Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête d'un infirmier syndiqué contestant une sanction disciplinaire (exclusion temporaire de trois jours) infligée par son employeur, le groupe hospitalier Littoral Atlantique. Le tribunal a jugé que les propos grossiers tenus par l'agent, même dans un cadre syndical privé, constituaient une faute déontologique justifiant une sanction. La sanction, appartenant au premier groupe des sanctions disciplinaires prévues par le code général de la fonction publique, a été estimée proportionnée à la faute commise.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 septembre 2023, le 29 novembre 2024 et le 13 décembre 2024, ce dernier non communiqué, M. C... A..., représenté par Me Gargadennec, demande au tribunal :
1°)
d’annuler la décision du 17 avril 2023 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Littoral Atlantique l’a sanctionné d’une exclusion temporaire de fonctions de trois jours, ensemble la décision du 24 juillet 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Littoral Atlantique la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, en l’absence de manquements au devoir de réserve et de loyauté ;
elle est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 janvier 2024 et le 6 décembre 2024, le groupe hospitalier Littoral Atlantique, représenté par Me Champenois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 600 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lacampagne, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Martha, rapporteur public ;
- et les observations Me Lejars-Riccardi, avocat du groupe hospitalier Littoral Atlantique.
Considérant ce qui suit :
M. C... A... est infirmier titulaire spécialisé en psychiatrie au sein du groupe hospitalier Littoral Atlantique et exerce en outre des fonctions syndicales. Suite à la diffusion sur un réseau social d’une vidéo de M. A..., la direction du groupe hospitalier a initié à son encontre une procédure disciplinaire et a décidé une exclusion temporaire de fonctions de trois jours. Par cette requête, M. A... demande l’annulation de cette décision et du rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L.530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire (…) ». Aux termes de l’article L.533-1 du même code : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours (…) ».
Il appartient au juge, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. En outre, le comportement d’un fonctionnaire en dehors du service peut constituer une faute de nature à justifier une sanction si les faits commis sont incompatibles avec les fonctions exercées ou s’ils ont pour effet de perturber le bon fonctionnement du service ou de jeter le discrédit sur l’administration.
En deuxième lieu, si les agents publics qui exercent des fonctions syndicales bénéficient de la liberté d’expression particulière qu’exigent l’exercice de leur mandat et la défense des intérêts des personnels qu’ils représentent, cette liberté doit être conciliée avec le respect de leurs obligations déontologiques. En particulier, des propos ou un comportement agressifs à l’égard d’un supérieur hiérarchique ou d’un autre agent sont susceptibles, alors même qu’ils ne seraient pas constitutifs d’une infraction pénale, d’avoir le caractère d’une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.
Le groupe hospitalier Littoral Atlantique justifie la sanction par les propos tenus par M. A... à l’égard du directeur des ressources humaines de l’établissement de santé et diffusés dans une vidéo au sein d’un groupe privé d’un réseau social. M. A... qui ne conteste pas la matérialité des faits se borne à affirmer d’une part, que ces propos ont été prononcés dans le cadre de son mandat syndical et d’autre part qu’il n’est pas à l’origine de leur diffusion en dehors du groupe privé. Bien que les propos reprochés à M. A... aient été tenus sur un groupe privé syndical, M. A... n’établit pas de lien entre ces propos et son activité syndicale. Par ailleurs, de tels propos, par leur grossièreté portent atteinte aux obligations déontologiques d’un agent public sans que la circonstance selon laquelle leur diffusion n’est pas de son fait soit de nature à l’exonérer de sa responsabilité.
En dernier lieu, en se bornant à invoquer le caractère disproportionné de la sanction sans autre précision, M. A... n’assortit pas son moyen des précisions suffisantes. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. A... a écopé d’une sanction du premier groupe, soit parmi les plus faibles possibles. Dans ces conditions, cette sanction n’apparaît pas disproportionnée au regard de la gravité de la faute commise.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. A... la somme de 800 euros au titre des frais exposés par le groupe hospitalier Littoral Atlantique et non compris dans les dépens. En revanche, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du groupe hospitalier Littoral Atlantique la somme que M. A... demande au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : M. A... versera au groupe hospitalier Littoral Atlantique une somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au groupe hospitalier Littoral Atlantique.
Délibéré après l’audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
M. Lacampagne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
P. LACAMPAGNE
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
L’assesseure la plus ancienne,
M. B...
Le président-rapporteur,
A. MARCHAND
L’assesseure la plus ancienne,
M. B...
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
N. COLLET