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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-1902099

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-1902099

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-1902099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2019, Mme B G, agissant es qualité de sa nièce E A, représentée par Me Douniès, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour suite à sa demande enregistrée le 1er août 2019 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme infondée.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2. Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2019. Par conséquent, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, l'article L. 232-4 de ce code énonce que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

4. Si Mme G fait valoir que la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour de sa nièce est entachée d'un défaut de motivation, il lui appartenait à la suite de l'intervention de cette décision implicite, de demander la communication des motifs de cette décision, diligence à laquelle il est établi qu'elle n'a pas procédé. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 121-1 ou des stipulations d'un accord international, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France doit, après l'expiration d'un délai de trois mois depuis son entrée en France, être muni d'une carte de séjour. () ", et selon l'article L. 311-3 du même code : " Les étrangers âgés de seize à dix-huit ans qui déclarent vouloir exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, de plein droit, une carte de séjour temporaire s'ils remplissent les conditions prévues à l'article L. 313-11 ou une carte de résident, s'ils remplissent celles prévues à l'article L. 314-11. Ils peuvent, dans les autres cas, solliciter une carte de séjour temporaire ou une carte de résident en application des articles L. 314-8 et L. 314-9. ". Enfin, aux termes de l'article D. 321-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Le document de circulation pour étranger mineur est délivré par le préfet du département où réside habituellement le mineur et, lorsque ce dernier réside à Paris, par le préfet de police, sur demande de la personne exerçant l'autorité parentale ou de son mandataire. / Le demandeur est tenu de se présenter, à la préfecture de département ou à la sous-préfecture, ou, à Paris, à la préfecture de police, pour y souscrire une demande de document de circulation pour étranger mineur. () ".

6. En l'espèce, Mme C a sollicité le 1er août 2019 un titre de séjour pour sa nièce E A, née le 12 août 2005 et pour laquelle elle a été désignée en qualité de tutrice légale par décision du tribunal de première instance de Mutsamudi-Anjouan (Comores) le 19 avril 2018. Sa nièce, âgée de 14 ans à la date de la décision litigieuse, ne pouvait prétendre, en application des dispositions des articles L. 311-1 et L. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à un titre de séjour et il appartenait à la requérante de saisir, en vertu des dispositions de l'article D. 321-9 de ce code auprès du préfet de Mayotte un document de circulation pour étranger mineur, comme le lui a rappelé le préfet de la Haute-Vienne dans sa lettre du 19 février 2021, dès lors que sa nièce réside à Mayotte. Il résulte de ce qui précède que Mme G a ainsi saisi une autorité incompétente. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants et doivent être rejetés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé, à Mme G, agissant ès qualités de sa nièce E A, suite à sa demande enregistrée le 1er août 2019, de lui délivrer un titre de séjour, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin de suspension d'exécution, d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et celles relatives aux entiers dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à Me Douniès et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

H. F

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne

la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. D

mf

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