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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402956

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402956

mercredi 18 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBONNEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers rejette la requête de Mme A... B... visant à annuler l'arrêté préfectoral du 2 septembre 2024 qui refusait un titre de séjour et lui ordonnait de quitter le territoire français. La juridiction estime que l'arrêté a été pris par une autorité compétente en vertu d'une délégation et qu'il est suffisamment motivé, notamment au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal considère que la requérante ne justifie pas de circonstances exceptionnelles ou humanitaires justifiant une admission au séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, Mme C... A... B..., représentée par Me Bonneau, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le préfet de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être éloignée à l’expiration de ce délai ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Charente, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d’un an portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l’attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente et est insuffisamment motivé ;
la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation.


Mme A... B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 14991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jarrige,
- les observations de Me Bonneau pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A... B..., ressortissante brésilienne née le 16 novembre 1972, est entrée en dernier lieu sur le territoire national le 13 janvier 2023. Le 27 mars 2023, elle a sollicité, auprès des services de la préfecture de la Charente, la délivrance d’un titre de séjour. Par un arrêté du 2 septembre 2024, le préfet de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d’être éloignée au terme de ce délai. Mme A... B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur l’arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Charente le même jour, le préfet de la Charente a donné délégation à M. Jean- Charles Jobart, secrétaire général de la préfecture de la Charente, à l’effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département de la Charente , à l’exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, l’arrêté contesté vise les textes sur lesquels s’est fondé le préfet de la Charente et, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et notamment les articles L. 423-23 et L.435-1. Il mentionne l’ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de Mme A... B..., en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande d’admission exceptionnelle au séjour doit être rejetée, notamment en raison du fait qu’elle ne justifie d’aucune circonstance exceptionnelle ou considération humanitaire. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n’implique pas, dès lors que, comme il vient d’être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l’assortir d’une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et mentionne la nationalité de la requérante et la circonstance qu’elle n’établit pas courir des risques en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté.


Sur la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :

4. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. » Aux termes de l’article L. 435-1 du même code : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ». Enfin, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

5. Si Mme A... B... déclare avoir résidé sur le territoire français à compter d’octobre 2020 et être repartie trois mois dans son pays d’origine avant de revenir en France le 13 janvier 2023, elle ne peut en tout état de cause se prévaloir ainsi que de trois ans et huit mois de présence en France à la date de l’arrêté attaqué. Si elle se prévaut de sa vie en concubinage avec un ressortissant français, avec lequel elle résiderait depuis octobre 2020, la seule durée alléguée de cette vie communauté de vie, qui a été entrecoupée par une séparation et n’avait pas donné lieu à la conclusion d’un pacte civil de solidarité, ne peut suffire à la faire regarder comme durable et stable à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la requérante n’établit, ni même n’allègue être dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine, dans lequel elle a vécu près de quarante-huit ans avant sa première entrée sur le sol français et où elle ne conteste pas que résident ses deux enfants âgés de 20 ans et 25 ans. Enfin, elle ne peut pas se prévaloir d’une insertion sociale ou professionnelle particulière en France ou inscrite dans la durée, ne justifiant que d’activités de loisirs diverses avec son compagnon, d’activités bénévoles et de promesses d’embauche. Par suite, en lui opposant qu’elle ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de la Charente n’a ni entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation, ni méconnu ces dispositions. Pour les mêmes motifs, la décision de refus de titre de séjour attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs dudit refus et n’a pas ainsi été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni n’est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 2 septembre 2024 du préfet de la Charente doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... B... est rejetée.






Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... B... et au préfet de la Charente.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 28 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,
M. Cristille vice-président,
Mme Le Bris, vice-présidente.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2026.


Le président rapporteur,
Signé
JARRIGE
L’assesseur le plus ancien,
Signé
P. CRISTILLE



La greffière,


Signé


D. MADRANGE




La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,



Signé

D. MADRANGE


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