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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400803

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400803

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400803
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formationétrangers JU
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 mars 2024 sous le n° 2400803, M. E C, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel la préfète de la Charente lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 400 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de l'état de santé de son fils ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur manifeste commise dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La préfète de la Charente n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 22 avril 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2024.

II. Par une requête enregistrée le 29 mars 2024 sous le n° 2400804, Mme F D, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel la préfète de la Charente lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 400 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de l'état de santé de son fils ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur manifeste commise dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La préfète de la Charente n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces qui enregistrées le 22 avril 2024.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Mme D qui indique demander un titre de séjour en tant que parent de leur fils malade qui ne peut être soigné dans son pays d'origine et qui, à cause de ses handicaps visuels et auditifs, n'est pas autonome.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2400803 et 2400804 concernent la situation au regard du séjour de deux époux de nationalité géorgienne et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. E C et Mme F D, ressortissants géorgiens nés respectivement le 1er juin 1962 et le 10 mai 1966, déclarent être entrés en France le 27 décembre 2022 avec leur fils majeur, M. B C, né le 28 octobre 1992. Les demandes d'asiles de M. C et Mme D, enregistrées le 1er février 2023, ont été rejetées le 11 avril 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 septembre 2023. Par deux arrêtés du 27 février 2024, la préfète de la Charente leur a refusé un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils étaient susceptibles d'être éloignés à l'expiration de ce délai. M. C et Mme D demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Mme D ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par la décision du 9 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal et M. C y ayant été admis par une décision du même jour, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire des intéressés à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés contestés considérés dans leur ensemble :

4. Les arrêtés attaqués visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. C et Mme D, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Ils mentionnent leurs demandes d'asile rejetées par l'OFPRA le 11 avril 2023 et par la CNDA le 29 septembre 2023, leur situation privée et familiale, notamment le fait que leur fils fait l'objet d'une mesure d'éloignement identique et concomitante, et qu'ils n'établissent pas être exposés à des peines et traitements inhumains en cas de retour dans leur pays d'origine. La circonstance que la préfète se soit appropriée les termes des décisions des autorités de l'asile, alors qu'elle fait état des autres éléments ayant motivé le refus d'octroi de l'autorisation de séjour, ne démontre pas qu'elle se soit considérée en compétence liée à l'égard des dites décisions. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen approfondi de leur situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, M. C et Mme D soutiennent que la préfète de la Charente a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle dès lors que leur fils, M. B C, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que leur présence s'avère nécessaire à ses côtés, sinon il serait contraint de rester seul sur le territoire français pour assurer ses soins. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que leur fils majeur fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire identique et concomitante, dès lors que le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, la Géorgie, il peut y bénéficier d'un traitement approprié et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque. Dans ces circonstances, les requérants, qui n'invoquent par ailleurs aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire et qui n'ont, au demeurant, formé aucune demande d'admission au séjour sur un autre fondement que le droit d'asile, ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de la Charente, en leur refusant un titre de séjour, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur leur situation personnelle.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. M. C et Mme D soutiennent que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Toutefois, ils n'assortissent ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, les requérants qui sont entrés récemment en France, ne démontrent pas qu'ils auraient tissé sur le territoire des liens intenses et stables, ni qu'ils seraient dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie, et où la cellule familiale pourra être reconstituée dès lors que leur fils M. B C fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire identique et concomitante. Ils ne disposent ni d'un logement propre, ni de ressources. Enfin, si Mme D verse au dossier un compte rendu d'imagerie médicale du 18 mars 2024, elle ne tire aucune conséquence de ce dernier. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de titre de séjour ne sont pas illégales. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour doivent être écartés.

9. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5 les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire ne sont pas illégales. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions fixant le pays de destination sont illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire doivent être écartés.

11. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ".

12. M. C et Mme D soutiennent qu'ils seraient gravement menacés en cas de retour dans leur pays d'origine, notamment que ces risques seraient constitutifs de traitements contraires aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ils n'établissent la réalité de ces risques par aucun élément, d'autant que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA. Par suite, la préfète dont il n'est pas établi qu'elle se soit considérée en situation de compétence liée par rapport aux décisions de ces deux autorités, n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision attaquée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2400803 de M. C et de la requête n°2400804 de Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article1erer : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de M. C et Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes nos 2400803 et 2400804 de M. C et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Mme F D et à la préfète de la Charente.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. A

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

2 ; 2400804

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