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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303330

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303330

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCOTTET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers rejette la requête de Mme B, ressortissante russe, qui contestait l'arrêté préfectoral du 21 novembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulièrement signé par délégation et suffisamment motivé en droit et en fait. Il estime également que la décision d'éloignement ne méconnaît pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, la requérante n'établissant pas de liens personnels et familiaux d'une intensité particulière en France. En conséquence, la décision fixant le pays de destination n'est pas illégale par voie de conséquence, et l'ensemble des conclusions de la requête sont rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2023, Mme D B, représentée par Me Cottet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 du préfet de la Vienne en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de procéder au réexamen de sa situation administrative, et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- les décisions litigieuses ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 21 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2025 à 12 heures.

Un mémoire en défense produit par le préfet de la Vienne a été enregistré le 11 juillet 2025 et n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tiberghien a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née le 25 juillet 1955, est entrée en France le 5 octobre 2012 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 23 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 21 novembre 2023, le préfet de la Vienne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office. Mme B demande l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions en litige :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2023-SG-DCPAT-024 du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne du 25 septembre 2023, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 423-23, L. 611-1, L. 611-3 et L. 721-3, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de Mme B, et en particulier les conditions de son entrée et de son séjour en France. Il expose également la situation familiale de Mme B, ses conditions d'hébergement et de ressources ainsi que celles de son insertion. Il contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Vienne s'est fondé pour obliger Mme B à quitter le territoire français et fixer le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, Mme B soutient que la décision litigieuse est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour. Toutefois, elle n'assortit son moyen d'aucune précision, alors qu'elle ne formule aucune conclusion ni moyen à l'encontre de la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté litigieux. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, veuve, est présente en France depuis 2012. Toutefois, l'intéressée n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'un lien avec ses deux enfants, ni même ne justifie de leur résidence habituelle en France. Par ailleurs, si elle se prévaut de ses liens avec M. A C, elle n'établit pas l'intensité de ceux-ci au moyen d'une unique attestation établie par ce dernier. En outre, sa participation à des activités associatives notamment au titre d'ateliers de création de poupées et de participation à un atelier culinaire ne sont pas de nature, à elles seules, à démontrer l'existence d'une insertion sociale significative ni de l'ancienneté de liens privés de Mme B en France. Enfin, cette dernière ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, qu'elle a quitté à l'âge de 57 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en obligeant Mme B à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté. Par ailleurs, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de la précédente doit être écarté.

8. En second lieu, Mme B ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, d'entretenir des liens privés ou familiaux d'intensité particulière en France. Par ailleurs, elle ne soutient pas ni même n'allègue être exposée au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Russie. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas, en fixant le pays à destination duquel Mme B est susceptible d'être reconduite, entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 21 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2025.

Le rapporteur,

Signé

P. TIBERGHIENLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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