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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-1901767

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-1901767

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-1901767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2019, M. C A, représenté par Me Marty, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Ofii, à titre principal, de rétablir, à son bénéfice, les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de huit jours et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit dès lors que les textes visés ne sont pas ceux qui constituent la base légale des décisions de suspension et que l'Ofii a fait application de textes qui n'étaient pas en vigueur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant le non-respect des obligations de présentation aux convocations.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2020, l'Ofii conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2019.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ()() / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives au retrait, à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Ofii, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant malien célibataire sans enfant, né le 12 août 1984 à Bamako, a présenté une demande d'asile le 19 juin 2017 enregistrée en procédure " Dublin " et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Ofii. Par un courrier du 12 mars 2018, l'Ofii a informé M. A de son intention de lui suspendre les conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités de l'asile dans le cadre de la procédure Dublin en n'embarquant par sur le vol à destination du pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Cette suspension a pris effet au mois de mai 2018. M. A a sollicité à nouveau l'asile en France et a obtenu une attestation de demande d'asile en procédure normale " première demande " délivrée le 11 mars 2019 par le préfet de la Haute-Vienne. Par une demande du même jour, M. A a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil de demandeur d'asile auprès de l'Ofii. Le 11 mars 2019, l'Ofii a pris à l'égard de M. A une décision intitulée " notification de refus des conditions matérielles d'accueil ". Au mois de juin 2019, cette autorité a décidé d'abroger cette décision et a pris, le 19 juin 2019, une nouvelle décision intitulée " notification de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ". Pour prendre sa décision relative à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil formulée par M. A, l'Ofii était tenue d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations prises lors de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. En premier lieu, bien qu'elle ne vise pas les termes des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, il ressort des termes de la décision attaquée, qui mentionne la date d'enregistrement de sa demande d'asile, le 19 juin 2017, puis l'absence de justification du non-respect des obligations consenties lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge, et qui fait enfin état de l'absence de facteur particulier de vulnérabilité constaté, que l'Ofii a apprécié la situation particulière du demandeur dans le cadre jurisprudentiel de la décision du Conseil d'Etat du 17 avril 2019 n° 428314, laquelle est visée par la décision. Le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas respecté son obligation d'embarquer vers l'Italie dans le vol prévu le 8 mars 2018 à destination de Milan et qu'il n'apporte aucune explication sur les raisons pour lesquelles il n'a pas déféré à cette obligation. Dans ces conditions, la directrice territoriale de l'Offi n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant à la situation de M. A en refusant de procéder au rétablissement, à son profit, des conditions matérielles d'accueil, alors même qu'il a été placé en procédure normale d'asile à compter du 11 mars 2019.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 juin 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii lui a refusé le rétablissement des conditions matérielle d'accueil. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marty et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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