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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400071

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400071

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2024, M. E A, représenté par la SCPA Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application et des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 30 janvier 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de M. D et les observations de Me Ago-Simmala, représentant M. A, qui a repris les moyens de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 5 décembre 1967 à Kimangumu (République démocratique du Congo), déclare être entré en France le 24 avril 2022. Sa demande d'asile du 9 juin 2022 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 juin 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 novembre 2023. Par un arrêté du 22 décembre 2023, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être renvoyé au besoin d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dès lors que M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'arrêté pris dans leur ensemble :

3. Par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, Mme B C, sous-préfète, directrice de cabinet de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de M. Brun-Rovet secrétaire général de la préfecture de la Vienne à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne. Il n'est pas établi par le requérant que M. Brun-Rovet n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision contestée a été prise au visa, notamment du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision analyse la situation privée et familiale de M. A, en indiquant notamment que ce dernier est célibataire et qu'il a un enfant majeur qui n'est pas présent sur le territoire français. Il expose en outre que les liens privés et familiaux de l'intéressé ne sont pas caractérisés par leur ancienneté, M. A ayant vécu jusqu'à l'âge de 55 ans hors de France, ni par leur stabilité, l'intéressé se maintenant en situation irrégulière sur le territoire national depuis le rejet de sa demande d'asile. Ainsi, la décision contestée qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. A mais qui en mentionne les éléments pertinents comporte les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Vienne s'est livré à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. M. A soutient que la décision contestée porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, dès lors qu'il a trouvé en France une stabilité et une sécurité qu'il ne pouvait avoir dans son pays d'origine où il craint pour sa vie, qu'il y a créé des liens amicaux et qu'il bénéficie d'un accompagnement médical au centre médico-psychiatrique Lautrec du centre hospitalier Henri Laborit de Poitiers. Toutefois, le séjour en France du requérant est récent à la date de la décision contestée et les éléments invoqués ne suffisent pas pour caractériser l'intensité des liens qu'il aurait noués sur le territoire français, non plus que son insertion dans la société française, alors qu'il ne fait état d'aucune activité professionnelle, ne justifie pas de ressources ni d'un logement pérenne. En outre, il n'établit ni avoir des attaches en France, ni être dépourvu de liens familiaux et personnels dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 55 ans et où il ne justifie pas être dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement. Enfin, M. A ne démontre pas qu'un suivi psychiatrique serait impossible dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en édictant la décision contestée, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale et privée une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de la Vienne n'a pas non plus entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

9. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination rappelle les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la nationalité du requérant et mentionne l'absence de risques encourus dans le pays d'origine. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il sera exposé à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants, et fait état en particulier d'un risque de violence sans pouvoir bénéficier de la protection des autorités congolaises eu égard à son orientation sexuelle, au contexte difficile de la séparation d'avec son ancien concubin et de la proximité de ce dernier avec un militaire congolais influent. Toutefois, le requérant n'apporte aucune pièce de nature à établir l'existence de risques actuels, sérieux et personnels auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, alors, au demeurant, que sa demande d'admission au titre de l'asile a été rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions en injonction et celles présentes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Vienne.

Le magistrat désigné

Signé

P. D

La greffière d'audience,

Signé

C. BERLAND

Fait à Poitiers, le 21 février 2024.

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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