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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-1901914

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-1901914

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-1901914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2019, M. D A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 18 septembre 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Ofii de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre à l'Ofii de lui verser le montant mensuel de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) majoré qui lui était dû à compter du 5 septembre 2019, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation aux indemnités d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2020, l'Ofii conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2.M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2019. Par conséquent, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3.En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment le visa des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en cas de non-respect des exigences des autorités de l'asile dans le cadre de la procédure Dublin et mentionne que l'intéressé ne peut justifier le non-respect de ces obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Ofii. La décision litigieuse précise de plus que la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne fait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".

5.Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () / La décision de suspension () des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives au retrait, à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Ofii, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6.M. A, ressortissant afghan, est entré seul sur le territoire français, sa femme et ses enfants étant restés en Afghanistan. Il a présenté une demande d'asile enregistrée en procédure " Dublin " le 4 mai 2018 et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Ofii. Par arrêté du 28 août 2018, le préfet de de la Haute-Vienne a décidé de transférer M. A aux autorités finlandaises responsable de l'examen de sa demande d'asile. Toutefois, le requérant n'est pas retourné en Finlande. Il soutient qu'il était convaincu que son retour en Finlande signifiait un renvoi en Afghanistan où il affirme faire l'objet de menaces de mort et avoir été victime d'actes de torture. Le requérant a été déclaré en fuite le 9 octobre 2018. L'Ofii a suspendu le versement des conditions matérielles d'accueil le 30 octobre 2018. Le préfet de la Haute-Vienne a enregistré le 1er octobre 2019 la nouvelle demande d'asile de M. A en procédure normale et ce dernier a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil le 5 septembre 2019. Par décision du 18 septembre 2019 intitulée " notification de refus de rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil ", l'Ofii a refusé de rétablir ces dernières au profit de l'intéressé.

7.Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. A a été examinée suite au courrier adressé le 5 septembre 2019 et qu'il a été procédé à l'évaluation de ses besoins au regard de sa situation personnelle et familiale. Toutefois le requérant, qui a levé le secret médical, produit à l'appui de sa requête un certificat médical établi par un médecin généraliste exerçant au centre hospitalier spécialisé Esquirol de Limoges un premier certificat médical du 13 août 2018 établissant qu'il souffre d'un syndrome dépressif associé à un état de stress post-traumatique, qu'il bénéficie d'un suivi régulier associant psychothérapie et traitement médicamenteux à base d'antidépresseurs, qu'il était dans l'attente d'une consultation urologique pour évaluer les séquelles testiculaires en lien avec une douleur persistante en regard d'une cicatrice scrotale ainsi que l'éventuelle prise en charge nécessaire que M. A met en lien avec des actes de torture qu'il dit avoir subis et d'un bilan radiologique concernant des douleurs à la marche au niveau du talon gauche qui serait séquellaire d'une fracture ouverte ainsi qu'au niveau du poignet droit où est constatée une cicatrice de 10 centimètres à la face postérieure avec une limitation active et passive de la pronosupination. M. A produit de plus deux certificats médicaux établis par un médecin généraliste à Apt (Vaucluse) les 28 mai 2019 et 5 septembre 2019 confirmant les pathologies dont souffre l'intéressé. Il précise en outre que les séquelles physiologiques et psychologiques qu'il rattache à des violences subies en Afghanistan sont incompatibles avec la poursuite de son hébergement au centre d'aide à la libération des addictions par le travail de Bertine alors même qu'il ne souffre d'aucune addiction. Dans ces conditions, en estimant que la situation de santé de M. A ne le plaçait pas en situation de vulnérabilité, l'Ofii, en n'examinant pas la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. A au regard de son état de santé, a méconnu les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8.Cependant, dans le cas où l'un des motifs d'une décision administrative s'avère erroné, le juge peut procéder à la neutralisation de ce motif s'il apparaît qu'il résulte de l'instruction que la considération du ou des autres motifs légaux aurait suffi à déterminer l'administration à prendre la même décision.

9.Par jugement du 5 septembre 2018 devenu définitif, le tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 août 2018 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a prononcé sa remise aux autorités finlandaises responsables de l'examen de sa demande d'asile au motif le requérant, n'établissait ni que son activité d'ingénieur au profit d'entreprises étrangères et en dernier lieu du ministère du développement du gouvernement afghan serait à l'origine de menaces à son encontre par les talibans ni qu'il aurait fait l'objet de tortures en Afghanistan, ne démontrait pas davantage la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine où continuaient de résider son épouse et ses enfants. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Vienne a placé le requérant en situation de fuite et l'Ofii, après avoir, par conséquence, suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait, au regard de la rupture des engagements initiaux pris par M. A, en refuser le rétablissement.

10.Par suite, et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'Ofii aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif du non-respect des obligations auxquelles M. A avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11.En dernier lieu, le requérant soutient que la décision attaquée viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce que la privation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'aurait placé dans une situation d'extrême précarité, constitutive d'un traitement inhumain et dégradant. Toutefois, il ne produit à l'appui de ce moyen aucun élément de nature à permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré de la violation de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12.Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de décision du 18 septembre 2019 par laquelle l'Ofii a refusé d'admettre M. A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles liées aux frais du procès doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Toulouse et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

H. C

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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