, qu'il vit en France depuis près de dix ans et y est intégré, il n'est toutefois pas sérieusement contesté qu'à l'exception de la période du 2 août 2016 au 1er août 2017, il a toujours séjourné de façon irrégulière sur le territoire, qu'il a fait l'objet de trois obligations de quitter le territoire français successives qu'il n'a jamais exécutées et qu'il est incarcéré depuis le 15 octobre 2021 pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive, non-respect d'obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violence familiales ou de menace de mariage forcé, en récidive, recel de bien provenant d'un vol et voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable. De plus, il ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale en France. Enfin, il ne soutient pas qu'il serait privé de toute attache personnelle ou familiale en Algérie, son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie et où, selon ses propres déclarations à la gendarmerie, réside encore toute sa famille. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
15. D'une part, la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français n'étant pas illégale, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
16. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
17. Comme il a été dit au point 14, que M. B a été incarcéré à la maison d'arrêt de Niort pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive, non-respect d'obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violence familiales ou de menace de mariage forcé, en récidive, recel de bien provenant d'un vol et voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable. Depuis son incarcération, le tribunal judiciaire de Niort l'a également condamné le 6 octobre 2022, pour des faits de menaces de mort réitérées commises par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive ainsi que pour des appels téléphoniques malveillants réitérés par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive. Par ailleurs, il ressort de son extrait de casier judiciaire qu'antérieurement à son incarcération, l'intéressé a déjà été condamné à plusieurs reprises pour des faits de détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants, vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule sans permis. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public et lui refuser, pour ce motif, un délai de départ volontaire.
18. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris exactement la même décision s'il ne s'était fondé que sur la menace à l'ordre public que représentait le requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que les autres motifs retenus pour lui refuser un délai de départ volontaire ne seraient pas fondés doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
19. La décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français n'étant pas illégale, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".
21. M. B soutient que le préfet de la Vienne aurait commis une erreur de droit dans la mesure où les dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans et, qu'ayant déjà fait l'objet par une décision du 17 mai 2018, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, puis, à nouveau, par une décision du 13 août 2020, d'une nouvelle interdiction de retour d'une durée de trois ans, puis, enfin, par une décision du 14 octobre 2021, d'une troisième interdiction de retour, toujours d'une durée de trois ans, la décision en litige conduirait à ce que la durée maximale de cinq ans prévue par les dispositions de l'article L. 612-11 soit dépassée.
22. Il ressort toutefois des termes de la décision en litige, qui ne se fonde sur aucun des trois cas énumérés par les dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet n'a pas entendu prolonger l'une des précédentes interdictions de retour sur le territoire français dont a fait l'objet l'intéressé mais s'est borné à assortir l'obligation de quitter le territoire du 24 octobre 2022, d'une nouvelle interdiction de retour sur le territoire français dont la durée, fixée à trois ans, n'a pas vocation à s'ajouter à la durée des mesures antérieures. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le président rapporteur,
Signé
L. A
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Y. CROSNIER La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière,
Signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026