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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300319

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300319

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantONDONGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 23BX00016 du 31 janvier 2023, le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a renvoyé au tribunal administratif de Poitiers la requête de M. B A, où elle a été enregistrée sous le numéro 2300319.

Par cette requête enregistrée au tribunal le 2 février 2023, M. A, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 novembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire " entrepreneur / profession libérale " sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 8 mai 1995, est entré sur le territoire français le 1er mars 2022 en provenance d'Ukraine. Il a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire valables du 22 mars 2022 au 14 octobre 2022. Après s'être vu refusé le renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour, il a sollicité du préfet de la Vienne la délivrance d'un titre de séjour mention " entrepreneur / profession libérale " le 17 octobre 2022. Par un arrêté en date du 18 novembre 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'article R. 421-9 du même code : " Lorsque l'étranger présente un projet tendant à la création d'une activité commerciale, industrielle ou artisanale, il sollicite, préalablement au dépôt de sa demande tendant à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 421-5, un avis sur la viabilité économique du projet auprès du service en charge de la main d'œuvre étrangère compétent pour le département dans lequel il souhaite réaliser son projet. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

4. Si M. A se prévaut de la création d'une activité ambulante de fabrication et de vente de plats à emporter depuis le 9 septembre 2022, il ne produit aucun élément permettant d'établir que son entreprise est économiquement viable et qu'il en tire des moyens d'existence suffisants. La seule circonstance qu'il a été employé polyvalent dans la restauration rapide ne saurait suffire à établir la viabilité de son projet. De surcroît, il ne démontre pas avoir sollicité un avis sur la viabilité économique de son projet auprès du service en charge de la main d'œuvre étrangère conformément aux dispositions précitées de l'article R. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors même que M. A a procédé à l'achat du matériel nécessaire à l'exercice de son activité et qu'il dispose des autorisations nécessaires à l'exercice de cette activité, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Vienne aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un titre de séjour.

5. En second lieu, la décision refusant un titre de séjour à M. A n'étant pas illégale, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. CROSNIER La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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