jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ZOUNGRANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, M. A B, représenté par Me Zoungrana, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'annuler la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de cent-quatre-vingts jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil.
Il soutient que :
- le 23 février 2023, il a porté plainte devant le Procureur de la République de Poitiers du chef de traite des êtres humains à l'encontre de son employeur et un rendez-vous est prévu le 25 mai 2023 avec la direction départementale du travail et de l'emploi ;
- l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrait droit à la délivrance d'un titre de séjour en raison de son dépôt de plainte, de sorte que le préfet a commis, en l'espèce, une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui a été prise à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la directive 2011/36/UE du parlement européen et du conseil du 5 avril 2011 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Le Méhauté a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 25 novembre 1990 à Ait Ishak (Maroc), est entré en France le 31 mai 2019, muni d'un visa de long séjour valable du 20 mai 2019 au 18 août 2019. Il a obtenu, le 5 juillet 2019, une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier, valable jusqu'au 4 juillet 2022. Le 15 juin 2021, il a conclu à Montmorillon un contrat à durée indéterminée en qualité de bûcheron avec la société BBP. Le 11 juillet 2022, il a déposé auprès de la préfecture de la Vienne une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 12 janvier 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 23 février 2023, il a porté plainte à l'encontre du dirigeant de la société BBP pour " traite d'être humain, escroquerie et menace ". Le 22 mars 2023, il a déposé une demande de titre de séjour en tant que " victime de la traite des êtres humains ". Le préfet de la Vienne, par une première décision du 9 mai 2023, a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et, par une seconde décision du 9 mai 2023, l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de cent-quatre-vingts jours. M. A demande d'annulation de ces deux décisions.
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article 11 de la directive 2011/36/UE du parlement européen et du conseil du 5 avril 2011 concernant la prévention de la traite des êtres humains et la lutte contre ce phénomène ainsi que la protection des victimes : " Assistance et aide aux victimes de la traite des êtres humains / 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour qu'une assistance et une aide soient apportées aux victimes avant, pendant et durant une période suffisante après la clôture de la procédure pénale afin de leur permettre d'exercer les droits qui leur sont conférés par la décision-cadre 2001/220/JAI et par la présente directive. / () ". Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ".
3. M. A a déposé le 23 février 2023 auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire de Poitiers une plainte à l'encontre de son employeur, le dirigeant de la société BBP, pour " traite d'être humain, escroquerie et menace ". Les faits qu'il invoque sont précis et circonstanciés, de même que les éléments complémentaires qu'il a indiqués lors de son audition par le service de gendarmerie de Montmorillon, le 8 mai 2023. Pour rejeter la demande de M. A en estimant qu'il n'avait pas rompu tout lien avec son employeur, le préfet s'est fondé sur les termes du procès-verbal de cette audition du 8 mai 2023, selon lesquels, en réponse à une question sur sa " situation professionnelle en France ", l'intéressé a déclaré qu'il travaillait " comme bucheron et élageur " et qu'il avait " un CDI depuis deux ans avec ce patron à compter du 25 mai 2021 ". Toutefois, ces déclarations en réponse à une question d'ordre général sur sa situation professionnelle en France, ne suffisent pas à établir que M. A conserverait des liens avec son employeur de nature à faire obstacle à sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, aucun élément du dossier n'établit que sa plainte ne serait pas en cours d'instruction. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Vienne a commis une erreur d'appréciation en rejetant sa demande de titre de séjour et à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois, en tenant compte de l'évolution de la procédure pénale éventuellement engagée à la suite de sa plainte.
Sur l'assignation à résidence :
4. Par une décision du 9 mai 2023, le préfet de la Vienne a assigné à résidence M. A dans le département de la Vienne pour une durée de cent-quatre-vingts jours. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le refus de titre de séjour qui a été opposé au requérant est entaché d'illégalité et que le préfet doit réexaminer sa demande en tenant compte de l'évolution de la procédure pénale éventuellement engagée à la suite de la plainte déposée. L'intéressé est ainsi fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence, de l'assignation à résidence qui a été prise à son encontre. Il y a lieu, dès lors, d'annuler la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de cent-quatre-vingts jours.
Sur les frais liés au du litige :
5. Si Me Zoungrana, avocat de M. A, demande que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 1 000 euros, il ne justifie pas que le requérant serait bénéficiaire de l'aide juridictionnelle. Par suite, il ne peut utilement demander que cette somme lui soit versée par l'Etat dans le cadre de la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 9 mai 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " à M. A et l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de cent-quatre-vingts jours sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Vienne et à Me Zoungrana.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
A. Le MÉHAUTÉ
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
G. DUMONT
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026