Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. B..., ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Vienne renouvelant son assignation à résidence pour 45 jours. Le requérant soutenait que l'éloignement n'était pas une perspective raisonnable en raison de l'absence de vols directs vers le Mali. Le tribunal a écarté ce moyen, jugeant que l'indisponibilité actuelle de liaisons aériennes directes ne démontrait pas l'absence de toute perspective raisonnable d'éloignement pendant la durée de la mesure. La décision est fondée sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 décembre 2025 et un nouveau mémoire déposé le 19 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 2 décembre 2025 par lequel le préfet de la Vienne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que l’existence d’une perspective raisonnable d’éloignement n’est pas démontrée du fait de l’indisponibilité des vols entre la France et le Mali ; les vols à destination du Mali dont fait état le préfet ne sont pas des vols directs sur des compagnies françaises mais supposent des escales pour lesquelles sans visa, il ne peut pas transiter.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2025, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2025.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Cristille, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique du 30 décembre 2025 tenue en présence de Mme Collet, greffière d’audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Cristille ;
- les observations de M. B... et de son épouse.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant malien né le 28 juillet 1993, est entré régulièrement en France le 12 septembre 2022 sous couvert d’un visa long séjour portant la mention « étudiant » valable du 30 août 2022 au 29 août 2023. Par un arrêté du 26 mars 2024 confirmé par le tribunal administratif de Poitiers le 20 mars 2025, le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné. Par un arrêté du 5 mai 2025, le préfet de la Vienne l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le préfet de la Vienne a assigné l’intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par une décision du 15 mai 2025 qui a été annulée par jugement du tribunal administratif de Poitiers du 2 juin 2025. Par arrêtés du 25 juin 2025 et du 7 octobre 2025, le préfet de la Vienne l’a une nouvelle fois assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, à chaque fois. Le recours contentieux exercé contre ces arrêtés a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 20 novembre 2025. Le 2 décembre 2025, le préfet de la Vienne a pris un arrêté portant renouvellement de son assignation à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur l’aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de se prononcer sur sa demande tendant à ce qu’il soit admis au bénéficie de l’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants ; 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (...) ».
4. M. B... fait valoir que l’autorité préfectorale ne rapporte pas la preuve qu’il existe une perspective raisonnable d’éloignement, compte tenu de l’absence de liaisons aériennes commerciales directes entre la France et le Mali et de la situation politique et sécuritaire compliquée du Mali. Il ajoute que son éloignement supposerait, dans ces conditions, que les autorités françaises sollicitent plusieurs laissez-passer auprès de consulats des pays dans lesquels il ferait escale, ce qui n’est pas réaliste. Toutefois, il n’est pas établi qu’aucune liaison aérienne ne serait susceptible d’être rétablie ou mobilisée pendant la durée de la mesure d’assignation à résidence. Dès lors, si l’intéressé ne peut, à ce stade, regagner immédiatement son pays d’origine en raison des difficultés actuelles affectant le trafic aérien à destination du Mali, il ne démontre pas pour autant qu’il n’existe aucune perspective raisonnable de son éloignement. Par suite, le moyen tiré l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B... tendant à ce qu’il soit admis au bénéficie de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.
Le magistrat désigné,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
N. COLLET