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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-1901781

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-1901781

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-1901781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées le 4 octobre 2019 et le 13 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 septembre 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Ofii, à titre principal, de rétablir, à son bénéfice, les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de vingt-quatre heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Ofii de lui verser le montant mensuel de l'allocation pour demandeur d'asile rétroactivement à compter du 6 septembre 2018 ou, à titre subsidiaire, à compter du 9 septembre 2019, date de la demande de rétablissement, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de condamner l'Ofii à lui verser la somme de 1 000 euros par semaine de privation indue des conditions matérielles d'accueil en raison des conséquences dommageables de cet acte, augmentée des intérêts moratoires à compter de l'enregistrement de sa requête, avec capitalisation des intérêts échus au jour du jugement ;

6°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 744-7, L. 744-8 et D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence d'un non-respect des obligations consenties lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Ofii ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions indemnitaires :

- il convient de condamner l'Ofii en raison du préjudice direct et certain qu'il subit étant directement exposé à des conditions de vie contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2020, l'Ofii conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2019.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Toulouse, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2019. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée du 10 septembre 2019 mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent en droit comme les considérations de fait qui ont présidé à son édiction. Elle mentionne notamment que M. A n'a pas justifié du non-respect des obligations auxquelles il avait consenti et que sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de vulnérabilité. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation soulevé par le requérant manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ()() / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives au retrait, à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Ofii, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. D'une part, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur un motif qui ne figure pas dans la liste des cas énumérés à l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant le retrait des conditions matérielles d'accueil, la décision attaquée intitulée " notification de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ", qui est intervenue après une première décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, suivie du reclassement de la demande d'asile de l'intéressé en procédure normale, constitue une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, et non une décision de retrait régie par les dispositions de l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en l'absence de tout motif de retrait des conditions matérielles d'accueil est donc inopérant à l'encontre de la décision attaquée et doit, par suite, être rejeté.

6. D'autre part, il est constant que M. A, ressortissant afghan né le 2 février 1994 à Kunduz est entré en France en janvier 2018, a sollicité l'asile et a accepté les conditions matérielles d'accueil à cette date. Il précise qu'après avoir fait l'objet de deux arrêtés du préfet de la Haute-Vienne prononçant sa remise aux autorités allemandes et l'assignant à résidence, il a fui à Paris de crainte d'être, une fois en Allemagne, renvoyé vers l'Afghanistan. Pour contester la décision prise le 10 septembre 2019 par l'Ofii, refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil après la prise en charge par la France de l'examen de sa demande d'asile, il fait valoir que, dans les circonstances de l'espèce, l'Ofii ne saurait tirer argument du fait qu'il ait été à un moment déclaré en fuite. Ce faisant, M. A ne conteste pas qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil, ce qu'il appartenait notamment à l'Ofii d'examiner dans le cadre d'une demande de rétablissement. Par ailleurs, la circonstance qu'il se soit ultérieurement rapproché des services de la préfecture et qu'il ait obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 1er mars 2026, n'est pas de nature à démontrer que la directrice territoriale de l'Ofii aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant qu'il n'avait pas justifié du non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si le requérant indique que la décision attaquée le place dans une situation de précarité, il ne produit aucun élément relatif à sa situation familiale ou de santé de nature à établir l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière et n'établit donc pas que l'Ofii aurait entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 10 septembre 2019 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Le requérant ne démontrant pas l'illégalité de la décision du 10 septembre 2019, il n'est pas fondé à engager la responsabilité de l'Ofii à ce titre. Au demeurant, s'il soutient qu'il a subi un préjudice important du fait de la décision du 10 septembre 2019, étant directement exposé à des conditions de vie contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne l'établit pas.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A doivent être rejetées. Les conclusions du requérant tendant à ce que l'indemnité qu'il sollicite soit assortie des intérêts et de leur capitalisation doivent, par conséquent, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Ofii, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il sollicite au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Toulouse et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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