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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301721

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301721

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantALLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, et des mémoires des 10 novembre 2023, 21 novembre 2023 et 22 janvier 2024, M. B C représenté par Me Allain demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 27 avril 2023 reçu le 2 mai 2023, par lequel le maire de Tugeras-Saint-Maurice a décidé de retirer à compter du 1er mai 2023 toutes les délégations qu'il lui avait consenties en qualité de deuxième adjoint au maire et d'enjoindre au maire de Tugéras-Saint-Maurice de lui redonner la totalité des délégations à lui retirées par ledit arrêté, ceci dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté du 27 avril 2023 lui retirant ses délégations à compter du 1er mai 2023 est succinctement motivé ;

- il est entaché d'une rétroactivité illégale dès lors qu'il ne lui a été notifié que le 2 mai 2023 mais a pris effet le 1er mai ;

- les accusations et les griefs qui lui sont reprochés dans les motifs de l'arrêté ne sont pas établis ; il apporte des preuves de l'inanité des accusations portées contre lui en fournissant une attestation de l'ancien maire de Tugeras-Saint-Maurice qui s'inscrit en faux contre ces reproches ainsi que d'autres témoignages d'anciens conseillers municipaux et d'agents avec qui il a travaillé et qui présentent tout autrement son action et ses échanges avec le personnel communal ; l'altercation qui l'a opposé au maire le 11 avril 2022 est le seul élément concret de cette motivation mais le maire lui a restitué le 28 avril 2022 les délégations retirées un mois plus tôt et qui sont des délégations étendues ; il est dans ces conditions peu compréhensible de recourir à nouveau à cet incident pour lui retirer à nouveau ces délégations ;

- la décision de retrait est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des intérêts communaux alors qu'il a été le mieux élu des membres du conseil municipal ;

- le maire a commis un détournement de pouvoir en prenant cette décision étrangère à l'intérêt du service et en poursuivant à travers cette décision un intérêt personnel et un ressentiment tenace à son endroit ; un autre conseiller municipal a d'ailleurs démissionné pour échapper à l'autoritarisme de cet élu ;

- les griefs mis en avant ne sont pas fondés ;

- la perte de confiance alléguée dans les écritures en défense n'est pas davantage établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023 et un autre mémoire du 6 janvier 2024, la commune de Tugeras-Saint-Maurice conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cristille,

- les conclusions de Mme Brégeon, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, maire de Tugeras-Saint-Maurice.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Tugeras-Saint-Maurice, commune de 367 habitants comptant 11 conseillers municipaux, a, par arrêté du 27 avril 2023, retiré à compter du 1er mai 2023 toutes les délégations qu'il avait consenties à son deuxième adjoint, M. B C aux motifs que ce dernier avait " manqué de discrétion " après différentes séances du conseil municipal sur " la situation de plusieurs salariés ", qu'il ne respectait pas les " directives " arrêtées en conseil, qu'il manifestait " une attitude agressive à la limite du harcèlement moral depuis le début de ses fonctions d'adjoint envers le personnel municipal " et qu'il était l'auteur d'une " agression physique envers le maire en 2022 ". M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 et d'ordonner la restitution de ses délégations.

2. La décision par laquelle le maire rapporte la délégation qu'il a consentie à l'un de ses adjoints sur le fondement de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales est une décision à caractère réglementaire qui a pour objet la répartition des compétences entre les différentes autorités municipales, même si elle affecte la situation personnelle de cet élu et les conditions d'exercice de son mandat. Ainsi, le caractère exécutoire de cette décision n'est pas subordonné à sa notification au délégataire mais à sa publication. Il ressort des mentions du certificat d'affichage produit au dossier dont le requérant ne conteste pas l'exactitude que l'arrêté de retrait de délégation en litige a été publiée en mairie par voie d'affichage à partir du 28 avril 2023 et reçu en préfecture le même jour. Il était ainsi exécutoire à la date du 1er mai 2023 qui est la date d'effet du retrait des délégations. Par suite, le moyen tiré par M. C du caractère rétroactif de cette décision en ce qu'elle prendrait effet le 1er mai mais ne lui aurait été notifiée que le 2 mai 2023 est inopérant et doit être écarté.

3. Dès lors qu'il n'est pas pris en considération de la personne au sens de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, et n'a pas le caractère d'une sanction, l'arrêté en litige n'avait pas à être motivé.

4. Aux termes des premier et troisième alinéas de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. / () Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions. " Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible au maire d'une commune, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par un motif étranger à la bonne marche de l'administration communale, de mettre un terme, à tout moment, aux délégations de fonctions qu'il avait données à l'un de ses adjoints. Dans ce cas, il est tenu de convoquer sans délai le conseil municipal afin que celui-ci se prononce sur le maintien dans ses fonctions de l'adjoint auquel il a retiré ses délégations.

5. M. C soutient que les griefs exposés par le maire pour retirer les délégations qui lui avaient été consenties ne sont pas étayés de faits précis, qu'il s'agit de pures allégations contredites par les témoignages qu'il produit et qui tous attestent de son investissement pour la commune et de son comportement dénué d'agressivité et de violence lors des conseils municipaux. Il ajoute que la décision en litige est inspirée uniquement par l'animosité que le maire lui porte, ce dernier cherchant à le discréditer alors qu'il a été le " mieux élu " des conseillers municipaux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le retrait des délégations en cause a été motivé par un climat conflictuel et de défiance entre le maire et son deuxième adjoint, qui ont conduit notamment au dépôt d'une plainte du maire à l'encontre de M. C le 11 mars 2022 après une altercation violente qui a abouti à ce qu'un rappel à la loi soit prononcé à l'encontre du requérant. Dans ce contexte de graves difficultés relationnelles, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant été inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale. Il résulte de l'instruction que le maire de Tugeras-Saint-Maurice aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ce motif sans retenir les motifs tirés des comportements et propos inadaptés de M. C à l'égard du personnel communal ou de ses manquements aux règles de solidarité et de discrétion au sein du conseil qui ne ressortent pas des pièces du dossier. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le maire doit par suite être écarté.

6. Pour ces mêmes motifs, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Tugeras-Saint-Maurice.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 février 2024.

Le président-rapporteur

Signé

P. CRISTILLEL'assesseure la plus ancienne

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne Préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

5

N°2301721

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