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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2600778

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2600778

mercredi 4 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2600778
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEBUGHE-MANGAI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé, rejette la demande de suspension d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour. Le juge estime que la condition d'urgence, exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, n'est pas caractérisée. Il rappelle que les recours contre les décisions d'éloignement relèvent des procédures spéciales du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui offrent des garanties équivalentes et excluent l'application du référé-liberté en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Lebughe Mangai, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 16 juin 2025 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la situation d’urgence est établie eu égard à la naissance de sa fille, de nationalité française, le 11 janvier 2026 et de l’impossibilité dans laquelle il se trouve de subvenir à ses besoins en l’absence d’activité professionnelle ;
- l’exécution de l’arrêté porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l’intérêt supérieur de l’enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.

Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2501926 et tendant à l’annulation de l’arrêté du 16 juin 2025 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tiberghien, conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer, en cas d’absence ou d’empêchement, sur les requêtes en référé.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant brésilien né le 12 janvier 2001, déclare être entré régulièrement sur le territoire français le 16 décembre 2023. Il a formé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français le 14 octobre 2024. Par un arrêté du 16 juin 2025, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit en cas d’exécution d’office. M. B... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision de refus de séjour contenue dans cet arrêté dont il a fait l’objet.

D’une part, aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». En vertu de l’article L. 522‑3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée. Par ailleurs, la condition d’urgence posée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative s’apprécie objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de chaque espèce. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. La circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n’est pas de nature à caractériser, à elle seule, l’existence d’une situation d’urgence au sens de cet article.

D’autre part, aux termes de l’article L. 776-1 du code de justice administrative : « Les modalités selon lesquelles sont présentés et jugés les recours formés devant la juridiction administrative contre les décisions relatives à l’entrée, au séjour et à l’éloignement des étrangers obéissent, lorsque les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile le prévoient, aux règles spéciales définies au livre IX du même code ».

Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions du livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, aux délais qui lui sont impartis pour se prononcer et aux conditions de son intervention, que les procédures spéciales instituées par ces dispositions présentent des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elles excluent, par suite, la mise en œuvre. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l’exécution d’une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l’intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s’attachent normalement à sa mise à exécution.

Enfin, s’il appartient à l’autorité administrative d’abroger un acte non réglementaire qui n’a pas créé de droits mais continue de produire effet, lorsqu’un tel acte est devenu illégal en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction, une décision refusant à un étranger la délivrance d’un titre de séjour produit tous ses effets directs dès son entrée en vigueur. Dès lors, une demande tendant à son abrogation est sans objet et ne saurait faire naître un refus susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. En revanche, la décision portant obligation de quitter le territoire français continuant, postérieurement à son édiction, à produire des effets directs à l’égard de la personne qu’elle vise, cette dernière est recevable à demander, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait, l’annulation d’une décision refusant de l’abroger. La décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant d’abroger une telle décision n’ayant pas le même objet, cette dernière ne revêt pas un caractère confirmatif.

M. B... a fait l’objet d’un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français le 16 juin 2025, qu’il a contesté devant le présent tribunal par un requête enregistrée sous le n° 2501926, et qui est en cours d’instruction. Les circonstances postérieures à cet arrêté dont il se prévaut, tirées de la naissance de sa fille de nationalité française et de l’impossibilité de pourvoir à ses besoins en l’absence d’autorisation de travail ne sont pas de nature à caractériser l’existence d’une urgence particulière justifiant l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures, alors, d’une part, que rien ne s’oppose à ce que M. B... sollicite la délivrance d’un titre de séjour en se prévalant de ces éléments et demande l’abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et d’autre part, que son recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, actuellement pendant, est de nature à en suspendre l’exécution. Dans ces conditions, la condition d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative n’est pas remplie.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais de l’instance.




O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Fait à Poitiers, le 4 mars 2026


Le juge des référés,


Signé


P. TIBERGHIEN



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,


Signé


D.MADRANGE

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