vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GARLOPEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2023, Mme D B A, représentée par Me Garlopeau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 27 janvier 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai.
Mme B A soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence porte un préjudice grave et disproportionné à sa vie professionnelle, privée et familiale.
Les parties ont été informées, le 8 juin 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision portant assignation à résidence en l'absence d'une telle décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante comorienne née le 8 mars 1984, est, selon ses déclarations, entrée en France le 9 juillet 2016. Elle a conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français le 21 juillet 2022. Elle a sollicité le 11 août suivant la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " auprès de la préfète des Deux-Sèvres. Par un arrêté en date du 27 janvier 2023, celle-ci a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B A demande l'annulation de ces décisions ainsi que de l'assignation à résidence dont elle fait, selon elle, l'objet.
Sur la recevabilité des conclusions dirigée contre l'assignation à résidence :
2. Si Mme B A demande l'annulation de la décision portant assignation à résidence qui, selon elle, " porte un préjudice grave et disproportionné à sa vie professionnelle, privée et familiale ", il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Deux-Sèvres aurait pris à son encontre une telle mesure. Par suite, ses conclusions dirigées contre cette prétendue décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat, le secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres a reçu délégation de la préfète de département à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions concernant la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
5. Mme B A est entrée en France en 2016. Si les pièces qu'elle produit font apparaître qu'elle vit avec un ressortissant français depuis à tout le moins 2018, et qu'elle a conclu avec ce dernier un pacte civil de solidarité le 21 juillet 2022, leur communauté de vie est récente et aucun enfant n'est né de cette union. Elle ne démontre pas entretenir des relations avec d'autres personnes que la famille de son conjoint et une sœur. Elle n'établit pas, en toute hypothèse, que ses relations avec ces personnes seraient suffisamment intenses, anciennes et stables pour lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement des textes précités. Elle n'établit pas non plus, ni d'ailleurs n'allègue, être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a, en toute hypothèse, vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Elle n'apporte, à l'exception de quelques diplômes et justificatifs de formations d'apprentissage de la langue française, aucun élément permettant de déterminer ses conditions d'insertion sociale et professionnelle en France. Elle ne justifie pas de conditions d'existence suffisantes et n'exerce aucune activité professionnelle, à l'instar d'ailleurs de son compagnon qui perçoit le revenu de solidarité active. Si elle déclare souffrir d'une pathologie oculaire, il n'est pas établi, ni même allégué que son état de santé nécessiterait une prise en charge dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Ainsi, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète des Deux-Sèvres.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023
Le président rapporteur,
Signé
L. CAMPOY
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
G. DUMONT
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
N. COLLET
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