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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302060

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302060

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOURET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a statué sur un recours en excès de pouvoir concernant le refus de communication d'un dossier administratif à un fonctionnaire. Le tribunal a jugé que la demande d'annulation était devenue sans objet, car l'université avait finalement transmis le dossier complet et numéroté au requérant, satisfaisant ainsi aux obligations légales. En conséquence, il a rejeté la requête et n'a pas prononcé d'injonction ni d'astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2023 et le 12 décembre 2024, M. C... D..., représenté par Me Mouret, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 12 février 2023 et les décisions explicites des 1er septembre 2023 et 9 novembre 2024 par lesquelles la présidente de l’université de Poitiers a refusé de lui communiquer son dossier administratif complet ;

2°) d’enjoindre à la présidente de l’université de Poitiers de lui délivrer une copie de son dossier administratif dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’université de Poitiers la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée n’est pas motivée ;
- le refus de communication de son dossier administratif méconnait les dispositions des articles L. 137-1 et L. 523-4 du code général de la fonction publique ;
- ce refus méconnait les dispositions du code des relations entre le public et l’administration.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2024 et 15 janvier 2025, l’université de Poitiers conclut à titre principal au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce qu’une amende pour recours abusif soit infligée à M. D... sur le fondement de l’article R. 741-12 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- l’entier dossier administratif de M. D..., comprenant toutes les pièces numérotées et classées sans discontinuité, lui a été transmis le 23 octobre 2023, puis une nouvelle fois le 9 novembre 2024, de sorte que le litige est devenu sans objet ;
- la requête est irrecevable pour défaut de production de l’acte attaqué dès lors que la décision de refus de communication du dossier administratif de M. D... n’existe pas.


Par une lettre du 5 février 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions présentées par l’université de Poitiers tendant à ce que soit infligée une amende pour recours abusif, la possibilité d’infliger une telle amende relevant des pouvoirs propres du juge en vertu de l’article R. 741-12 du code de justice administrative.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mouret, représentant M. D..., et de Mme A... B..., représentant l’université de Poitiers.



Considérant ce qui suit :

M. D... est maître de conférences à l’université de Poitiers. Le 12 septembre 2022, la présidente de l’université de Poitiers a saisi la section disciplinaire du conseil académique de l’université afin d’engager une procédure disciplinaire à son encontre. Le 12 décembre 2022, M. D... a demandé la communication d’une copie de son entier dossier administratif. Par la présente requête, M. D... demande l’annulation de la décision implicite née le 12 février 2023 et des décisions explicites des 1er septembre 2023 et 9 novembre 2024 par lesquelles la présidente de l’université de Poitiers a refusé de faire droit à sa demande de communication de son entier dossier administratif.

Sur les conclusions à fin d’annulation et d’injonction :

Aux termes de l’article L. 137-1 du code général de la fonction publique : « Le dossier individuel de l'agent public doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité ». Aux termes de l’article L. 523-4 de ce même code : « Le fonctionnaire à l’encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée à droit à la communication de l’intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. L'administration doit l'informer de son droit à communication du dossier. (…) ».

Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

Il est constant que l’université de Poitiers a communiqué à M. D... le 23 novembre 2022 un ensemble de documents correspondant, selon elle, à son dossier administratif. Le requérant fait valoir que le dossier qui lui a été transmis n’était pas numéroté et qu’en conséquence, il n’était pas établi qu’il était complet. Il invoque par ailleurs l’absence de documents qui auraient été utilisés dans le cadre de la procédure disciplinaire engagée à son encontre en septembre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l’université a communiqué à M. D..., postérieurement à l’introduction de la présente instance, son dossier administratif numéroté le 1er septembre 2023 puis, à nouveau, le 9 novembre 2024. Le requérant persiste à soutenir que le dossier qui lui a été communiqué est incomplet en invoquant des incohérences au niveau de sa numérotation. L’université fait toutefois valoir sans être sérieusement contredite que les incohérences relevées par le requérant s’expliquent par la double numérotation des pièces liées à un classement créé en premier lieu par l’université de Créteil où l’intéressé était précédemment affecté, puis par l’université de Poitiers. Par ailleurs, le dossier administratif d’un agent public n’a pas vocation à comporter des documents liés à l’activité de l’intéressé, comme des échanges de courriels ou des comptes-rendus de réunion. Dans ces conditions, le dossier administratif qui a été communiqué à M. D... postérieurement à l’introduction de l’instance doit être regardé comme complet. Par suite, la décision en litige a implicitement mais nécessairement été retirée. Les conclusions présentées par M. D... à fin d’annulation de cette décision et les conclusions à fin d’injonction y afférentes sont donc devenues sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les conclusions présentées par l’université de Poitiers au titre de l’article R. 741-12 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article R. 741-12 du code de justice administrative : « Le juge peut infliger à l’auteur d’une requête qu’il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ».

La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge. Par suite, les conclusions présentées par l’université de Poitiers tendant à ce que M. D... soit condamné à une telle amende ne sont pas recevables.

Sur les frais liés à l’instance :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’université de Poitiers la somme que M. D... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.




D E C I D E :


Article 1er :
Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation et d’injonction présentées par M. D....

Article 2 :
Les conclusions présentées par M. D... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :
Les conclusions présentées par l’université de Poitiers sur le fondement de l’article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à M. C... D... et à l’université de Poitiers.

Copie en sera adressée pour information à la commission d’accès aux documents administratifs.

Délibéré après l'audience du 12 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.


La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
La présidente,
Signé
I. LE BRIS


La greffière,

Signé

D. MADRANGE

La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,


Pour le greffier en chef,


La greffière,





Signé



D. MADRANGE

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